PT
0 Rte
ètre refusée, le paysan est parfaitement libre de ses actions et de ses mouvements. S'il entreprend de livrer des fournitures au gouvernement, ou de confectionner des travaux mis à l'enchère, l'État lui accorde dans ces contrats un privilége spécial. Les autres soamissionnaires sont en pareil cas obligés de donner une caution, le paysan de la commune exhibe la permission de sa commune, et cet acte est accepté comme une suffisante garantie. Les chantiers publics, les manufactures, les comptoirs, sont peuplés de paysans de la couronne. Ils sont les instruments les plus actifs de l’industrie russe, les principaux agents du commerce intérieur. Un grand nombre d'entre eux sont incorporés dans la bourgeoisie des villes
En déduisant du dénombrement du peuple russe la classe des odnovortsy et les paysans de la couronne, il restcencore vingt millions deserfs, non plus serfscomme autrefois, non plus esclaves de leurs maîtres, mais attachés au sol, glebæ adscripti, comme il y en avait encore un grand nombre dans plusieurs provinces de France, avant la révolution de 1789.
L'analyse de la loi qui régit actuellement ces millions d'hommes nous donnera une juste idée de leur situalion.
Le droit de propriété des seigneurs à l'égard de leurs serfs est constaté par les recensements de la population de chaque province et de chaque domaine. Le premier fut opéré par l’ordre de Pierre le Grand en 1714, le second en 1744. Maintenant le recensement a lieu tous les dix ans.
Le maître dispose librement de ses serfs dans les limites qui lui sont marquées par la loi. Il peut les astreindre aux travaux agricoles, ou les attacher au service de sa maison. Il peut les transporter à sa valonté d’un village à l’autre, ou les concéder à des manufacturiers qui les emploient dans leur établissement,
ee
EG ne
de ses livrer jonner ns Ces issionution, de sa lisante es, les ne. Ils russe, grand rgeoi-
i1sse la nne, il omime ais atit enes de
illions ur si-
> leurs lation emier 1h, le 1 tous
es liit les er au a vO= ima- 1ent,
il peut en faire des artisans, des musiciens, et les garder près de lui, ou leur permettre d'aller au dehors exercer leur industrie. Dans ce dernier cas, le serf est tenu de lui payer chaque année son obrok, sa contribution, laquelle contribution varie selon les bénéfices de sa profession, ou les exigences de son seigneur. Chaque printemps on voit arriver à Pétersbourg près de dix mille serfs des diverses provinces, qui se livrent pendant la moitié de l’année aux travaux les plus rudes, vivant de la vie la plus sobre et s’en retournant en hiver dans leurs villages avec le fruit de leurs économies. Il y en a sur toutes les grandes routes qui avec une légère voiture de transport et quelques chevaux, charrient les marchandises d’un district à l’autre, et quelquefois entreprennent intrépidement des voyages dans des pays où ils n’ont jamais été. On leur donne leur chargement, le nom de la ville où ils doivent le conduire Ils ôtent leur chapeau, font trois signes de croix, et les voilà partis, avec la résolution inhérente à leur caractère et la confiance que leur donne une naïve prière. Il y en a dans toutes les villes qui stationnent sur les places publiques, avec de petites boutiques ambulantes, dans des échoppes avec leurs instruments de travail, dans des magasins avec les denrées qu'ils ont amassées par leur industrie. Quelques-uns d’entre eux font des fortunes considérables, car le Russe est souple et habile dans tout ce qu'il essaye, clairvoyant dans ses combinaisons, prévoyant et rusé dans la moindre spéculation. Il y a des serfs beaucoup plus riches que leurs maîtres, des serfs qui amassent des capitaux énormes, car il ne leur est pas permis d'acheter des propriétés immobilières, et il dépend de leur maître de les arracher tout à coup à leurs lucratives spéculations, à leur existence splendide pour les renvoyer dans leur village. Mais si la loi lui permet cet acte de violence, l'opinion publique, plus forte que la loi, le lui défend, et nul seigneur
h14 LE SERVAGE EN RUSSIE.
n'a encore osé s’abandonner à cet excès de pouvoir. La seule ambition des serfs qui se sont ainsi enrichis est d'acheter à tout prix leur émancipation. Plus d’un maitre se refuse à la leur accorder par unc cruelle vanité, ou ne cède qu’à des propositions incroyables. M. Tourgueneff cite, dans son ouvrage sur la Russie, un serf qui peut-être ne payait, selon l'usage général, qu'un tribut annuel de cinquante francs à son naître, et qui racheta de lui sa liberté au prix de huit cent mille roubles.
Les serfs qui restent dans les campagnes doivent travailler trois jours dans la semaine pour leur maître. Mais on ne peut les obliger à travailler ni le dimanche, ni les jours de fêtes.
| Le seigneur est l'arbitre de leurs discussions, le juge fi à de leurs délits. Il peut leur infliger une peine corpo- \ relle, les livrer comme soldats à un officier de recruteÿ ment, ou les faire déporter en Sibérie.
| ! Aucun serf ne peut voyager sans un passe-port de son nl seigneur, ni résider dans une ville sans son autorisation spéciale, Si quelque serf s’enfuit, son maître a le droit de le réclamer pendant dix ans. Si un serf est tué par accident, son maître peut exiger de celui qui a causé cet accident une indemnité de trois cent trente roubles (treize cent vingt fr.); mais s’il a été volontairement assassiné, le maître ne reçoit aucune indemnité, le meurtrier est livré aux tribunaux.
Tels sont les droits du maître. Voici les clauses restrictives en faveur des scrfs :
Le serf ne peut être entraîné par son seigneur à commettre une mauvaise action, ni condamné à des travaux trop rigoureux.
Il ne peut être forcé de se marier contre son gré, ni vendu sans la terre à laquelle il appartient, ni par l'effet d’une de ces ventes, séparé de sa femme et de ses enfants, ni livré à un officier de recrutement ou
Re og ve Fa = RE 1h ie SE PRES LE”
meiièes er à 1°
ES
PL A ep LE
CE
ivoir.
richis d’un le vaables.
ussie , > gé-
à son e huit
nt traaître.
iman-
e juge >OrpOcrute-
de son orisaea le st tué qui à rente pntai-
nité,
5 l'ES—
eur à h des
é, ni
par t de at ou
LE SERVAGE EN RUSSIE, h15
envoyé en Sibérie, quand il est engagé par la permission de son maître dans un commerce légal.
En un temps de disette, le maître ne peut envoyer ses serfs hors de ses propriétés. Il est obligé de pour:voir à leurs besoins, ainsi qu'aux besoins des malades et des vieillards.
Si Le serf a un procès, le maitre est obligé de le soutenir, à moins qu’il ne s'agisse d’une affaire criminelle, auquel cas le maître a le droit de se tenir complétement à l'écart.
Les châtiments corporels auxquels le maitre peut condamner ses serfs sont limités par les règlements. S'il est démontré qu'un seigneur outrage où maltraite ses paysans, l'administration du domaine où il a commis ces méfaits lui est enlevée et remise à un comité institué à cet effet dans chaque district par la noblesse. Il ne lui est plus permis de résider dans ce domaine, ni d’en acheter d’autres; et si dans ceux qu’il possède encore, il se rend coupable d’un délit de même nature, il est traduit devant un tribunal criminel,
La loi qui a pris à tâche d'assurer aux serfs une protection contre un maître injuste et cruel, détermine aussi les conditions, de leur affranchissement.
Un serf est affranchi de droit, du jour où il devient soldat. Quand son temps de service est fini, il entre dans la communauté des paysans libres.
Il est affranchi de fait, s’il obtient de son seigneur la permission d’épouser une jeune fille élevée dans une maison d'éducation des enfants de la bourgeoisie.
Ilest affranchi dès qu'il est transporté en Sibérie. Là, il est admis parmi les agriculteurs de la contrée ou les ouvriers des mines. Si sa femme le suit, elle est affranchie également.
Les serfs ont le droit de réclamer leur affranchissement, si leur maitre a porté quelque atteinte à l’honneur de leur femme ou de leur fille, s'ils peuvent dé-
Mrs CE
Li = mi ET +
montrer qu'il conspire contre l’État, ou qu'il n'appartient à aucune communauté chrétienne.
Si la loi dont nous venons de présenter le résumé, laisse encore les serfs exposés à plus d’un traitement injuste, l'opinion publique, comme nous l'avons déjà fait remarquer, leur vient en aide et prépare pour eux des institutions plus libérales.
Le temps n’est plus où le brutal seigneur moscovite pouvait exploiter, outrager, mutiler impunément un esclave, où il se vantait peut-être de ses actes d’oppression et de ses cruautés. Aujourd'hui les gentilshommes russes, éclairés par la civilisation, ont un sentiment de justice et un sentiment de dignité qui ne leur permettrait pas de se livrer à de pareils excès. Ils ne s'enorgueillissent plus d’user jusqu’à sa dernière limile du pouvoir dont ils sont investis; ils désirent au contraire qu’on les considère comme de bons maîtres. Ils s’honorent d'entendre dire que leurs terres sont sagement administrées, leurs paysans heureux, Et il en est de ces paysans, et en grand nombre, qui sont réellement heureux. L'idée de dégradation qne nous attachons à leur servitude n’est pas encore entrée dans leur esprit. Si leur seigneur est doux et équitable, ils s’attachent à lui avec une touchante confiance et un naïf abandon, ils lui parlent avec un pieux respect : « Tu es le père, lui disent-ils, et nous sommes tes enfants. »
IL en est qui ont souvent entendu parler d'affranchissement, et ce grand mot, loin d’éveiller parmi eux quelque impétueux désir, n’a fait que les effrayer. Oui, l'on a vu des villages entiersde scrfs refuser la liberté qui leur était offerte, car ils sentaient qu’en lacceptant, ils se privaient par là du patronage puissant auquel ils doivent leur sécurité. D’autres ont donné à leurs maitres des preuves d'affection touchantes. En voici une entre autres qui nous a été racontée par une personne digne de foi.
'appar-
ésumé, tement ns déjà ur eux
mosCoément s d’op- "entilsan senne leur Ils ne ère lient au aitres.
ont satil en t réelattadans le, ils et un pect :
s en-
ranil eux Oui, 8 qui ils se ivent
des tres : foi.
LE SERVAGE EN RUSSIE. h17
Un jeune gentilhomme ayant dépeusé plus que ses revehus, se trouve un jour dans l'obligation de vendre une de ses terres pour remplir ses engagements. Il assemble les principaux paysans du village qu'il à l’intention de céder à un autre propriétaire, leur expose ses besoins et la nécessité où il se trouve de se séparer d'eux : « Maître, lui répond un des anciens de la communauté, ce que tu viens de nous dire nous afflige. Ta famille a gouverné nos pères avec douceur, toi-même tu as toujours été bon et humain pour nous, nous renoncerions avec regret à ne plus vivre sous ton autorité. Combien te faudrait-il donc pour payer ce que tu dois? — Vingt mille roubles (quatre-vingt mille francs). — Eh bien, permets-moi de conférer sur ce que nous pouvons faire, et demain je t’apporterai notre réponse. » A ces mots, les paysans s’éloignent, ct le lendemain, celui qui avait pris la parole dit au seigneur qu'en se cotisant volontairement, tous les membres de la communauté ont réuni la somme de vingt mille roubles, et qu’ils la lui offrent avec affection pour qu’il ne vende pas son domaine.
Quiconque a voyagé en Russie se souvient de ces petites maisons en bois, construites uniformément, rangées sur deux lignes symétriques, de chaque côté de la route, séparées l’une de l’autre par un jardin ou un petit enclos. Ce sont des villages de serfs. L'aspect de ces villages dominés par une rustique église, n'éveille point dans l'esprit une idée pénible ; ces simples cabanes ne renferment point des gens nécessiteux. Mieux et petits-enfants sont peut-être là réunis avec une même quiétude dans une même enceinte, car la famille russe se resserre tant qu'elle le peut autour du foyer paternel pour ne pas se séparer. La chambre qu'elle habite n’est pas élégante, mais propre, et il y a des provisions dans l'armoire, et, deux fois par jour, le Samovar (la bouilloire à thé) siffle sur la table. De tous
Ge As
les peuples de l’Europe, dit M. Gurowski, pas un n'est
plus substantiellement nourri que le peuple russe, et
nous pourrions ajouter que pas un ouvrier, ni un pauvre laboureur des différentes régions de l'Europe
n'a autant de sécurité sur son avenir que les paysans russes, Si l'orage ou le froid anéantit leur récolte, c’est
le maître qui doit pourvoir à leurs besoins; si une épizootie enlève leurs bestiaux, c’est le maître qui doit | leur en procurer d’autres; si un incendie consume | leur cabane, c’est le maître qui doit leur donner du bois pour la reconstruire.
Il y a pourtant des serfs qui ont de mauvais mattres. Le fait est incontestable, et ceux-là doivent cruellement souffrir de la loi qui les lie au sol où ils sont nés, qui les lient asservis à un pouvoir cruel, et les empêche d’aller chercher ailleurs un asile plus doux, et une autorité plus compatissante. Il ya des serfs aussi qui appartiennent à des seigneurs puissants et généreux ; mais ces seigneurs préférant le séjour de Pétersbourg à celui de la campagne, ou l'atmosphère de la France et de l'Italie à celle de la Russie, abandonnent la gestion de leurs dornaines à des intendants qui pour se faire valoir, et souvent pour se créer à euxmêmes une fortune, ne cherchent qu'à tirer, coûte que coûle, des terres qui leur sont confiées, le plus grand revenu possible, Alorslesmalheureux paysans russessouffrent loutes les douleurs de cette calamité de l'Irlande qu'on appelle l'absentéisme. À une autre extrémité de l'échellearistocratique, d’autres serfsencore ontun triste sort, ce sont ceux qui appartiennent à de petits propriétaires besogneux qui, ayant à peine de quoi vivre, ne peuvent rien faire pour l'amélioration de leur patrimoine, pour le bien-être de ses habitants, et ne cherchent, au contraire, sans cesse qu'un nouveau moyen de tirer un plus grand lucre du travail et de la soumission de leurs paysans.
4 4 { Re j |
1s un n’est russe, et er, ni un l'Europe S paysans olte, c'est S; si une e qui doit consume onner du
ais malnt cruel- 1 ils sont el, et les us doux, rfs aussi et génér de Péosphère e, abantendants r à EUX- Düte que "and resessouf- Irlande mité de ntriste is proi vivre, Pur paet ne DUVeau de la
Mais les idées d'humanité et de justice distributive se répandent de plus en plus dans l'esprit de la noblesse russe, et les règles d'émancipation mises en pratique par le gouvernentent font des progrès. Plusieurs seigneurs ont déjà buisé dans leurs propriétés les liens du servage, les uns par un esprit de libération, d’autres dans leurs propres intérêts, parce qu'ils reconnaissaient que la libre exploitation de leurs terres leur était plus profitable que le système de travail obligaloire par corvées. D’autres encore, sans affranchir leurs villages, leur donnent une organisation communale, semblable à celle des domaines de la couronne. Moyennant un revenu annuel, ils abandonnent leurs champs, leurs prés, leurs pâturages, leurs bois aux paysans qui se Les partagent et y travaillent comme des fermiers.
Ainsi les chaînes de la servitude se relàächent et s’affaiblissent de jour en jour. Ainsi les fils de la race slave remontent peu à peu vers la libre existence dont s’enorgucillissaient leurs aïeux. Mais ne vaut-il pas mieux que cette liberté leur soit rendue graduellement par le progrès général des idées, et lorsqu'ils y seront eux-mêmes suffisamment préparés, que si elle éclatait tout à coup à leurs yeux éblouis comme le demandaient des réformateurs plus passionnés que réfléchis.
Plus d’un peuple pourrait dire ce que coûte la liberté trop promptement acquise et ce qu'elle dure !
TS
qqn 4 Le ee
es
A D gr Pre TR me
LES TSCHOUKIS".
En 1553, Willougby partait d’un petit port d’Angleterre, avec deux navires, pour s’en aller chercher dans les régions du Nord un passage vers l’Inde.
En 1845, le courageux Franklin partait, avec l'Érèbe et la Terreur, pour résoudre le même problème.
Willougby mourut de froid sur la côte septentrionale de la Laponie ; et Franklin, on sait maintenant ce qu'il est devenu !
Entre ces deux époques, dans ce long espace de trois siècles, la persévérante Angleterre n’a cessé de pour suivre l'étude géographique dont Sébastien Cabot soumit le plan à Édouard VI, et l'Europe entière a pris part à la même entreprise. Danois, Hollandais, Russes,
1. Ten months among the tents of the Tuski, by Lieut, Hooper.
22 LES TSCHOUKIS.
Norvégiens, chaque nation maritime s’est, à diverses époques, associée à cette croisade géographique; chaque nation y à marqué sa place par d’étonnants actes de courage et par des épisodes lamentables.
L'histoire des expéditions dans le Nord, qui commence au fatal voyage de Willougby; qui se continue par la naïve et touchante narration de Gérard de Veer'; qui du récit des voyages de Ross, Parry, Back, nous amène à ceux des dernières expéditions envoyées à la recherche de Franklin, est une sorte de martyrologe où nulle illustration n’a été conquise que par de cruelles souffrances, si ce n’est par une mort affreuse.
Notre marine a eu là aussi ses champions de la science et ses martyrs. Il y a vingt ans, elle dirigeait la Recherche vers les parages du Groënland pour s’enquérir du sort de La Lilloise et de son noble commandant, M. de Blosseville, dont on n’a jamuis retrouvé les vestiges; et, dans la dernière exploration des Anglais, elle a perdu un homme d’un rare mérite, M. Bellot.
Qu'il me soit permis de joindre un souvenir personnel aux justes éloges que la presse de‘France et celle d’Angleterre ont décernés à ce jeune officier. Je l'ai connu dans l'Amérique du Sud, et, dès le premier abord, il m'avait séduit par l’affabilité de sa parole, la modestie de son caractère et les qualités sérieuses de son esprit. Nous nous en revinmes ensemble sur la Triomphante, et, dans une traversée de deux mois, notre liaison, commencée à Montevideo, se resserra à chaque degré de latitude par nos entretiens de chaque jour.
Né dans une bien modeste condition de fortune, M. Bellot devait au bienveillant intérêt de quelques respectables familles de Rochefort son premier appui dans la vie, et ne devait qu'à lui-même son rang dans la marine. Élève de l’école de Brest, il s'était distingué par son avide désir d'instruction ; enseigne de vaisseau, il avait gagné la croix à Madagascar par une action
Era ARS lg cheb AD PAR ls Bi.
th ets su a
eu
sd ee mt été bat EE É RS ÈS Crus
"ag En —