Mesure russe équivalant à seize kilogrammes
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tellement sa raison que, pour deux bouteilles de mauvaise eau-de-vie falsifiée, qui auront coûté, à Jakouzk, quelques roubles, il en viendra à donner un renard noir d’une valeur de deux cent cinquante roubles.
M. Matinschkin se plaît du reste à louer la douceur et la placidité de caractère des Tschoukis. Il les représente assis tranquillement dans leurs traîneaux, ne répondant que par quelques monosyllahes à la volubilité des Russes, prenant avec calme les denrées qui leur sont offertes, et les pesant d’une main si exercée, que, sans le secours d’une balance, ils peuvent dire à une livre près quel en est le juste poids.
La plupart des Tschoukis suivent encore les pratiques superstitieuses d’une grossière idolàtrie, et sont aveuglément soumis au charlatanisme de leurs schamans ou magiciens. Par leurs apparences de sorcellerie, par leurs prétendus rapports avec les génies in- | visibles du mal et äu bien, ces hommes exercent sur l'ignorante peuplade un tel empire, qu'ils les portent quelquefois à d’horribles révolutions. En 1814, une maladie contagieuse ayant éclaté dans les tentes des Tschoukis, les schamans, après avoir en vain battu le tambour magique, et fait à diverses reprises leur simulacre d’invocations, déclarèrent que les esprits ne pouvaient être apaisés que par la mort de Kotschen, l’un des chefs de la tribu. Kotschen était généralement si aimé et si respecté que, malgré l'autorité des schamans, cette fois on refusait d’obéir à leur arrêt. Cependant, comme l'épidémie faisait de nouveaux progrès, le magnanime, l’obscur Kotschen, dont le nom ne sera cité dans aucune de nos écoles à côté de celui du classique Curtius et de l’héroïque Winkelried, Kotschen se dévoua pour le salut de son peuple et par ses prières, par ses menaces, il détermina son propre fils à lui plonger un poignard dans le cœur.
D’autres Tschoukis se disent chrétiens ; mais en réa-
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lité, ils n'en ont que le nom. Une société de Pétersbourg a fait traduire dans leur dialecte et imprimer pour leur usage uu petit livre qui renferme les dix commandements de Dieu, quelques maximes de l'Evangile, le Pater noster et le Credo; mais, malgré la souplesse des consonnances de la langue russe, on n'a pu, dans cet ouvrage composé en caractères russes, reproduire les sifflements et les sons gutturaux de lidiome des Tschoukis, en sorte que cette publication n'a pu avoir l'effet qu'on en espérait. Les Tschoukis se laissent baptiser sans savoir pourquoi, si ce n’est qu’ils gagnent à cette cérémonie un ustensile qui leur plaît, un peu d’eau-de-vie ou de tabac. Cest ainsi qu’au temps où Louis le Débonnaire essayait de propager le christianisme dans le Nord, les rudes habitants des rives de la Ballique se faisaient baptiser, non pas une fois, mais plusieurs fois, pour obtenir des missionnaires une arme et un vêtement, M. Matinschkin a assisté,à Ostronorje, à une de ces cérémonies. Un jeune Tschouki, séduit par l’appât de quelques livres de ta-
bac, avait consenti à se rendre à la chapelle ; mais
* lorsqu'on lui montra la cuve pleine d’eau dans laquelle,
selon le rite russe, il devait faire trois immersions, il refusa d'accomplir son engagement. Après une longue discussion dans laquelle l'interprète employait comme un souverain argument la promesse du tabac, il finit par se résoudre à entrer dans les eaux ; et dès qu’il eut accompli ses trois plongeons, il s’'élança dehors en criant : « Mon tabac ! mon tabac! » On essaya de lui faire entendre que la cérémonie n’était point achevée. Il restait sourd à toutes les exhortations. « Mon tabac ! » répétait-il; et, comme on voulait le retenir, il s’ouvrit par un bond impétueux un passage danse cercle des assistants, et courut se réfugier sous sa tente. M. Matinschkin déclare loyalement qu’il à passé trop peu de jours parmi les Tschoukis pour oser en parler
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