‹ En Amérique et en EuropeChapitre 20 sur 34 · Bade clagede den comna in franspis · texte numérisé non relu

Bade clagede den comna in franspis

gndnt, boitant, dans une rivière où ses ennemis furieux ne peuvent l'atteindre. Pendant ce temps, compère Renard avait trouvé moyen d'attraper une poule et s'en revenait l'esprit joyeux, le corps dispos, songeant que son ennemi Brun était mort , quand tout à coup, au détour de la colline, il l'aperçoit, couché sur le bord de la rivière, les flancs meurtris, la tête et les pattes pelées et toutes rouges de sang. « Oh! maudits villageois, s'écrie-t-il, qui avez laissé si sottement échapper la victime que je vous livrais ! » Puis il s'approche de lui en riant et se dandinant , et lui dit : Seigneur prêtre, que Dieu vous soit en aide ? Connaissez-vous Renard le ribaud ? Si vous voulez le regarder, le voilà ce manant à la peàu rouge , ce larron cruel. Mais dites* njoi, digne prêtre, nion bel ami, quelle est l^ confrérie où vous servez? dans, quel ordre voulez-vous entrer, pour avoir ainsi ce chaperon rouge ? Êtes-vous donc abbé ou prieur ? Il a été bien près de vos oreilles, celui qui vous a taillé cette couronne. Vous avez perdu votre toupet, vous avez ôté vos gants. Vous allez, je suppose, chanter les complies ou dire votre bréviaire.

Hors d'état de se venger des trahisons de Renard, et ne pouvant supporter cette froide raillerie, Brun se jeta de nouveau dans la rivière, regagna la terre à quelque distance, et s'en alla rejoindre la cour, tantôt en posant péniblement une patte devant l'autre, tantôt en glissant sur sa queue ou en roulant sur lui-même.

Toute cette scène est vraiment une charmante comédie.

L'arrivée de Brun à la cour, l'état piteux où on le voyait reparaître, lui qui était parti si sûr de lui-même, excita une nouvelle tempête contre Renard. Le roi jura par ses grands dieux que Renard serait puni, et chargea le chat Tibert d'aller le sommer de venir. Le chat, moins présomptueux que Brun, n'accepta qu'avec peine cette dangereuse mission. Il connaissait les ruses de son

cousin Renard, et n'aimait guère à entrer en lutte avec lui. Mais le roi le voulait : Tibert partit, l'esprit tout préoccupé de sombres pressentiments. Le long du chemin, il rencontra une corneille, et lui dit de voler à sa droite. La corneille prit la gauche. Ce fut pour le craintif Tibert un triste présage de plus. Ses sombres pensées ne devaient que trop tôt se réaliser. Il se laissa conduire par Renard dans le piège le plus cruel, et faillit y perdre la vie. Ces deux 'funestes tentatives avaient profondément exaspéré le roi. Cependant il résolut d'en faire encore une nouvelle, et cette fois il chargea Grjmbert le blaireau d'aller porter ses derniers ordres à Renard. Grimbert était son ami dévoué, son neveu ; il l'avait toujours fidèlement défendu à la cour. Aussi Renard ne cherche-t-il pas à lui jouer un méchant tour ; il l'accueille comme un bon parent, il le présente à sa femme et à ses enfants, puis se met en route avec lui pour s'en aller comparaître devant le roi. Chemin faisant, Renard se met à sonder sa conscience et se sent effrayé de tous les méfaits qu'il a déjà commis : « Cher neveu, dit-il, il faut que je me confesse à toi ; quand j'aurai avoué tous mes péchés,, mon âme sera soulagée. » Et il se confesse avec toutes les formules du catholicisme ; dans cette scène et dans plusieurs autres, on dirait que l'auteur du poëme a pris à tâche de tourner en ridicule les pratiques et les en* seignemenls les plus graves de l'Église.

La confession faite, l'absolution reçue. Renard continue sa route, fort repentant en paroles, très-peu en .réalité, cherchant toujours de l'œil le poulailler, et s'arrêtant avec un appétit sanguinaire en face d'une basse-cour de nonnes, où il voit passer les plus belles oies du monde. Enfin il arrive devant le roi, un peu inquiet au fond de Fàme, mais comptant cependant sur son esprit et son habileté. Il arrive, il va se placer en face de son souverain et lui adresse une magnifique

protestation de respect et de dévouement. « C'est bon, c'est bon, s'écrie le roi ; nous connaissons la souplesse de votre langage, mon maître, et nous n'en serons plus dupe. »

Les ennemis de Renard, déconcertés d'abord par sa présence et sa harangue, reprennent leur audace à ces paroles du roi, et crient, et se lamentent, et s'emportent plus fort que jamais. Le roi assemble ses hauts barons, en appelle à leur jugement, et tous, d'une voix unanime, condamnent le traître à être pendu. «Eh bien ! soit, s'écrie Renard en courbant la tête d'un air résigné ; j'ai péché, j'en conviens, et la mort n'est peut-être qu'une faible expiation pour tous mes crimes. Allez donc, vous qui voulez me voir périr, allez préparer la potence. Portez la corde et le poteau ; je suis prêt. »

Là-dessus ses ennemis s'éloignent, croyant l'arrêt sans appel et la mort du scélérat inévitable. Ils s'en vont faire les apprêts de son supplice ; lui les regarde avec un rire sardpnique, puis à peine ont-ils disparu, qu'il commence une autre harangue. Il raconte au roi comment il était né bon et vertueux, aimant la vie simple et honnête, la douce et riante nature; comment une première faute l'a entraîné dans une autre faute ; comment en prenant ainsi peu à peu goût au mal, il a fini par devenir un grand coupable, par s'habituer au crime et par s'y complaire ; puis il laisse comme par hasard tomber dans son discours un mot sur ses trésors immenses. A ce mot, le roi et la reine l'arrêtent, l'interrogent avec bienveillance. Renard leur dit qu'il a découvert une conspiration tramée par son père, par le Loup et l'Ours, pour détrôner le roi; qu'il a trouvé le trésor d'Ermenric, dont son père s'était emparé, et qui devait être employé au succès de la conspiration ; qu'en enlevant ce trésor, il a déjoué tous les complots.

Il n'en fallait pas tant pour éblouir l'ânie cupide dti roi et la vanité de la reine. Renard obtient sa grâce, à la condition de révéler l'endroit mystérieux où il a caché son trésor. Il indique une forêt sauvage, appelle en témoignage Couard le lièvre, qui fait en tremblant sa déclaration. Le roi n'a plus de doute ; Renard triom» phe, et quand ses ennemis viennent réclamer l'exécution de larrêt, ils sont garrottés et jetés dans un cachot, comme des traîtres et des imposteurs. Ainsi va le monde : le pouvoir est au plus habile, et l'intérêt se revêt du nom de justice.

Cependant le roi voudrait que Renard le conduisit lui-même auprès de son trésor. A cette demande, le rusé diplomate répond par une pieuse lamentation ; il est excommunié par le pape, non pas pour tous les crimes qu'il a commis, mais pour avoir empêché le loup, qui s'était fait moine, de rester dans son couvent. Il faut qu'il aille à Rome, en pèlerinage, chercher l'absolution et gagner des indulgences. Le roi a l'esprit trop orthodoxe pour ne pas approuver une telle raison. Renard ira à Rome, et avant de partir il se fait donner, pour faire un sac de pèlerin, un large morceau de la peau de l'ours, et pour faire des souliers, la peau des pieds du loup et de la louve.

L'hypocrite regardait déchiqueter ses ennemis et disait à la louve : « Ma tanie, ma chère tante, combien de désagréments vous avez éprouvés par ma faute ! Je me repens de tous les autres, mais celui-ci me platt, et je vous dirai pourquoi : vous êtes de mes parentes la plus chère, et Dieu sait que je porterai vos souliers pour votre bien. Vous aurez part aux grandes indulgences et à tous les pardons, chère tante, que j'irai chercher avec vos souliers au-delà des mers* »

Ainsi réhabilité à la cour du roi, vengé de ses enne* mis, Renard se fait donner en grande pompe la besae6 et le bourdon par le chapelain de la cour, puis il se

hâte de partir, car il tremble à tout instant qu'on ne Tienne à découvrir sa dernière supercherie. Il emmène avec lui, en leur adressant de belles paroles d'affection, le lièvre et le bélier. A peine arrivé dans son château, il égorge le premier, lui coupe la tète; la met dans la besace et confie le tout au bélier, en lui disant que c'est me dépêche de la plus grande importance qu'il faut porter au roi.

Ici se terrfiine le premier poëme du Renard^ qui se compose de trois mille et quelques cents vers. Environ un siècle plus tard, c'est-à-dire vers l'année 1250, si l'on s'en rapporte à Topinion de M. Willems, un poète voulut y ajouter une seconde partie et imita les principaux événements de la première. Dans ce nouveau roman, comme dans celui que nous venons d'analyser, le roi tient sa cour plénière ; les animaux accusent Re* nard de toutes sortes de crimes. Renard sommé de comparaître devant le tribunal suprême, quitte encore sa retraite avec son neveu Grimbert, et se confesse encore à lui le long de la route. Il fait de nouveau un long et hypocrite plaidoyer; il trompe de nouveau le roi, en le leurrant par l'espoir de retrouver trois joyau jt précieux qu'il prétend lui avoir envoyés. Condamné à se battre en champ clos contre le loup, il parvient, par un tour d'adresse, à le terrasser. Cette victoire est regardée comme le jugement de Dieu, et Renard devient le favori du roi. Le poème se termine par cette vive et mordante satire, qui semble avoir été écrite au nu* siècle pour le xix*

« Ceux qui ont les ruses de Renard sont chéris partout, et partout on les croit sur parole. Dans l'état ecclésiastique et dans le monde, on s'en rapporte aux conseils de Renard. On suit les détours de Renard, on marche sur ses traces, La réputation qu'il s'acquit dans le temps lui est toujours restée. Il a laissé une race nombreuse dont la fortune et la puissance s'augmen-

teht sans cesse. Celui qui ne pratique pas les ruses de Renard ne vaut rien pour ce monde et n'obtient de pouvoir dans aucun état; mais s'il peut tendre les mômes filets, s'il a un écolier, il saura bien se faire un gîte. Il sait user des circonstances, il monte, et on le pousse en avant. Il y a une race de renards qui maintenant s'agrandit toujours : on trouve plus de renardeaux (sans barbe rousse, il est vrai) qu'on n'en vit jamais. La justice a disparu, la bonne foi et la vérité sont anéanties. A leur place, il nous est resté l'avarice, la méchanceté, la haine, l'envie. Tout est au pouvoir de ces vices. Avec leur seigneur maître Orgueil, ils régnent sur la terre- A la cour du pape comme à celle de rempereur, chacun cherche à enlever à son prochain l'honneur et la réputation, à se mettre en faveur par la ruse ou par la simonie. A la cour on ne connaît que l'ar^ gent. L'argent est plus aimé que Dieu et a plus de pouvoir. Qui apporte de l'argent est le bienvenu, et ses désirs sont accomplis les premiers. Parmi les hommes et parmi les femmes, l'argent produit l'infidélité, enfante la honte et le faux témoignage. Le libertinage, la méchanceté, la luxure, né sont qu'un jeu pour le clergé. Le pape et l'empereur de Rome sont entrés dans l'ordre de Renardie. En toute chose chacun ne pense qu'à soi. Je ne sais ce qui en arrivera. »

Ce second roman du Renard est en grande partie imité des poèmes français. Mais le premier est certainement une œuvre à part, une épopée complète, une comédie excellente écrite avec verve, avec une profonde connaissance des vices du temps et des subtilités du cœur humain. Jacob Grimm dit que cette satire de la société est, après la Divine Comédie, le meilleure poème du moyen âge, et nous pouvons ajouter qu'elle a été beaucoup plus populaire et plus répandue que l'œuvre immortelle du poëte florentin.

Le roman du Renard et le petit conte d'Élégast e>t

Charlemagne sont, comme poënies, les deux seules traces de compositions originales que nous connaissions dans l'ancienne littérature hollandaise. Mais si de répopée nous passons à la poésie lyrique, voici venir une riche moisson de chants naïfs et touchants, ceux-ci imités de TAUemagne, ceux-là nés sur le sol même de la Hollande, tous curieux à étudier et tous populaires.

Ces poésies populaires datent déjà du xme siècle; mais c'est au xv* surtout qu'on les trouve en abondance et avec un caractère marqué. Il en existe plusieurs recueils, et la bibliothèque de la Haye en possède encore un grand nombre manuscrits. Une portion considérable de ces recueils se compose de poésies religieuses très-intéressantes à consulter, car elles expriment l'esprit de l'époque et notamment le mysticisme daxiv« etdu xv« siècle. On y trouve des idées étraiiges et un style singulier. C'est l'âme considérée comme jeune fiile et qui aspire à Jésus-Christ, son fiancé ; c'est Jésus-Christ qui s'en va le soir de par le monde séduire avec son doux regard les âmes vierges , et le poète emploie un incroyable mélange d'expressions et d'images profanes pour peindre l'amour divin. L'âme s'écrie : <t Jésus, avec vos yeux noirs, vous me ravissez les sens. Je veux me plaindre à Marie de ce que vous me faites éprouver. » A quoi Jésus répond : « Oui, plaignez-vous à ma Mère, et je m'en vengerai. Je vous ferai aimer, et votre cœur se brisera ^ » Alors l'âme soupire, elle languit comme la tourterelle qui a perdu son époux ' ; puis elle dit adieu au monde qui l'a trompée, pour se plonger tout entière dans l'amour de Jésus, et elle s'écrie : « L'amour repose , l'amour

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