‹ En Amérique et en EuropeChapitre 23 sur 34 · Die moeder die makenden dea kiader eea bat · texte numérisé non relu

Die moeder die makenden dea kiader eea bat

4. La même idée se r^)roduit dans une cbaiison en allemand sur les trois mages : a JosQjpà nabot ein Pjbtt&ebier. »

ces finiits pour nous rafiratchir, car nous sommes trèsias*. Ge sont des images à mettre à côté de ces anciens tableaux de l'école de Cologne, où Ton voit Jésus s'amusant avec les ducats qu*UQ des nuages lui présente dans une coupe d*or.

L'un des chants religieux les plus célèbres du xy sië^ cle est celui qui a pour titre > La Fille du Sultan. On k retrouve aussi en Allemagne ' en Suède et en Danemark, mais sous une forme concise. C'est un chant qui a toute Fallure naïve de la ballade, et qui, sous un voUe symbolique, porte tout le mysticisme de cette époque. Oooiqu'il soil un peu long, nous ne craignons pas de le citer en entier ; car il nous apparaît comme un monument curieux et sous le rapport de Fart, et sous le rapport des idées religieuses.

« Ecoutez voQs tous qui êtes pleins d'amow, non esprit va cbaoter unchaïut d'amour et de concorde, ua chant do grandes et belles cbosûs. Une fille de sultan , élevée dans une terro païenne, s'en alla un jour, au lever de i'aurore, le long du parc et du jardin.

« Elle cueillit les fleurs de toutes sortes qui brillaient sous ses yeux, et elle se disait : Qui donc a pu faire €es fleurs et décwiper avec tant de grAoe leurs joliies petites léullies? Oh ! je voudrais bien lé voir I

< Je Taime déjà du fond du oœur; si je savais où le trouver, je quitterais le royaume du ciel pour le suivre. — <- Et à minuit, voici Jésus qui arrive et qui s'écrie : Jeune fille, ouvrez 1 — Elle se lève sur son lit et accourt en toute hâte,

c Elle ouvre la fenêtre, et aperçoit le bon Jésus respleadie^ untde beauté. Elle le regarde avec tendresse; puis, s'inclinant devant lui : — D'où veoez-vous donc, dit-elle, d mou uoble et naiestiieux jeune bomaie?

c Qael est le cœur quLpour vous ne s'enflammeimit paet cy vous êtes si beau l Jamais» 4aQs le royaume de mon père, je

t. «Ochi eselken, die moetste stille staen. d (Voy. les Borx belgiesB de M. de Fallersleben et les Volksxangen de M. Lejeune.) 1» « Der «ttltan batta ein techlexlein. » (Wundwhofn , ersien band.)

n'ai trouvé votre pareil. — Et moi donc, jeune fille, je te connais, je connais ton amour; apprends donc qui je suis : C'est moi qui ai créé les fleurs.

ce — Est-ce bien vous, mon puissant Seigneur, mon amour, mon bien-aimé? Combien de temps je vous ai cherché! et maintenant que vous voilà, il n'y a plus ni bien ni patrie qui m'arrête ; avec vous je m'en irai. Que votre belle main me conduise là où il vous plaira. •

c — Jeune fille, si vous voulez me suivre, il faut tout abandonner : votre père, vos richesses et votre beau palais. Votre beauté m'est plus précieuse que tout cela. C'est vous que j'ai choisie, c'est vous que j'aime. Il n'y a rien sur la terre d'aussi bien que vous.

ff — Laissez-moi donc vous suivre où vous voudrez. Mon cœur m'ordonne de vous obéir, et je veux être à vous. — Il prit la jeune fille par la main. Elle quitta cette contrée païenne, et ils s'en allèrent ensemble à travers les champs et les prairies\

c Le long du chemin, ils s'entretenaient avec gaieté l'un l'autre, et la jeune fille lui demanda son nom. — Mon nom, dit-il, est merveilleux. Par sa puissance, il guérit le cœur malade; sur le trône élevé de mon père, tu pourras le lire.

c Donnez-moi votre amour, consacrez-moi vos sens et Yotre esprit. Mon nom est Jésus. Ceux qui m'aiment le connaissent bien. — Elle le regarda avec tendresse, et, se courbant à ses pieds, lui jura fidélité.

c — Comment, dit^elle, comment est yotre père, ô mon'beaa fiancé? Pardonnez-moi cette question. — Mon père est trèsriche; la terre et le ciel lui obéissent; l'homme, le soleil, les étoiles lui rendent hommage.

c Un million de beaux anges s'inclinent devant lui les yeux baissés. — Si votre père est si puissant et si élevé au-dessus de nous tous, mon bien-aimé, comment donc est votre mère?

a — Jamais il n^y eut dans le monde une femme aussi pure. Elle devint mère d'une façon miraculeuse, sans cesser d'être vierge. — Ah ! si votre mère est si belle et si pure, de quelle contrée venez-vous donc?

ff — Je viens du royaume de mon père, où tout est joie, beauté, vertu. Là, des milliers d'années se passent comme un jour; d'autres milliers d'années leur succèdent pleines de repos et de félicité.

c — Seigneur, que de prodiges vous m'offrez I Hàtons-oous

donc, ô mon roi, d'arriver à la demeure de votre père. — Restez pure et sincère, je vous donnerai mon royaume, et vous y vivrez éternellement.

c lis continuèrent leur route à travers les champs et les prés, et ils arrivèrent près d'un couvent où Jésus voulait entrer. — Hélas 1 voulez-vous donc me quitter? Si je n'entends plus votre douce voix, je languirai sans cesse.

« — Attendez-moi ici, dit-il avec grâce et bonté; il faut que j'entre dans cette maison. — Il entre, et elle reste à la porte pour l'attendre ; mais, quand elle ne le voit plus, des larmes d'amour tombent sur ses joues.

c Le jour se passe, le soir arrive, elle attend encore;, mais son fiancé ne vient pas. Alors elle s'avance vers le couvent, et Drappe, et crie : Ouvrez-moi la porte, mon bien-aimé est ici.

f Le portier ouvre, et regarde cette jeune fille si belle et si imposante. — Que voulez- vous? dit-il. Pourquoi venez-vous ici toute seule? Pourquoi ces larmes? Dites-moi, quel chagrin avez-vous?

c — Hélas I celui que j'aime si tendrement m'a quittée; il est entré dans cette maison, et je l'ai attendu longtemps. Pressez-le de sortir; dites-lui de venir me trouver avant que mon cœur se brise, car il est mon fiancé.

c — Jeune fille, celui qui vous a quittée n'est pas venu ici ; j'ignore qui est votre bien-aimé, je ne l'ai pas vu. — Mon père, pourquoi voulez- vous me le cacher? mon bien-aimé est ici. En me quittant, il m'a dit : J'entre dans cette maison.

« — Mais apprenez-moi comment il s'appelle, je saurai si je le connais. — Hélas ! je ne puis le dire, j'ai oublié son nom. Hais c'est le fils d'un roi ; son empire est large et profond ; son vêtement est bleu de ciel et parsemé d'étoiles d'or.

c Son visage est blanc et rose, ses cheveux sont blonds comme l'or, et toute sa nature est si merveilleuse et si douce, que rien au monde ne lui ressemble. Il venait du royaume de son père; il voulait m'emmener avec lui; mais, hélas! il est parti.

c Son père tient le sceptre de la terre et du ciel ; sa mère est mie vierge très-belle et très-chaste. «- Ah 1 s'écria le portier, c'est Jésus, Notre-Seigneur 1 — Oui, mon père, c'est lui que j'aime et que je cherche.

c — Bien, jeune fille; si c'est là votre fiancé, je veux vous le montrer. Venez, venez; vous êtes au bout de votre voyage. Entrez sous notre toit, ô jeune fiancée! et dites-moi, d'où venez-vous.^ Sans doute d'une terre étrangère?

< — Je suis la fille d'un roi; j'ai été élevée dans les grarn deurs, et j'ai tout quitté pour celui, que j'aime. — Vous reUrouyerez plus que vous n'avez quitté près de celui d'où lea bieas provieuDent, près de Jésus, votre amour.

c Entrez donc, et suivez mon conseil. Je vous méfierai à Jésus; mais renoncez à toutes les grandeors païennes, renoncez à la tendresse de votre père, oubliez voire pays de paganisiae^ car désormais vous devez être chrétienne.

c — Oui , mon père , je me rends à vos avis. Mon amour est ce que j'ai de plus cher, et nul sacrifice ne peut m'effrayer.— Et alors le religieux lui enseigne la vraie foi et la loi de Dieu. Il lui dit la vie de Jésus depuis sa naissance jusqu'à sa nwrt.

c La jeune fille dévoua son âme à Dieu ; elle avait un g)paiid désir de voir Jésus, son bien-aimé, et elle l'attendit longtemps. Mais quand elle fut près de mourir, Jésus lui apparvt.

c II la prit doucement par la main et l'emmena dans son beaa royaume. Là, elle est devenue reine, elle goète toutes les jouissances que son cœur peut désirer, et des milliers d'années passent pour elle comme un jour. »

On pourrait faire remonter très-haut l'origine de ce chant religieux; celui que nous venons de citer tel qu'il existe aujourd'hui dans divers recueils hollandais*, n'est probablement qu'une amplification assez récente d'un chant très-simple et sans doute beaucoup plus court du XV* siècle. Il en est de même d'un graad nombre d'autres pièces , dont il faut reporter an XV* siècle, et quelquefois plus haut l'Invention et h composition première. L'original s'est perdu, et nous ne le connaissons que par des imitations disséminées de distance en distance au xvr ou xvn* siècle; mais il nous a paru plus convenable de les ramener toutes à leur point de départ ; pour les resserrer en un même faisceau.

Après la série des chants religieux vient celle des chants profanes, chants de guerre et d'amour, ro-

1. lejeune, Neederlandsehe Vôlh8!(angen.'-DeNiemoe(httindi9(^ Hooxeboom (Horas belgicae).

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mances et ballades. La même naïveté poétique, ta même efTusion de cœur que l'on admire dans la première, se retrouvent dans celle-ci, mais quelquefois avec plus de chaleur. Les sujets de ces chants sont très-> variés ; c'est tantôt une tradition populaire qui présente toutes les péripéties du drame comme eeÛe du Comte Floris , tantôt un chant national comme celui de Guillaume de Nassau, tantôt un conte de géant comme dans le Chasseur de la Grèce. Les scènes d'amour surtout reviennent à tout instant; l'amour occupe une grande place dans ces fraîches et chastes imaginations. EUes nous l'ont peint sous toutes les formes, avec la couronne de myrte sur la tête ou la branche de cyprès à la main, avec le sourire sur les lèvres ou les larmes dans les yeux , mais toujours tendre , religieux , dévoué. Ses chants de joie viennent du fond de Vàme , ses mots d'adieu font pleurer. Un chevalier revient d'une contrée lointaine ; il aperçoit la tour d'un château; il se hâte, car il est impatient de revoir sa jeune femme. Il rencontre en chemin un autre chevaKer qui lui dit : « Ta femme est infidèle ; tiens , regarde cet anneau que je porte au doigt. Ne le reconnais-tu pas pour le sien? — Tu en as menti ! » dit le voyageur, et il tire son épée et le tue. Cependant, quand il a observé l'anneau , il croit aux paroles du chevalier ; il arrive plein de fureur et résolu de se venger. Sa femme vient au-devant de lui , et le salue du regard et de sa voix angélique ; à son doigt, elle porte l'anneau de fiançailles, l'anneau que son mari ne croyait plus revoir, et en la retrouvant avec ce gage de fidélité, il la presse dans ses bras, et se jette à genoux pour remercier le ciel.

Une jeune fille attend son amant qui demeure de l'autre côté du fleuve ; elle allume le flambeau qui doit lui servir de guide. Le flambeau s'éteint. Le jeune homme se met à la nage et se noie. Son amante va le

chercher avec un pêcheur, et, en retrouvant son corps, elle se jette sur lui , l'embrasse et meurt.

C'est quelquefois aussi une idée plutôt qu'un fait , une idée si simple , qu'il est en quelque sorte impossible de l'analyser, comme, par exemple, dans ce chant des Trois jeunes filles :

c Trois jeunes filles s'en allaient ensemble le long d'une forêt. Elles marchaient pieds nus sur la neige et la glace, et il faisait très-froid.

c L'une d'elles pleurait amèrement; les deux autres avaient l'humeur assez joyeuse, et elles lui demandèrent comment allait son amour.

c Pourquoi me faites-vous cette question? dit-elle; trois hommes à cheval ont égorgé celui que j'aimais.

c — Si trois cavaliers ont égorgé celui que tu aimais, il faut choisir un autre amant et vivre avec gaieté comme nous.

c — Gomment pourrais-je choisir un autre amant, quand mon cœur est déchiré? Adieu, mon père et ma mère, vous ne me verrez plus.

c Adieu, mon père et ma mère, et toi, ma douce petite sœur; je veux aller sous les verts tilleuls où repose mon bien-aimé. i

Je citerai encore cet autre chant qui paraît être fort ancien :

c Une jeune fille se levait le matin de bonne heure, et s'en allait sous les tilleuls pour attendre son amant, et son amant ne venait pas.

c Un jour, un cavalier s'approche d'elle et lui dit : Mon enfant, que faites-vous ici toute seule? Venez-vous compter ces arbres verts ou cueillir ces fleurs ?

c — Non, je ne viens pas compter ces arbres verts ni cueillir ces fleurs; j'ai perdu mon bien-aimé, etjenepeux en apprendre aucune nouvelle.

€ — Si vous ne pouvez en* apprendre aucune nouvelle, moi, je peux vous en dire. Il est dans la Zélande, et il aime plusieurs jolies femmes.

c — Si ce que vous dites est vrai , que le ciel répande ses bénédictions sur lui et sur toutes les jolies femmes qui l'entourent.

c Qu'est-ce que le chevalier tire de dessous son manteau ? Une belle chatne en or. — Voyez, dit-il , je vous la donnerai si vous De voulez plus penser à votre amour.

c — Quand cette chatne d'or serait assez grande pour pouvoir toucher à la fois la terre et le ciel , j'aimerais mieux ne jamais l'avoir que de songer à un autre amour.

c Le chevalier se sentit ému. — Ma douce enfant, dit-il, je veux vous épouser, et je n'aimerai pas une autre femme que

YOUS. i

Le morceau allemand qui répond à celui-ci est peutêtre moins simple, mais il est poétique, plus richement développé, et se termine d'une manière plus complète que le chant hollandais :

< — Je voulais seulement t'éprouver, dit le chevalier ; si tu avais fait entendre un reproche ou une malédiction , à l'instant même je t'aurais quittée. »

Un de nos amis de Hollande, M. Bogaers, Fauteur des deux charmants poèmes, se propose de publier un nouveau recueil de traditions et de chants populaires hollandais. Nous avons vu quelques-unes des pièces qui doivent faire partie de ce recueil, entre autres une légende qui a pour titre : les Pains de pierre. C'est un récit des plus dramatiques et des plus touchants, la description terrible d'une famine à Leyde, la chronique pieuse d'une sainte femme qui se prive du nécessaire pour soulager les misères du pauvre, tandis qu'à côté d'elle sa sœur repoussa impitoyablement ceux qui viennent implorer son secours. A la fin, Dieu récompense par des dons abondants la femme charitable, et punit sa sœur cruelle en changeant en pierres les pains qu'elle gardait sordidement chez elle. Ainsi, au xiv% au xv* et au XVI* siècle, le peuple hollandais racontait en vers grossiers encore, mais pleins d'une douce émotion, l'événement qui l'avait frappé / et pour donner plus de force et de popularité à ses sympathies politiques ou à ses

principes de morale, il encadrait ses idées dans le récit d'un fait dramatique. Mais bientôt le langage étudié e1 prétentieux des Chambres de rhétorique remporta sur ces naïves compositions, et les ballades d*amour et les pieuses légendes , œuvres de sentiment, d'originalité, de candeur, disparurent sous le manteau brodé de la littérature académique.

LITTÉRATURE MODERITE.

Je ne connais pas de pays où Ton ait autant mesuré d'hémistiches et façonné de rimes qu'en Hollande ; pauvres et riches, gens de la ville et gens de la campagne, tout le monde rime. Si positif que l'on soit, il faut bien qu'à certaine heure un rayon d'or^ un rêve, uu sou harmonieux ramène le cœur vers les vagues régions du monde idéal. La rime est ce son harmonieux qui vibre comme u|i accord du monde mystérieux des songes au milieu des occupations matérielles des Hollandais. La rime récrée le marchand à son comptoir et l'ouvrier à son labeur. Vous êtes assis le soir dans une honnête taverne d'Amsterdam avec trois ou quatre bons bourgeois de la cité, fumant de vrais cigares de la Havane, comme il convient à des gens qui ont une position recommandable, et faisant de la simple prose, de la prose comme M. Jourdain, quand tout à coup, après le plus pacifique entretien et le plus innocent verre de genièvre, voilà que l'imagination de vos interlocuteurs s'enflamme, que leur langue s'accentue, se scande* et qu'à la place de cette vulgaire prose, dont vous attendez encore naïvement les longues phrases, résonnent deux fortes rimes comme deux coups d'archet ,

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suivies bientôt de deux autres non moins éclatantes. Vous allez un matin visiter une de ces magnifiques maisons de eampagne où les nababs de la finance étalent le luxe de l'Europe et des Indes, et sur la porte d'entrée vous Toyez deux rimes solennelles peintes en bleu sur un fond blanc , deux rimes qui vous invitent, comme deux anges de paix, à vous livrer sans arrièrepensée au calme et au bonheur de la vie champêtre. La rime est inscrite aussi sur tous les monuments de pierre et de bronze : la rime mythologique embellit le piédestal de tous ces petits dieux si bien coloriés et si bien lavés qui ornent les allées de jardins; la rime flotte avec le trekschuit sûr les canaux ; elle orne l'en' seigne des cabarets , la couverture des almanachs , la boutique ambulante des kermesses et la feuille d'an* Qonees du journal. Un ancien voyageur raconte que l'hiver, dans le Nord^ toutes les paroles que l'on pro* Donœ sont aussitôt gelées, tant il fait froid dans ces lointaines régions que nous avons encore la folie d'ai* mer. Au retour du printemps, l'air pénètre peu à peu dans cet amas de phrases interrompues , le soleil les dégage de leur enveloppe de givre, les paroles prisonnières reprennent leur essor et tourbillonnent , et résonnent dans l'air avec l'accent de joie ou de douleur qui leur fut donné. Je vous laisse à penser quelle singulière musique ce doit être, quel vacarme de mots et d'idées, de reproches qui n'ont déjà plus de sens, de promesses faites solennellement à la face du ciel et* à jamais oubliées, de soupirs d'amour exhalés dans l'ombre, entre deux jeunes cœurs, qui viennent indiscrètement Drapper l'oreille du passant ! De même en Hollande, quand les saules de la prairie ont revêtu leur feuillage vert, quand le jardinier de Harlem voit poin* dre hors de leur étroit bourgeon Jes feuilles riantes de la tulipe, le voyageur entend sur les canaux, sur les grandes routes, au milieu des champs, au sein des

cités, un bourdonnement confus de paroles flottantes et accentuées. Ce sont autant de rimes auxquelles le soleil de mai, le vent frais des beaux jours, donne l'essor et le mouvement , et qui s'en vont de tous ^ôtés chantant l'amour, la liberté et la morale. Alors vraiment plus d'un étranger, surpris par cette musique sonore, a bien pu se dire : La Hollande est l'un des pays les plus poétiques qui existent au monde. Il a pu se le dire encore en voyant dans les magasins des libraires, dans les bibliothèques, tous ces poëmes anciens et modernes dont la Hollande s'honore. On les compte par centaines, par milliers, et nulle part , ils n'ont été publiés avec tant de luxe. Mais la rime, si musicale qu'elle soit, ne constitue pas la poésie, et le poème le plus élégant, le plus correct, peut bien n'être qu'une œuvre de labeur et de patience dénuée de verve et d'inspiration. Or, tel est souvent le cas en Hollande. La patience est l'une des qualités les plus caractéristiques des habitants de ce pays ; la nature même de leur sol la leur enseigne ; l'entretien de leurs digues, le dessèchement de leurs marais, les forcent à la mettre sans cesse en pratique ; l'art dont ils se glorifient, l'art des Gérard Dow , des Mieris, des Berghem , en est la plus gracieuse, la plus idéale expression , et leurs poëmes épiques, leurs bergeries, leurs strophes didactiques, ont pour la plupart le même caractère d'élaboration calme, régulière, soutenue.

L'organisation sociale de la Hollande , la tendance pratique des esprits, tendance qui se manifeste déjà dans les plus anciennes annales de cette contrée, n'étaient pas de nature à donner un grand essor à l'imagination des poêles. Tandis qu'en France, en Allemagne, les grands seigneurs appelaient la poésie dans leur château, dans leurs tournois, et lui donnaient pour ornement l'écharpe brodée par une main chérie, ou le blason conquis sur un champ de bataille ; tandis

que la chevaleresque Espagne chantait sous les orangers de Grenade la grandeur des rois maures et le triomphe du Gid ; tandis qu'en Italie Boiardo et Ariosf e faisaient revivre dans les merveilleux caprices de leur imagination les riantes et glorieuses traditions du moyen âge ; tandis qu'en Angleterre , Spencer consacrait dans sa Reine des Fées les dogmes symboliques de la chevalerie, et que Shakespeare de sa main gracieuse el puissante broyait tour à tour sur sa palette immortelle les roses de l'Orient et les sombres couleurs du Nord , en Hollande, les grands seigneurs succombaient l'un après Fautre dans le désordre des guerres civiles. La féodalité était vaincue par le commerce, la noblesse par la bourgeoisie. De bonne heure les villes de Flandre et de Hollande s'élèvent et prospèrent par l'habileté de leurs calculs et les efforts de leur industrie ; et s'il y a dans ces villes une corporation qui défend avec intrépidité ses privilèges, un Arteweld qui fait trembler Louis XI, il n'y a point de Médicis.

Cependant, comme il faut que la poésie, cette fleur du ciel, jette partout ses racines et germe sur les rocs sauvages du Nord comme dan^ les jardins embaumés de Sacountala , sous l'humble toit de l'ouvrier, comme sous les plafonds dorés des châteaux, la poésie éveilla Fattention des bourgeois de Hollande. Ils l'accueillirent avec une grave bienveillance, comme une ingénieuse distraction qui devait être soumise à certaines règles , et qui pouvait avoir ses agréments à certaines heures. Il se forma de côté et d'autre des sociétés littéraires qui faisaient profession de se dévouer au culte des Muses, de travailler aux progrès de la langue nationale et au perfectionnement de la poésie. Kops , qui a écrit une histoire de ces sociétés, fait remonter leur origine très-haut. Il y en avait une, dit-il , à Leyde avant l'année 1200, une autre à Diest, fondée en même tetnps que TAcadémie des jeux floraux de Toulouse,

la plus ancienne académie de l'Europe. Cependant nous croyons que Tassociation des confrères de la passion et des clercs de la bazocbe a servi de modèle à la pRipart de ces sociétés. Elles prirent seulement à tâche de remplacer ce qu'il y avait de trop aventureux dans les œuvres de leurs confrères de France, de trop gai dans leurs allures, par une tenue décente et des lois respectables. La première avait pris le titre de chambre de rhétorique , toutes les autres suivirent son exemple. Ce mot de rhétorique n'était pas une expression abstraite. C'était le nom d'une belle et puissante reine qui avait dans son empire des princes renommés, tels que Démostbène et Ciceron, Homère et Virgile. On n'entrait point au service d'une si grande dame sans quelque préliminaire. A moins d'un mérite extraordinaire, on n'arrivait pas tout d'un coup au premier rang. Il fallait monter de grade en grade, gagner ses privilèges par ses services. Mais aussi quelle magnifique perspective s'ouvrait aux regards des fidèles sujets de leur reine Rhétorique! D'abord on était trouveur (trouvère), inventeur de nouveaux sujets et de nouveaux mots. De là on arrivait au grade de doyen qui exerçait déjà une sorte d'autorité magistrale sur les jeunes disciples des Muses. Puis on était promu à l'emploi de facteur, et chargé par là de composer les pièces officielles pour les solennités , de préparer les programmes des fêtes et des grandes réunions. De cette imposante dignité au titre de prince, il n'y avait qu'un pas. Pour une ode, pour une ballade rimée, on se trouvait un beau matin placé par la société au même rang que Démostbène et Virgile, ce qui ne laissait pas que d'être fort bonorable; et en faisant encore un etfort, on avait ^ chance d'être proclamé empereur, c'est-à-dire quelque chose de plus élevé que dame Rhétorique elle-mèmev' L'histoire ne dit point combien d'heureux portes hollandais sont ar-

rhés à ce rang suprême» ni par quels chefs-d'œuTre il lut mérité.

Outre ces grades littéraires, les chambres de rhétorique avaient un porte-enseigne chargé de faire flotter leur bannière dans les grandes réunions, et un procureur fiscal qui enregistrait leurs faits et gestes. Biles avaient un nom symbolique» un blason des plus idylliques, et une devise très-morale et très-religieuse^ Celled porte dans ses armes une branche d'olivier, et a pour ûireiEceê çraêia ; celle-là prend pour symbole Féglantine^et pour devise : < Nous fleurissons pour l'amour.» Une autre s'appelle le Buisson de Moïse, une quatrième la Yallée de Joie ; une quantité d'autres avaient des noms de fleurs; Fleur de Blé, Fleur des Champs, Fleur de Lis. Celle d'Ypres, plus ambitieuse, s'appelait F Alpha it l'Oméga^ celle de lichterwelde hs Voyageurs Pacifiques. Quelques-unes se plaçaient sous le patronage des saints ; d'autres enfin, voyant le ciel et la terre envahis parleurs rivales, descendaient dans les réalités de la vie TQlgaire. Une société de Louvain s'appelait tout simple* meut le Persil^ une autre le Boluiin. Les devises étaient d'aîneurs toujours une affaire importante à traiter, un grave objet d'examen et de discussion, si grave que quelquefois, pour en finir, il fallait le deus ex machmd. On raconte qu'un jour les membres d'une nouvelle société de Bruges, qui prit le titre de Saint-Espritt s'étant réunis pour aviser à la devise qu'ils adopteraient» nrent tout à coup entrer par la fenêtre un pigeon qui leur apporta au bout de son bec ces mots : Mon œutyre est ''céleste {mijn werk es hemmeliek) ^ De nos jours, on attend encore dans les grandes villes de Flandre et de Hollande les nouvelles des pigeons ; ils apportent la cote de la bourse» le taux des actions industrielles et les changements de ministères^C'est l'oôuvre céleste decette époque.

1. KopB^ Sdkets eener Gesehiedenisse der Aederijkeen^i^^ 222.

Toutes ces chambres jouissaient de certains privilèges qui donnaient à beaucoup d'honorables citoyens le désir de s'associer à elles. Les princesjeur témoignaient aussi une faveur particulière. Le duc Jean de Brabant était inscrit parmi les membres de la société de Bruxelles. Charles-Quint donna lui-même un blason à celle d'Amsterdam, et Guillaume d'Orange s'honorait de faire partie de celle d'Anvers. Mais on n'était reçu dans ces glorieuses confréries qu'à la condition d'offrir certaines garanties prévues par les règlements. Plusieurs sociétés exigeaient de leurs candidats qu'ils fussent mariés depuis au moins un an et un jour. C'était le sine quâ non d'éligibilité dans ces temps de mœurs honnêtes; c'était la loi des chastes sœurs. Aujourd'hui elles sont moins sévères.

Le but des chambres de rhétorique hollandaises et flamandes était, comme nous l'avons déjà dit, de travailler au progrès de la langue et de la poésie ; mais leur tendance était, à vrai dire, plus morale encore que littéraire. Elles mettaient au concours des questions de dogme et de charité publique qui ne pourraient occuper aujourd'hui que la Faculté de théologie de la Sorbonne, ou la commission du prix Montyon. Elles faisaient représenter, à la manière de nos anciennes confréries, des drames bibliques et des mystères. Pour récompense elles distribuaient aux lauréats des coupes d'argent ou d'étain, selon l'état de leur budget. Parfois, pourtant, elles abordaient des questions profanes, elles entraient, au grand scandale de quelques-uns de leurs^ membres, dans le domaine de la mythologie grecque, et mettaient sur la scène les dieux et les héros à la place des saints et des patriarches. En 1519, une des chambres de Gand représenta un drame qui avait pour titre: U Enlèvement de Proserpine par Pluton. La pièce est précédée d'un long prologue composé d'une foule de maximes fort peu adaptées à un tel sujet, mais fort

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édifiantes. Puis apparaît un gardien qui s'appelle Monsieur Sait-Tout, et qui chante un hymne à la beauté du printemps et de l'aurore. Un autre personnage symbolique se présente, qui loue, comme un mauvais sujet qu'il est, la volupté des ténèbres ; le sage Sait-Tout le réprimande de cette grossière licence de pensée, et l'invite à voir la pièce que l'on va jouer pour son instruction. Ici se termine le premier acte. Les acteurs se retirent. Le public réfléchit, et bientôt voici venir Jupiter, tenant la foudre à la main, Neptune appuyé sur son trident, chacun d'eux dépeignant en longs vers les charmes de son empire. Tout à coup leur dialogue di- %rambique est interrompu par Pluton, qui entre en fureur, le visage noir, les mains noires, gesticulant et criant que ses deux frères ont pris la meilleure part de rtiéritage paternel, et qu'il bouleversera le ciel et les ondes, si on ne lui fait justice, « Mais que veux-tu donc? dit Neptune inquiet déjà sans doute d'avoir à prononcer le quos ego. — Je veux une- femme, s'écrie Pluton en se redressant de l'air d'un lion dont le vent du désert enfle les naseaux. — Allons, allons, mon cher frère, dit le galant Jupiter d'un air assez fat, tu es par trop noir pour rêver une telle conquête. » L'impertinente remarque de l'amant de Léda jette Pluton dans un nouveau transport de fureur, et les deux frères, craignant sa vengeance, promettent enfin de le seconder dans ses vœux et de l'aider à enlever Proserpine. Ds appellent à leur secours Phébus, Pan, l'Aurore, Zéphyre, Cybèle et Vénus. L'amoureux Pluton les suit près de la tour de fer où est enfermée Proserpine. Vénus s'avance au milieu des arbres printaniers que l'on nomme : Désir charnel. Plaisir mondain. Tentation ennemie ; elle séduit par ses chants perfides l'innocente prisonnière, qui, ne sachant point à quel piège elle est exposée, franchit d'un pied léger le seuil de sa retraite. A l'instant même, Pluton se précipite sur elle, en lui

criant d'une voix fort peu gahnte : < Malédiction sur toi, indigne hypocrite, pécheresse de Sodome ! je t*arrache à tes vains plaisirs, je femmène dans l'enfer! » Là*dessus reparaît l'interprète moral du drame, qui prouve par ce qui vient de se passer que, lorsqu'une jeune fille a été enfermée par une mère prudente dans la tour de fer de la continence» elle ne doit point fréter l'oreiUe à la voix séduisante qui l'appelle, sous peine d'être emportée par le méchant esprit dans les ténèbres de l'enfer.

Parfois aussi les chambres de rhétorique d'une ville adressaient à celles des autres villes une question à résoudre» s'invitaient, se provoquaient au combat poétique, et alors c'étaient des réunions solennelles, des fêtes inscrites dans les annales de la contrée, des olympiades. Nous empruntons à un ancien historien des Pays-Bas, Emmanuel de Heterem, le récit d'une de ces réunions qui renferme de curieux traits de mœurs: « La chambre des vioHersi d'Anvers» comme ayant em* porté le principal prix à Gànd, envoya semblable carte aux viUes eirconvoysines, en l'an 1562, pour y eomparcistre le premier d'aougst» et y apporter leur solution sur cette demande : « Que c'est qui invite l'homme le plus aux arts et aux sciences. » Il n'y a voit pas seulement des prix pour ceux qui donneroyent la meilleure solution, mais aussi pour ceux qui feroyent leur entrée avec le plus de triomphe, dé magnificence, et avec le plus de gens, et qui pourroyent le mieux représenter et faire entendre par figure, ou autrement, comment on pourra s'assembler en amitié et départir amiablement. En quatriesme lieu, pour celui qui représenteroit le plus artistement sa devise. En cinquiesme lieu, pour ceiuy qui feroit la plus belle et solennelle entrée à l'église. En sixiesme lieu pour celuy qui feroit le plus beau feu de joye, soit sur l'eau en des batteaux, soit sur terre» à brusler des tonneaux de poix» à faire des

Aisées, à allumer des torches, des lanternes, paelles à feu, ete. En septiesme lieu, pour cehij qui joueroit le miem sa comédie. En huictiesme lieu, pour celuy qui, aux prologues dé son jeu , pourroit le mieux dire : combien les marchands qui se comportent justement sont profitables aux hommes. Et finalement, pour celuy qui pourroit le plus innocemment on gaillardement faire le fol, sans injure ou desbonnesteté. En quoy on proposa des choses merveilleusement subtiles, profondes et doctes, pleines de sens et de science, et plusieurs autres tels prix.

« Sur cest enroy comparurent en Anvers, le troiâesme d'aougst, quatorze chambres de rbétoriciens, lesquelles vindrent de diverses villes et seigneuries en Brabant. La chambre de la Guirlande de Marie de Braxelles emporta le plus grand prix pour avoir feiet la plus belle entrée, car ils firent leur entrée estant bien trois cent et quarante hommes à cheval, tous ha« billes en velours et en soye rouge cramoysie, avec de longues casacques à la polomioise, bordées de passement d'argent, avec des chapeaux rouges , faicts à la façon des heaumes antiques : leurs pourpoincts, plumages et bottines estoyent blancs; ils avoyent des ceinturea de tocque d'argent, fort curieusement tissues de quatre couleurs, jaulne, rouge, bleu et blanc ; ils avoyent sept charriots faicts à Tantique qui estoyent fort gentiment éqoippés, avec divers personnages qui estoyent portés esdits charriots. Ils avoyent encore septante elhuict charriots communs avec des torches; es-» dits charriots estoyent couverts de drap rouge bordé de Uanc ; tous les chartiers avoyent des manteaux rouges, et sur ces charriots il y avoit divers personnages représentant plusieurs belles figures antiques qui donnoyent à entendre comment on s'assemblera par amitié pour départir amiablement. De Malines vint la chambre appelée la Pione; ils firent leur entrée avec trois cent et

vingt bouimes à cheval, habillés de robe de fine estamine incarnate, bordées de passement d*or, avec des chapeaux rouges ; les pourpoincts, les chausses et les plumages estoyent'de couleur jaune, les cordons d'or et les bottines noires. Ceux-ci avoyent sept charriots de plaisance, faicls à l'antique, et fort bien enrichis et ornés de personnages. Ils avoyent encore seize autres beaux charriots quan^és par en haut et couverts de drap rouge, chasque charriot ayant huict beaux blasons, et deux de la confrairie assis dedans avec des torches, et derrière il y avait deux paelles à feu. En telle manière vindrent aussi les autres chambres, mais non en telle magnificence et avec tant de gens, et ron employa quelques jours à faire des feux de joye, à jouer des comédies, des farces, à faire des choses pour rire, et en des banquets jusques à ce que les prix fussent départis. »

Kops, que nous avons déjà cité, parle aussi de cette réunion, et dit qu'on y vit arriver des députations de onze villes et près de quinze cents membres de différentes chambres de rhétorique, tous à cheval. Ceux de Berchem y arrivèrent suivis d'une belle jeune fille qui s'avançait gravement sous un dais porté par quatre hommes, et qui représentait la reine Rhétorique ellemême.

Les chambres de rhétorique se propagèrent dans toute la Hollande et la Belgique. Bientôt les villages mômes voulurent en avoir une, et chaque ville en eut plusieurs. On en comptait trois à Amsterdam, quatre à Anvers, quatre à Bruxelles, trois à la Haye et à Harlem, quatre à Gand, six à Louvain ; bref, vers le milieu du xvr siècle il y avait 'dans les Pays-Bas près de deux cents chambres de rhétorique ayant leur devise, leur blason, leurs doyens et leurs poètes. Les plus anciennes s'arrogeaient le droit de donner des statuts et des l^riviléges aux plus jeunes. C'étaient des métropoles lilté-

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raires autorisant des succursales. En 1493, l'archiduc Philippe, père de Charles- Quint» créa à Gand une chambre suprême de rhétorique, dont il donna la direction à un chapelain. Cette chambre s'appelait : Le divin et révéré nom de Jésus avec la fleur de heaume. Elle devait se composer de quinze membres et de quinze jeunes gens qui seraient tenus d'apprendre Fart de poésie. En outre, il fut décidé que pour honorer Notre Seigneur Jésus-Christ et la Vierge Marie, on admettrait dans cette religieuse association quinze femmes en mémoire des quinze joies delà sainte Vierge. C'était ainsi que le pieux moyen âge se dévouait à l'étude des lettres. Il choisissait un prêtre pour président d'une académie, il plaçait la poésie sur l'autel, la couronne de lauréat dans l'église, et dans sa galanterie même envers la femme, il exprimait une pensée de dévotion, il songeait à la mère de Dieu.

Les guerres cruelles du xvi* siècle portèrent un coup funeste aux chambres de rhétorique. En Belgique, le duc d'Albe, croyant voir surgir dans leur sein des germes de protestantisme, les écrasait de sa main de fer. En Hollande, la nalion entière, armée pour défendre sa liberté politique et religieuse, ne pouvait plus guère songer à ces naïves idylles d'autrefois. Les unes devinrent tout simplement d'honnêtes confréries de paroisse qui conservèrent un privilège de préséance dans les processions et le droit d'assister en grande pompe aux fêtes de l'Église. D'autres servirent à former de nouvelles associations plus sérieuses et plus utiles, notamment celle qui en 1766, prit le titre de Société de littérature néerlandaise, et qui subsiste encore. D'autres enfin se transformèrent en clubs et en sociétés de lecture. Leurs membres se réunissent chaque soir avec une ponctualité hollandaise dans une salle inondée de journaux. Au lieu de représenter comme autrefois les drames bibliques, ils assistent par la pensée au grand

drame des révolutions financières et politiques ; au lîea de se donner des questions dogmatiques à traiter, ils se passent mutuellement les contrefaçons belges de nos romanciers, et dans leurs plus longues heures de li* berté ils jouent au whist.

Cependant, avant de déchoir ainsi de leur andenae grandeur, les chambres de rhétorique servirent encore de modèles aux sociétés qui s'établirent en AUemagne aux XVI* et xvn* siècles sous le titre de Sociétés de lingtM' tique (Sprachrgesellschaften), avec les mêmes recherches prétentieuses de symboles, de devises, de blasons.

Le but littéraire que ces sociétés s'étaient proposé, elles ne l'ont jamais atteint. Elles n'ont laissé que des œuvres fades, incorrectes et de mauvais goût, où Ton ne retrouve pas même ces éclairs d'esprit et ces élans de verve qui font supporter les longueurs de nos aa«ciennes poésies. Loin de pouvoir constituer une littérature, elles ne furent pas même en état de maintenir l'entière indépendance de leur langue, de la soustraire aux envahissements de rinfluencc étrangère. La France les dominait, la France leur imposait ses bergeries, ses ridicules personnifications de vices et de vertus eih seiguées par le roman de la Rose et reproduites dans tant de mystères; elle leur fait accepter ses tours de phrase, ses expressions, ses images allégoriques. En vain les partisans zélés de la langue hollandaise s'écriaient en vers et en prose : « Conservons la pureté de notre idiome, éloignons-en les mots empruntés i un autre pays; » en écrivant cette exhortation patriotique, ils trahissaient eux-mêmes leurs errements philologiques, ils proclamaient avec des mots étrangers qu'on ne devait pas faire d'emprunts à ces dialectes étrangers ^

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