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Mesure russe équivalant à seize kilogrammes

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tellement sa raison que, pour deux bouteilles de mau* yaise eau-de-vie falsifiée, qui auront coûté, à Jakouzk, quelques roubles, il en viendra à donner un renard noir d'une valeur de deux cent cinquante roubles.

M. Matinschkin se plaît du reste à louer la douceur et la placidité de caractère des Tschoukis. Il les représente assis tranquillement dans leurs traîneaux, ne répondant que par quelques monosyllabes à la volubilité des Russes, prenant avec calme les denrées qui leur sont offertes, et les pesant d'une main si exercée, que, sans le secours d'une balance, ils peuvent dire à une livre près quel en est le juste poids.

La plupart des Tschoukis suivent encore les pratiques superstitieuses d'une grossière idolâtrie, et sont aveuglément soumis au charlatanisme de leurs schamans ou magiciens. Par leurs apparences de sorcellerie, par leurs prétendus rapports avec les génies invisibles du mal et du bien, ces hommes exercent sur l'ignorante peuplade un tel empire, qu'ils les portent quelquefois à d'horribles révolutions. En 1814, une maladie contagieuse ayant éclaté dans les tentes des Tschoukis, les schamans, après avoir en vain battu le tambour magique, et fait à diverses reprises leur simulacre d'invocations, déclarèrent que les esprits ne pouvaient être apaisés que par la mort de Kotschen, l'un des chefs de la tribu. Kotschen était généralement si aimé et si respecté que, malgré l'autorité des schamans, cette fois on refusait d'obéir à leur arrêt. Cependant, comme l'épidémie faisait de nouveaux progrès, le magnanime, l'obscur Kotschen, dont le nom. ne sera cité dans aucune de nos écoles à côté de celui du classique Curtius et de l'héroïque Winkelried, Kotschen se dévoua pour le salut de son peuple et par ses prières, par ses menaces, il détermina son propre fils à lui plonger un poignard dans le cœur.

D'autres Tschoukis se disent chrétiens ; mais en réa-

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lité, ils n'en ont que le nom. Une société de Pétersbourg a fait traduire dans leur dialecte et imprimer pour leur usage uu petit livre qui renferme les dix commandements de Dieu, quelques maximes de TÉvangiie, le Pater noster et le Credo ; mais, malgré la souplesse des consonnances de la langue russe, on n'a pu, dans cet ouvrage composé en caractères russes, reproduire les sifflements et les sons gutturaux de Tidiome des Tschoukis, en sorte que cette publication n'a pu avoir l'effet qu'on en espérait. Les Tschoukis se laissent baptiser sans savoir pourquoi, si ce n'est qu'ils gagnent à celte cérémonie un ustensile qui leur plaît, un peu d'eau-de-vie ou de tabac. C'est ainsi qu'au temps où Louis le Débonnaire essayait de propager le christianisme dans le Nord, les rudes habitants des rives de la Baltique se faisaient baptiser, non pas une fois, mais plusieurs fois, pour obtenir des mission-t naires une arme et un vêtement. M. Malinschkin a assisté, à Ostronorje, à une de ces cérémonies. Un jeune Tschouki, séduit par l'appât de quelques livres de tabac, avait consenti à se rendre à la chapelle ; mais lorsqu'on lui montra la cuve pleine d'eau dans laquelle, selon le rite russe, il devait faire trois immersions, il refusa d'accomplir son engagement. Après une longue discussion dans laquelle l'interprète employait comme un souverain argument la promesse du tabac, il finit par se résoudre à entrer dans les eaux ; et dès qu'il eut accompli ses trois plongeons, il s'élança dehors en criant : « Mon tabac ! mon tabac ! » On essaya de lui faire entendre que la cérémonie n'était point achevée. Il restait sourd à toutes les exhortations. « Mon tabac ! » répétait-il ; et, comme on voulait le retenir, il s'ouvrit par un bond impétueux un passage dans le cercle des assistants, et courut se réfugier sous sa tente.

M. Matinschkin déclare loyalement qu'il a passé trop peu de jours parmi les Tschoukis pour oser en parler

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longuement. M. Hooper, qui les a vus pendant dix mois, va nous donner sur eux d'autres détails.

Parti de Plymouth, le 30 janvier 1849, le Plover (le Pluvier), que commandait M. Moore, et sur lequel M. Hooper servait en qualité de lieutenant, arrivait le 15 octobre, dans le détroit de Behring, près de Tschu-^ koi-Noss, et jetait l'ancre dans une bonne rade.

Quelques jours après, la mer était complètement gelée à une assez grande profondeur, et le capitaine Moore, ayant réuni en conseil ses officiers, se décida à rester là jusqu'au printemps, et tout le monde se mit à l'œuvre pour se garantir autant que possible des rigueurs et surtout des ennuis d'un rude hivernage. Les mâts sont abattus, les voiles repliées; le navire est entouré d'une cloison, recouvert d'un toit. En même temps on construit sur la plage une maisonnette pour y cuire le pain et y laver le linge. Puis les officiers organisent sur le bâtiment une école pour l'équipage et érigent un théâtre. Car, dans ces longues haltes au sein des régions glaciales, il ne s'agit pas seulement de se prémunir contre les souffrances physiques, il faut soutenir, animer le moral de l'homme, et, en une telle circonstance, la distraction devient un des premiers principes d'hygiène. Ross, Parry, Franklin avaient, dans leurs voyages, donné l'exemple de cette pratique salutaire. Les Anglais l'ont encore perfectionnée dans leurs expéditions récentes. Il doit y avoir à présent toute une collection de pièces comiques, de vaudevilles folâtres, qui ont été conçus à la lueur de l'aurore boréale, dans les longues nuits du Nord, mises en répétition sur le pont d'un navire, au milien d'un désert de glaces, et représentées gaiement par de braves officiers et de joyeux matelots; toute une Uttéralure dramati* que, composée pour les grandes fêtes solitaires, loin des rumeurs des salons et du suffrage des journaux, sur les côtes septentrionales de l'Amérique ou les plages

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de neige du Kamtschatka ; noble, salutaire littérature qui, par l'agrément qu'elle a donné à de pauvres marins, les a peuUêtre sauvés des atteintes du spleen et de la nostalgie.

Au milieu des glaces qui étreignent leur bâtiment, des collines de neige qui s'élèvent autour de la baie où ils ont jeté l'ancre, par un froid de 25 degrés, les matelots du Plover célèbrent bruyamment la solennité de Noël selon les coutumes de la Old merry England. Le commandant leur distribue une ration extraordinaire de rhum. Le cook leur prépare d'énormes pies avec des quartiers de renne, et leur façonne un monstrueux plvm^pudding. Le grog savoureux leur rappelle une des indolentes sensualités de Plymouth, et le soir ild s'associent à leurs officiers dans une riante mascarade.

Dès leur première entrevue avec les Tschoukis, ilâ avaient pu reconnaître qu'il leur serait aisé de vivre en bonne intelligence avec cette confiante peuplade, et, de plus, qu'ils pourraient lui faire plaisir à peu de frais. Une jeune Tschoukienne étant montée à bord du Plover^ un matelot lui offrit en plaisantant une chandelle. La belle étrangère le remercia d'un signe de tète» prit la chandelle avec empressement, la mit dans sa bouche et la mangea si bien que quelques minutes après il n'en restait que la mèche, qu'elle eut grand soin de passer plusieurs fois entre ses dents pour ne rien perdre d'une telle friandise.

Oe petit incident révélait un goût gastronomique d'une nature parlicuhère. Le lendemain, une quantité d'habitants des hameaux voisins, alléchés peut-être par le récit de la jeune fille, traversaient la baie avec leurs traîneaux et se rassemblaient sur le pont du Plover^ émerveillés de tout ce qu'ils voyaient, et principalement de la boussole, qu'ils appelaient l'aiguille magique. Pour gagner leur amitié et leur donner une haute idée de la richesse britannique, on leur fit bouillir dans

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\xne chaudière une ample provision de biscuits de mer avec plusieurs pains de suif. Ils n'en laissèrent pas une hribe, et, dès qu'ils eurent fini, avalèrent plusieurs seaux de glace fondue.

Il faut que la graisse ait pour les habitants des régions boréales une propriété particulière, que les physiologistes pourraient peut-être expliquer. Sur la côte du Groenland, les Esquimaux qui venaient visiter notre corvette la Recherche, se délectaient, comme les Tschoukis , avec des chandelles , et j'ai vu les Lapons faire un repas de noces avec des pots de graisse.

Cependant les Tschoukis ont, dans les grandes circonstances, d'autres procédés culinaires. M. Hooper décrit un festin pompeux, un festin de LucuUus auquel il a assisté. Nous livrons son récit aux méditations de ceux qui ne trouveraient point la carte des Frères-Provençaux assez développée.

a En premier lieu, dit M. Hooper, on nous servit sur un plateau de bois une collection de petits poissons crus non nettoyés, non vidés, mais complètement gelés. Mon hôte en dévora rapidement plusieurs avec une visible satisfaction; mais, malgré ma bonne volonté et mes efforts, je ne pus suivre son exemple. On nous apporta ensuite un plat d'herbes menues sur lesquelles était posée une bande de lard que la maîtresse du logis coupa par petites tranches. Le lard était, comme les poissons, cru et gelé, et l'herbe provenait de l'estomac d'un renne qu'on avait tué avant qu'il eût achevé de ruminer. Impossible encore de loucher à cette ingénieuse préparation, qui est, pour les sensuels Tschoukis, quelque chose comme un perdreau truffé pour le bourgeois de Paris. Mon hôtesse, prenant pitié de ma barbarie, enleva les plats, les nettoya délicatement avec ses doigts, mit les doigts à sa bouche pour ne rien perdre, et nous apporta un second service plus enga-

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géant pour moi que le premier. C'était de la chair de phoque et de morse bouillie, puis une tranche de peau de morse qui fut découpée par petites parcelles et qui avait le goût d'une noix de coco, puis du poisson frais bouilli et un morceau de baleine que je trouvai excellent.

Ce magnifique banquet étant fini, les convives prirent leurs pipes, qu'ils fabriquent eux-mêmes avec des dents de morse, et d'une main soigneuse les remplirent de tabac. Le tabac est pour eux une chère denrée, comme l'opium pour les Chinois. Ils vont le chercher jusqu'en Russie, et ne l'emploient qu'en le mélangeant avec du bois râpé. Dès qu'ils ont fait , avec de parcimonieuses précautions, cette mixture, ils en aspireùt voluptueusement de longues bouffées, puis ils absorbent d'une seule fois detix litres d'eau glacée, et, savourant le sentiment de leur bien-être, ils remercient les divinités propices des dons qu'elles leur ont faits.

Les Tschoiikis se divisent, comme les Lapons de Suède et de Finmarck, en deux classes distinctes ; les Tschoukis pasteurs, nomades, et les Tschoukis, pêcheurs, sédentaires. Ceux-ci sont, en général, d'une apparence chétive. Sans troupeaux, sans autres ressources que le produit précaire de leur pêche, ils passeront dix jours entiers à guetter le phoque ou le morse sur les blocs de glace. Ils épuisent leurs forces dans cette tâche perpétuelle et n'ont point une nourriture assez réconfortante pour les raviver.

Les Tschoukis pasteurs sont les patriciens de la peuplade. Us portent un double vêtement en peau de renne, l'un avec le poil en dedans, l'autre avec le poil en dehors. Ils ont pour voyager de légers traîneaux auxquels ils attellent une douzaine de chiens vigoureux. Ils se construisent, avec des ossements de baleines, de larges tentes sur lesquelles ils étendent des peaux de morses si habilement tannées , qu'elles deviennent

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claires comme une porcelaine et leur font une sorte de toit vitré.

A rintérieur, le sol est couvert de peaux de différents animaux. L'habitation est à la fois éclairée et chauffée par une lampe en pierre, où une mousse sèche brûle dans de l'huile. Par l'effet de ces diverses précautions, la demeure des Tschoukis est si chaude , que , pour l'étranger, c'est une pénible souffrance d'y rester, c II m'est arrivé, dit M. Hooper, de compter dehors vingt degrés de froid et d'entrer là, sans transition, dans une température de cent degrés au-dessus de zéro. Mais le Tschouki, habitué dès son enfance à ces extrêmes températures, descend gaiement de son traîneau, dételle ses chiens, ôte une partie de son vêtement , et va s'asseoir avec bonheur dans son étuve. »

Ces hommes sont, en général, d'une taille imposante et d'une robuste constitution. Quelques femmes paraissent assez jolies, malgré leurs lourds vêtements et leur type de figura mongole, qui est un des traits caractéristiques de cette tribu.

La physionomie des Tschoukis, telle qu'elle est décrite par M. Hooper, me rappelle celle des Lapons. On finira par retrouver à de longues distances les différents chaînons de cette race qui, selon l'opinion de M. Nilsen, le savant ethnographe suédois, a jadis occupé les pfovinces méridionales de la péninsule Scandinave, et qui, ici comme ailleurs, a été refoulée dans les âpres districts du Nord.

Plusieurs autres notables analogies relient encore la nomade tribu de Suède et de Norvège à la tribu asiatique campée sur les rives du détroit de Behring. La même pauvreté agricole, le même élément de subsistance, établissent entre elles à peu près le même genre de vie. Pour l'une comme pour l'antre, le troupeau de rennes est la fortune de la famille. C'est de ses rennes qu'elle tire sa nourriture habituelle, des peaux

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pour s*habiller, des peaux pour couvrir sa tente, et de la vente de ses rennes le moyen d'acheter les divers objets dont elle a besoin.

Gomme les Tschoukis visités par le Plover^ les Lapons ont eu aussi leurs sorciers, leurs schamans et leurs tambours magiques. A la fin du xvin' siècle, Knud Leem en a reproduit la figure dans son intéressant ouvrage *. Par le voisinage de deux peuples intelligents, par leurs fréquents rapports avec plusieurs villes de Suède et de Norwége, par l'œuvre des missionnaires, les Lapons se sont convertis au christianisme et ont peu à peu modifié leurs anciens usages.

Les Tschoukis, au contraire, isolés sur leurs plages glaciales, loin de toute heureuse influence et de tout enseignement, sont restés dans une complète ignorance et dans un profond affaissement moral. Leur industrie ne s'étend guère au delà de la construction de leurs tentes, de la confection de leurs vêtements et de quelques ustensiles de première nécessité. Leur commerce n'est qu'une opération toute primitive d'échange, d'une part avec les Esquimaux de la côte américaine, de l'autre avec les Russes, qu'ils n'atteignent qu'après un pénible voyage de six mois.

M. Hooper n'a pu découvrir parmi eux aucun dogme positif de religion, ni aucune loi d'organisation so* ciale. Divisés en plusieurs petites communautés, ils se gouvernent eux-mêmes par des coutumes traditionnelles. Le mariage n'est pour eux qu'un lien fort élastique. Ils sont libres d'épouser autant de femmes qu'ils peuvent en nourrir et de les répudier quand il leurplait.

Avec les sentiments de famille inhérents partout au cœur humain, ils ont conservé d'effroyables pratiques. Ils livrent, près de leurs tentes, leurs morts aux oiseaux

l,Se8kfivélse over FinmarkefisLappert 1 vol. in-4, Copenhague, 1767-

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de proie, et lorsqu'une femme aSaiblie par l'âgé se plaint de ses infirmités, son propre fils la tue pour abréger ses souffrances.

Le sehaman est à la fois leur prêtre et leur médecin. C'est lui qu'ils invoquent dans une calamité publique ou dans une maladie accidentelle. Presque toujours^ en pareil cas, il leur persuade qu'ils ont irrité quelque méchant esprit, et, pour apaiser cette redoutable co*^ 1ère, il se fait largement rétribuer. Avec ces grossières fourberies, il inspire à ceux qui réclament son secours une telle confiance, que lorsqu'on voyait l'inutilité de ses sortilèges, on ne doutait encore ni de sa bonne foi ni de son savoir, on accusait seulement le méchalit esprit d'une inflexible obstination.

Ainsi, étrangers aux premières notions de civilisa^ tion, à tout ce qui occupe l'esprit , à tout ce qui entré comme un élément indispensable de bien-être daniï l'existence des autres peuples , asservis aux etistenced nomades de leurs troupeaux de rennes, condamnée aux rigueurs de leur glacial climat , les Tscboukid naissent, vieillissent, meurent sut leur plage de neige^ Quand ou leur parle des rayons du soleil, des fruits et des moissons d'une autre contrée j et qu'on leur de« mande s'ils ne voudraient pad y aller, ils secouent la tête d'un air de dédain et répondent qu'il ne peut y< avoir un meilleur pays que le leur.

De la côte asiatique du détroit de Behring, le livre de M. Hooper nous conduit à travers des peuplades d'Esquimaux et d'Indiens, dont le nom noua est plus fami^ lier que celui des Tschoukis , mais dont nous sommes loin encore de connaître les nombreuses variétés.

Dans le cours de l'hiver, le courageux officier avait entrepris, du côté du cap Est , une excursion en traîneau, dans le but de s'enquérir si Franklin n'aurait point passé à cette pointe du détroit. Mais dans ce voyage, où deux braves Tschoukis lui servaient de guides, il

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faillit périr de froid et de faim , et ne recueillit aucun renseignement.

L'été «i^enu, il abandonne de nouveau le foyer du Plover, pour s'embarquer sur une chaloupe avec un autre officier, M. Pullen, pour explorer la côte d'Aménque jusqu'au cap Bathurst. Chemin faisant, il doit prendre des provisions qui ont été enfouies sur la plage par les navigateurs qui l'ont précédé dans ces parages, et en déposer d'autres dans des endroits déterminés, pour ceux qui passeront par là après lui. Ross a donné l'exemple de cette sage précaution, et les Anglais sont trop intelligents pour ne pas le suivre. Maintenant, lorsque l'Amirauté expédie un bâtiment vers les mers glaciales, elle peut lui dire qu'à tel degré de latitude et de longitude, à tel endroit, il trouvera, sous un anias de neige , tant de denrées alimentaires de la sagace Angleterre, comme le bateau à vapeur qui se rend aux Indes trouvera tant de quintaux de charbon à Captown ou à Sainte-Hélène.

Près du détroit de Kotzebue , au bord de l'île à laquelle on a donné le nom du jeune émigré français Chamisso , qui est devenu un illustre voyageur et un illustre poëte allemand, M. Hooper exhuma du sol des barils de farine qui avaient été ensevehs là en 1826 par M. Beechey, et qui étaient à peine altérés.

Plus loin, il érige une croix qui indique un point au nord-est, à dix pas de distance où l'on trouve la désignation exacte de la place dans laquelle on vient d'ensevelir trois caisses de provisions. Pour l'Esquimau qui par hasard passerait par là, ces différents signes ne peuvent avoir aucune signification ; pour le marin qui les comprend, quelle joie de les découvrir I Cette croix sera pour lui la consolation d'une longue souffrance. Le trésor caché qu'elle lui révèle lui sauvera peut-être la vie. Le pamican est la meilleure des provisions dans ces longs, difficiles, aventureux voyages du Nord. C'est

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la substance la plus aisée à conserver et la plus nutritive, réduite au plus petit volume. En Amérique, on le fait avec des tranches de chair de buffle ou d« renne, séchées au soleil ou à la chaleur d'un feu modéré. Lorsque, par cette dessiccation, toute leur partie aqueuse s'est évaporée , ces tranches sont réduites en poudre, passées au tamis; on les mélange avec de la graisse, puis on presse le tout fortement, et Ton en forme des lingots. Cinquante-cinq livres de cette farine de chair, mêlées à trente-cinq livres de graisse, forment un bloc de pamican que les bateliers canadiens appellent un taureau. Les Anglais fabriquent le pamican à peu près par le même procédé, mais avec de la viande de bœuf de première qualité, et quelquefois, pour donner un peu de saveur à cette sapide composition, ils y mêlent du sucre et des raisins de Corinthe. C'est ainsi que M. Richardson, qui fut envoyé aussi à la recherche de Franklin, en fit faire à Londres* 17 424 livres, pour lesquelles on employa 35 651 livres de bœuf, 7549 livres de lard, 280 livres de sucre. Chaque livre de pamican ainsi confectionné revenait à 1 fr. 60 cent.

A la pointe Barrow, M. Hooper rencontre un groupe d'Esquimaux qui, pour un couteau, un miroir, un peu de tabac et quelques verroteries, lui cède un komiafc ou bateau de famille très -habilement fait avec des peaux de morses cousues sur une légère charpente. Il ne devait pas avoir partout, dans le cours de son hardi trajet, des rapports aussi faciles. Souvent il n'échappe que par de sévères précautions aux intentions meurtrières des communautés sauvages près desquelles il abordait. A l'aspect des chaloupes anglaises, les Esquimaux accouraient sur la plage avec leurs fléchies et leurs arcs. La vue d'un bouton de métal, d'une lunette, d'un foulard, d'un de ces mille objets si vulgaires pour nous, si nouveaux pour eux, enflammait leur convoitise. Pour s'emparer de ces merveilleuses choses, ils

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étaient prêts à engager une lutte sanglante. Ils agitaient avec impatience leurs armes entre leurs mains. Les Anglais ne pouvaient entrer en négociation avec eux qu'en leur traçant d'abord une ligne de démarcation qu'ils ne leur permettaient pas de franchir, et en leur montrant un certain nombre de fusils constamment braqués de leur côté. Puis, lorsque cette inquiétante conférence était finie, les Anglais se retiraient comme un peloton de tirailleurs devant un ennemi, et, plus d'une fois, en regagnant leurs bateaux, il leur arrivait d'entendre siffler à leurs oreilles une flèche qu'une main hostile leur lançait comme un dernier adieu.

N'est-ce pas un touchant spectacle que celui de celle petite cohorte de marins, entraînée par une noble ardeur loin des douces rives de l'Europe, sur une terre sans abri, sous un ciel sans pitié, condamnée à souffrir les plus cruelles privations, en lutte perpétuelle avec les éléments, en lutté avec les barbares peuplades dont elle devrait attendre un secours miséricordieux , et poursuivant résolument sa route à travers les glaces flottantes, les récifs, les périls de toute sorte, pour essayer de retrouver les traces d'un vaillant homme, dont le sort intéresse une généreuse nation. Les anciens auraient fait d'une telle odyssée une tradition solennelle. En cet heureux xix* siècle, où plus rien ne nous étonne, ua libraire en fait un des milliers de volumes qui, chaque année, s'engloutissent dans de nouveaux catalogues, et les journaux les plus obligeants en font quelques feuilletons.

Après une navigation de deux mois où chaque journée et, pour ainsi dire, chaque heure est marquée par une nouvelle souffrance et un nouveau danger, la petite flottille, commandée par M. PuUen ef M. Hooper, arrive à l'embouchure de la Mackensie, remonte péniblement cette grande rivière, et s'avance vers l'intérieur de l'Amérique par les profondeurs des forêts dé-

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sertes. Là, elle doit hiverner encore dans une froide région, dans les solitudes des bois. Mais là, du moins, elle doit trouver un refuge amical au foyer des étahlissements anglais créés par le commerce des fourrures à celte immense distance de la cité de Londres.

On sait que la France a, la première, frayé la voie à ce commerce. Par les courageux bateliers canadiens, par ces intrépides et aventureux agents qu'on appelait les Coureurs des hois^ les négociants de Québec, de Montréal, étendaient au loin leurs spéculations dans TAmérique du Nord, ajoutaient, d'année en année, avec un chiffre de plus à leur inventaire, un trait de plus à leur carte géographique, et envoyaient en Europe de fines peaux de martre, recueillies au sein d'une forêt, au bord d'un lac, parmi des tribus d'Indiens dont les Malte-Bruns du temps ne savaient pas même le nom.

Après une lutte héroïque dont on ne peut, sans une émotion d'orgueil national, observer les divers incir dents, en un jour de malheur, notre noble, cher Canada, notre royaume américain fut livré à l'Angleterre, et, en prenant possession de ce sol sanctifié par l'œu* vre de nos missionnaires, arrosé du sang de nos soldats, les Anglais ont hérité de toutes les institutions que nous y avions fondées. Il faut leur rendre cette justice, qu'ils ont, par leur hardiesse et leur intelli^ gence, considérablement agrandi le domaine industriel que nous leur avions laissé.

A l'époque même où nous possédions encore le Canada, ils s'aventuraient déjà plus loin que nous dans leurs explorations américaines. En 1668, un de nos compatriotes, nommé Grosselier,. un de ces hommes dont l'audace étonne les gouvernements timides oq peu éclairés sur des questions nouvelles, vint à Paris proposer au ministère de fonder un établissement dans les parages septentrionaux de l'Amérique, Sa demande

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ayant été rejetée comme une idée chimérique, Grosselier s'adressa à l'ambassadeur anglais, qui prit intérêt à lui et le mit en rapport avec le prince Ruppert. Sous les auspices de cet ardent champion de Charles I", qui joignit Tamour de la science à la bravoure du soldat, une société s'organisa qui reçut de Charles II les phis larges privilèges. Telle est l'origine de la fameuse compagnie de la baie d'Hudson.

Aujourd'hui cette compagnie britannique, à laquelle un Français révéla sa féconde pensée, embrasse dans son £erc]e d'opération un espace incommensurable. Elle s'étend des bords de Saint-Laurent jusqu'au delà du cercle polaire, et des rives de la baie d'Hudson jusqu'aux côtes de l'océan Pacifique. Elle a des comptoirs échelonnés des quais de la Tamise aux plages delà mer glaciale, et des posles au milieu des plus sauvages forêts. Ces postes, contîées à la gestion d'un employé qui, comme au temps de notre royauté canadienne, porte encore le nom de bourgeois, sont occupées par trois ou quatre hommes condamnés à passer de longs hivers dftns un profpnd isolement. Leur nourriture en ce tenips se compose exclusivement de poisson ou de viande séchés. Leur occupation consiste à couper du bois, ou à charrier quelques denrées sur leurs traîneaux. On ne peut, dit M. Hooper, voir sans admiration quel énergique labeur, quelle infatigable persévérance s'appliquent là au transport des pelleteries. Montagnes et forêts, torrents et bas-fonds, frimas cruels, chaleur extrême, rien n'arrête, rien ^'effraye ces robustes manœuvres que Ton désigne encore par le nom de voyageurs canadiens. Là où ils ne peuvent réussir par la force, ils emploient la patience ; l'obstacle qui les arrête leur fait deviner d'autres procédés, et l'échec qu'ils subissent leur donne une nouvelle ardeur. Il est des pelleteries recueillies aux extrémités du Nord, qui, de traîneau en bateau, traversent un mil-

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lier de lieues, et restent près d'une année en route avant d'être embarquées pour F Angleterre*. Les cargaisons de pelleteries sont divisées par ballots trèsfortement serrés, de 84 à 90 livres; au centre sont les fines peaux de rats musqués, de martres, de loutres; en dehors, les peaux d'ours, de loups et de rennes. Tous les ballots, façonnés dans les mômes formes et à peu près dans les mêmes dimensions, sont liés avec des courroies que parfois les pauvres porteurs de ces denrées de luxe dévorent dans leur détresse pour y chercher, d'une dent vorace, un dernier reste de suc gélatineux.

Souvent, en effet, les malheureux habitants de cette terre désolée ont à subir les tortures de la faim , et si l'approvisionnement que la compagnie de la baie d'Hudson fournit à ses employés vient, par quelque accident, à manquer, ceux qui occupent les postes des districts septentrionaux sont exposés à la môme famine. Il n'y a là ni moissons, ni fruits, ni culture, pas d'autres ressources que la pêche et la chasse. En hiver, les oiseaux émigrent, les daims, les rennes se tiennent tapis dans les profondeurs des bois, et les poissons sont enfouis sous une épaisse couche de glace.

M. Hearne, qui, en 1762, le premier atteignit par ces effroyables régions la rivière de Coppermine, a fait

1. En 1789, M. Mackenzie, à qui nous devons un curieux trayait sur le commerce des pelleteries, établissait par le calcul suivant la durée d'un échange régulier de marchandises entre Londres et les tribus indiennes de l'Amérique du Nord.

Les demandes de denrées anglaises sont expédiées de Montréal le 25 octobre 1796;

Elles sont embarquées à Londres au mois de mars 1797 ; ]

Arrivées à Montréal en juin 1797 ,

Elles n'en partent qu'au mois de mai 1798;

Elles arrivent aux Indiens en échange des produits de l'hiver 1799;

Ces produits arrivent à Montréal en septembre 1799;

Ils sont rendus à Londres au printemps de 1800.

(il générale history ofthe fur trade, p. 22.)

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un touchant récit des misères qu'il endura • Plus d'une fois» il passa plusieurs jours de suite sans manger, et il en vint à se réjouir quand il trouvait quelques ossements desséchés d'animaux qu'il faisait bouillir. Et Franklin, l'intrépide, l'indomptable Franklin, que n'at-il pas souffert dans sa première expédition, quand des côtes de l'Océan arctique il revenait chercher pour l'hiver un refuge dans l'intérieur de l'Amérique. Après des semaines d'angoisses, pendant lesquelles il avait jour par jour supporté le martyre de la faim et du froid, il atteignit enfin un poste où il espérait trouver un asile, un foyer, un remède à ses douleurs, et ce poste était désert, et il n'y restait que quelques peaux de rennes, quelques feuilles de parchemin collées en guise de vitres aux fenêtres, qu'il détachait d'une main débile et faisait griller pour pouvoir, en les mâchant, en extraire encore quelque suc. Plusieurs de ses compagnons s'étaient séparés de lui; d'autres étaient morts, de froid et d'inanition, et lui en était réduit à un tel état de faiblesse, qu'il ne pouvait pas même aller à quelques pas de sa hutte prendre du bois. Il s'affaissait de plus en plus, il allait mourir ainsi quand un groupe d'Indiens lui apporta un secours providentiel.

Dans de tels désastres, les Indiens en viennent aisément à des cruautés de cannibales et finissent par faire très-gaiement des repas de chair humaine. M. Hooper dit qu'il a rencontré près du lac de l'Ours un homme qui, en 1 826, avait été employé par Franklin, et qui dans le cours de son existence avait dévoré une douzaine de personnes, en commençant par celles qui étaient le plus près de lui, c'est-à-dire par sa femme et ses enfants. Il ne lui restait plus qu'un fils qu'il paraissait aimer beaucoup et que probablement il ne pourrait se décider à manger qu'à la dernière extrémité. Un autre Indien, nommé Geero, qui demeurait près du fort

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Simpson, avait pris un tel goût à ces festins d'anthropophage, que le plus beau quartier de daim lui sem* blaitfade à côté d'une côtelette de chair humaine. Gomme il connaissait sa faiblesse gastronomique, il évi* tait autant que possible les trop vives tentations, ainsi qu'un ivrogne qui essaye de vaincre son'penchant évite l'enseigne du cabaret. M. Hooper lui ayant demandé s'il voudrait l'accompagner dans une excursion de quelques jonrs à travers les bois, l'Indien s'y refusa; et comme M. Hôoper insistait, l'honnête Geero finit par avouer à Tinteprète que lorsqu'il serait seul loin du fort avec ce blanc visage, il n'était pas sûr de pouvoir résister au désir de tâter d'une si altrayante friandise.

Les belles ladys dont le luxe enrichit la compagnie de la baie d'Hudson, savent-elles ce qu'il en a coûté de fatigues et dé privations à des centaines de chasseurs, de bateliers, pour satisfaire à une de ces élégantes fantaisies? Et lorsqu'elles sortent joyeusement d'un bal en jetant une palatine de martre sur leurs épaules, savent-elles que pour enlever aux forêts lointaines cette soyeuse fourrure , plus difflciie à conquérir que la peau du lion de Némée, des hommes sont morts de faim ou peut-être ont été massacrés par les Indiens?

C'est sur ce sol implacable où tant de voyageurs ont en vain exhalé leurs lamentations, que les équipages anglais s'avancent lentement, c'est vers un des ports septentrionaux qu'ils se dirigent. Arrivés au fort Mackensie, le peu de provisions qui leur restait et le peu de ressources que leur offrait cette station les obligea à se séparer. M. Pullen continue sa marche jusqu'au fort Good-Hope, et M. Hooper va s'installer au fort Norman. Là il trouve d'abord une quantité suffisante de comestibles; pas de pain, ni de farine, mais des quartiers d'ours, ' de castor et du poisson. Cependant 1-hiver est long, la chair d'ours ne peut se renouveler eomuie

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dans les banquets mythologiques des Scandinaves, aux tables éternelles du-Valhalla. M. Hooper se décide encore à une nouvelle migration, et s'en va camper près du lac du Grand-Ours. Des familles dlndiens l'aident à construire une cabane. Les femmes transportent elles-mêmes sur leurs épaules les matériaux nécessaires à cet édifice. Les femmes sont là soumises au plus complet esclavage. L'homme ne s'inquiète pas de leur toucher le cœur par de douces paroles. L'homme dispute à coups de poings à un rival la jeune fille qu'il veut posséder, et le plus fort est celui qui lui plaît le plus. « Tu n'as pu réussir dans ton projet, disait un individu à M. Hearne, après sa première tentative pour ateindre la rivière de la Mine-de-Cuivre, parce que tu n'avais pas avec toi assez de femmes. Ce sont les femmes qui se chargent des plus lourds fardeaux , dressent les tentes et mangent peu. » En effet, M. Hearne, à sa seconde expédition, prit avec lui plusieurs femmes et atteignit son but.

Au lac du Grand-Ours, il faut que M. Hooper et ses compagnons s'habituent à un autre régime. Il n'y a point d'oiseaux dans les airs, point d'animaux visibles dans les bois. Les Indiens creusent des trous dans les glaces, y placent leurs filets et en retirent du poisson. f Le poisson, dit gaiement M. Hooper, est devenu notre unique aliment. Il n'y a pour nous de variété que dans la manière de le préparer. Ainsi nous avons du poisson bouilli et frit, du poisson sec, du poisson fuipé, du poisson salé, de la soupe de poisson, des gâteaux de poisson, et toujours du poisson. Notre plus précieuse richesse se composait de deux livres de thé et de douze livres de sucre que nous réservions soigneusement pour les dimanches. Notre perpétuelle alimentation de poisson, uniquement arrosée d'eau froide, affaiblit bientôt nos organes digestifs et produisit en nous un désordre que nous ne réussîmes à corriger qu'en pre-

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nant de fréquentes infusions d'une plante amère qui croit en abondance dans ce district.

« A Noël cependant, nous voulions avoir notre bonne fftle. J'avais précieusement réservé pour ce jour-là quelques livres de viande salée et quelques conserves. Nous nous assîmes ensemble à une table autour de laquelle on servit de la soupe, du pamican, du bœuf, des navets, du thé vert, un repas de prince qui nous rendit tous très-joyeux. »

L'été venu, les pauvres Anglais, enfermés tout l'hiver dans leurs grossières cabanes par un froid tel que leur haleine se gelait sur leurs lèvres , s'embarquent de nouveau pour tenter une nouvelle expédition dans l'Océan arctique. Ils s'avancent jusqu'au cap Bathurst. Là, une barrière de glaces impénétrables les arrête. Après avoir vainement attendu plusieurs jours qu'un coup de vent favorable leur ouvrît im passage dans cette digue, ils regagnent le Mackensie et reviennent passer encore un hiver dans les déserts de l'Amérique. Cette fois du moins, ils avaient le bonheur d'arriver à un établissement meilleur que celui où ils avaient vécu précédemment. Ils s'installèrent au fort Simpson, ils y trouvèrent des livres et quelques instruments de physique. Ils échappaient par là à l'une des plus cruelles souffrances de l'homme qui a pris l'habitude d'occuper son intelligence , à l'interminable longueur des jours sans étude, sans travail.

Au mois de juin de l'année suivante, M. Hooper et M. Pullen parlent pour l'Angleterre. Il ne leur faut pas moins de trois mois pour gagner la baie d'Hudson, par les lacs, par les rivières et les cascades. Le 5 septembre, enfin, ils montent à bord d'un navire britannique.

Après une telle campagne, après ces trois années de navigation dans les glaces, d'hivernage dans les bois, d'anxiétés morales, de souffrances physiques, de re-

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grets de toute sorte, je me figare la joie avec laquelle M. Hooper a dû écrire ce mot auquel les Anglais attachent une si cordiale signification, ce mot qu'il place à la fin de son livre : At home.

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