First flower of the earth, and first gem oftkesea
son talon appuyé sur FAdriatique , a la formé d'une botte, et depuis Charlemagne jusqu'à Napoléon, que de soldats entreprenants, Espagnols, Allemands, Français, ont voulu boucler à cette botte leur éperon de chevalier ! La Prusse qui du royaume de la Pologne se déroule jusque sur nos frontières, est ambitieuse et doit Fêtre ; son rapide accroissement enhardit ses prétentions ; sa situation géographique lui en fait une loi, Coupée au beau milieu de son territoire par la Saxe, par le Hanovre, par l'électoral de Hesse-Gassel, elle doit chercher à rejoindre l'un à l'autre ses tronçons de provinces, ses disjecta memhra. Amincie à l'une de ses extrémités , elle doit abandonner le ruban de terre qu'elle possède du côté du Rhin, ou lui donner plus de largeur. Quelle différence entre ces échancrures du vieux marquisat de Brandebourg et le magnifique pourtour de la France ! A voir cette belle terre carrée, ouverte sur deux mers, appuyée sur deux chaînes de montagnes, si ferme et si compacte dans son ensemble , qui ne comprendrait du premier coup d'œil sa force et son ascendant? Qui ne reconnaîtrait aussi que si Dieu a affligé notre brave pays du souffle révolutionnaire, il lui a, dans sa miséricorde, donné la taille d'athlète et les muscles nécessaires pour résister à ses luttes passionnées ?
A quel propos, me dira-t-on, cette vagabonde dissertation ? A propos de l'île de Cuba, cher lecteur. Patience. Si ma narration court un peu les champs, elle revient à son sentier, comme celle du bon chien Berganza de Cervantes, sermonné par son sage ami Scipion. Je voulais donc dire que l'île de Cuba avait, sur la carte, sa physionomie particulière : elle ressemble à la corne d'abondance, telle que les anciens la représentent. Et quelle corne d'abondance, couronnée de fleurs odorantes, pleine de fruits savoureux et de moissons dorées! Jamais, dans seâ plus grands jours
de générosité, la blonde Gérés n'en versa une pareille dans son Attique aimée.
Par l'influence de son climat, par la magie de son beau ciel, de son aurasoave^ qui doucement amollissent l'esprit de l'homme du peuple, comme celui du riche planteur, et le portent aux tendres rêveries, l'tle de Cuba a échappé à cette passion du phiffre, & cette fièvre du dollar, qui dessèchent le cœur et vitrifient l'œil du yankee. Elle a pourtant ses bateaux à vapeur, ses lignes de chemins de fer, assez pour faire voir à ses orgueilleux voisins de la confédération qu'elle ne reste point étrangère au progrès de la science, assez pour porter plus rapidement, si l'envie lui en vient, ses heureux enfants du môle de la Havane au port de Matanzas, du Paseo de Tacon dans la riche vallée de Guines, pas assez pour enflammer toutes les tètes d'une ardente idée de spéculation. Elle a aussi, dans ses sucreries, un grand nombre de machines à vapeur qui, en augmentant les bénéfices des planteurs tempèrent le travail des nègres. Ces pauvres nègres, sur lesquels les saints d'Angleterre et les vrais ou faux philosophes de France ont versé tant de pieuses larmes , je voudrais bien qu'on les mit en face du sort auquel ils sont conviés par les ^bolitionistes. Combien en trouverait-on qui voulussent échanger ce qu'on est convenu d'appeler leur horrible servitude, pour l'ignominieuse liberté qui leur est octroyée dans l'Amérique du Nord, ou pour l'honneur de faire l'exercice, sous la verge d'un caporal , dans la milice anglaise? Très-peu! très-peu. Et quiconque aura observé d'un regard impartial leur situation dans la Louisiane, dans l'île de Cuba et au Brésil, en sera convaincu.
Par une grâce providentielle, l'île de Cuba a échappé aussi à l'ouragan révolutionnaire qui, de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique, de la Côsta-Pirraa jusqu'aux confins de la Patagonie, a dévasté les anciennes colonies espagnoles. Elle a vu successivement les prp-
vinces du Rîo-de-la-Plata, du Paraguay, du Chili, du Pérou, de la Bolivie et de la Colombie, lever l'étendard de la révolte, briser les liens qui les unissaient h la mère patrie, h une époque où la pauvre Espagne, en proie à une crise violente, pouvait à peine elle-même, se défendre contre ses agresseurs ; où il y avait de la lâcheté à renier une autorité vacillante, un drapeau lacéré; à une époque où, dans toute l'étendue de l'Amerique du Sud, rien n'était préparé pour constituer un État ferme et stable; où le peuple, troupeau de Panurge, obéissait débonnairement à l'appel de quelques ambitieux.
De ses forêts d'orangers , l'île de Cuba a vu , sans en être ébranlée, la tempête éclater près d'elle à Saint-Domingue, h la Nouvelle-Grenade, au Mexique, etc. Et si elle connaît les poètes latins , ce qui, en vérité, ne me semble nullement nécessaire à son bonheur, elle a pu, dans sa riante placidité, au milieu de l'agitation universelle, chanter avec joie le Smve mari magnoie Lucrèce.
De toutes ces levées d'armes , de toutes ces libérales entreprises, racontées en termes emphatiques, de toutes ces magnifiques constitutions proclamées à la face du monde, de tous ces cris frénétiques ; Yiva la libertad! Mueran los tironos! De toutes ces belles promesses, qu'est-il résulté? l'effroyable calamité des guerres civiles, la misère et l'esclavage le plus complet , sous le pompeux mensonge d'institutions républicaines. On le sait, il n'est pas un de ces districts de ces anciennes viceroyautés espagnoles qui, depuis son glorieux affranchis* sèment, n'ait été presque sans cesse livré aux plus cruelles agitations, et si les magnifiques Incas pouvaient voir aujourd'hui dans quel état se trouve la terre d'or des Aztèques, ils se croiraient suffisamment vengés des triomphes de Fernand Cortez.
Au milieu de ces tumultes révolutionnaires , enfantés par l'exaltation de la guerre d'indépendance des
Étals-Unis et la révolution de 1789, Tîle deCirba est restée fidèle à la bannière que Christophe Colomb déployait en 1492 sur ses rives, et chaque jour elle doit s'applaudir de sa sagesse; car, tandis qu'autour d'elle,' agriculture et commerce, sécurité de la vie publique, douce quiétude du foyer de famille, tout était livré à une déplorable désorganisation, elle grandissait daiis son repos et augmentait sa prospérité. Elle profitait de la décadence des contrées adjacentes; elle ouvrait un refuge aux proscrits du Mexique et de Saint-Domingue. Elle a, sous soi! étendard monarchique, abrité plus d'une tète républicaine, et Santa Anna lui-même est venu sous les ombrages du Cerro, à quelques pas de la Havane, se reposer de ses orageuses présidences.
Tandis que l'Espagne joue de son mieux au jeu du temps, au jeu difficile du système constitutionnel, l'île de Cuba est restée soumise aux institutions d'un ancien régime, àl'autorité absolue d'un gouverneur; mais elle n'a nullement Tair de courber à regret la tête sous ce joug administratif , et ne tend point les mains aux généreux Lopez qui aspirent à l'en délivrer. Ces institutions protègent ses intérêts, assurent sa tranquillité, lui donnent Tordre: Heilige Ordnwig^ dit Schiller, Segenreiche Himmelstochter; ordre saint, bienfaisant enfant du ciel.
Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, s'écriait, dans la satiété de sa fortune , le splendide époux de la reine de Saba. Mettons un instant, s'il vous plaît, ce vieux proverbe de côté. Il y a dans cet heureux siècle , qui sait tant de choses et qui croit en savoir encore plus, un spectacle assez neuf, à douze cents lieues de la France, un pays superbe, dont la capitale s'honore encore dé porter un superlatif de fidélité, la siempre fidelissima ciudad de San Cristobal de la Habana, une île vraiment singulière, où l'on respecte le pouvoir, les titres et les distinctions, l'hérédité d'un nom nobiliaire
et rhérèdité de la fortune, une terre étonnante, où TOUS pouvez encore être heureux, librement à votre façon, sans qu'un ingénieux réformateur vienne vous dire : votre bonheur ne vous va pas , laissez-moi vous en tailler un à ma guise dans la toile de la démocratie. Il y a là, le croira-t-on? une grande ville où Ton peut s'éveiller en paix, à Tair frais du matin, aux exhalaisons odorantes des arbres en fleurs, sans avoir à se demander quelle marche et quel destin un cénacle de novateurs prescrira ce jour-là à l'humanité une ville où Ton peut se promener gaiement en quintra^ en volantôf devant d'élégants magasins, ou sur une rade charmante, sans se trouver tout à coup saisi par cette inquiétante réflexion : Dieu' sait ce qui se passe à présent à la chambre! une ville, enfin, où le chœur harmonieux des heures vous conduit nonchalamment jusqu'au soir, pour vous faire retrouver, au crépuscule nocturne, l'air balsamique et les magiques rayons du crépuscule naissant.
De même que ces fleurs dont la corolle délicate, fermée aux feux du soleil, comme l'âme d'une jeune fille timide aux ardeurs d'une passion qui l'effraye, ne s'entr'ouvre qu'aux douces et mystérieuses caresses du soir, c'est le soir que la reine des Antilles, la belle Havane apparaît avec ses pucks et ses sylphes, comme une vraie Titania dans les féeries de ses songes d'un étemel été. Population blanche et population noire, hommes du peuple et grands seigneurs , tout alors est en mouvement. Le marchand reçoit dans son comptoir ses voisins et ses amis ; l'ouvrier revêt la veste blanche, le pantalon blanc, pose coquettement sur l'oreille le sombrero de Panama, allume un pur cigare de la Havane, et s'en va gaiement chercher sa moza. De tout côté résonne la chanson galante , la guitare qui prie , ou rend grâces, « car sachez que, sur cette île, dit une vieille romance, on ne peut raconter aucune chose sans
la g1litare^ 9 Dans les mes, courent an grand trot de leurs mules pomponnées, la qumtra et la volanu em-> portant sur leurs coussins, des groupes de m'^fuu cachées dans des flots de gaze, conune des oiseaux dans le duvet de leur nid soyeux.
Là est la gracieuse créole, aux petits pieds, aux longs cils, la négresse de quelque grande maison, vêtue comme une princesse ; la mulâtresse, qui sait que son teint bruni n'effarouche point les regards. Il y a longtemps que la bergère de Virgile, et, avant elle, l'amante du Crâtique des Cantiques l'a dit : « Je suis noire, mais je suis belle > Et sans coonattre ces textes anciens, la mulâtresse de la Havane, chante en sautillant :
c Aunqu^ soy morena , € No soy de olvidar *. *
Dans cette vive et entraînante animation de la ville» où courra l'étranger avide de tout voir et de tout connaître? Le café de la Dominique l'invite à venir goûter ses sorbets rafraîchissants, ses onctueuses conserves ; la musique retentit sur la place d'armes , au pied des fontaines de marbre etdes palmiers, commedans un jar*. din d'Asie ; le théâtre Tacon est éblouissant de lumières et de visions magiques, et quelque part qu'il aille, le curieux étranger, il retrouvera partout la même expression de bien-être et de gaieté. Tous les regards brillent de l'étincelle d'uneviejoyeuse, et toutes les lèvres semblent murmurer ces vers mélodieux du poète de Ferrare :
Gogliamo d'amor la rosa. Amiamo or , quando Esser si puote riamato amando '.