Sabed que los de esta isla
No podemos decir cosa Sin la guitarra.
2. Quoique je sois brune, je ne suis pas à oublier. 3é Cueillons la rose d'amour.
Aimons tant, qu'en aimant nous pouvons éftr« timéi.
Les Français ont abordé, plus d'une fois, sur les côtes de rtlé de Cuba d'une façon qui ne devait pas éveiller, envers eux, une grande sympathie. En 1539, un pirate français surprit et dévasta la Havane, qui n'était pas encore la capitale de l'île. Cet événement fit comprendre à l'administration espagnole la nécessité de défendre un port qui bientôt devait devenir le premier port de la colonie; et le gouverneur, Fernand de Soto, s'étant rendu sur les lieux, jeta Tes fondements du CclstiUo de Fuerzoy qui fait encore aujourd'hui partie des fortifications de la Havane. En 1660, une troupe de colons français de Saint-Domingue .conduits par l'aventureux Lolonois , mit encore en émoi , par ses hardies excursions, les habitants de Cuba. Dix ans après, huit cents Français, commandés par Franquenay, s'avan^ çaient jusqu'aux portes de la ville de Santiago pour la piller; effrayés par la ferme attitude des citoyens, qu'ils croyaient surprendre, ils se retirèrent sur leurs navires. En 1807, nouvelle expédition des Français: cette fois , c'étaient des réfugiés de Saint-Domingue, qui, après avoir menacé Santiago, puis Batabano, demandaient à coloniser pacifiquement une partie du territoire de Cuba. Sans recourir à la force armée, le gouverneur écarta le danger de cette invasion en offrant à cette légion inquiète le moyen de rentrer. en France ou de retourner à Saint-Domingue.
Si blâmable que soit le caractère de ces entreprises, il n'a pu laisser dans l'île de Cuba un souvenir pareil à celui de l'expédition de lord Alberraale, qui, en 1762, s'empara de la Havane et lui imposa les conditions d'un arrogant orgueil et d'une sordide rapacité.
Dans les derniers temps, les Français sont entrés dans l'Ile, non plus avec le mousquet du pirate, mais avec l'honnête ustensile de l'ouvrier, ou la paisiblç intention du marchand; on en compte, aujourd'hui, sept cent vingt à la Havane , et environ quatorze cents
dispersés dans les divers districts de Tlle *; il en est plusieurs qui se sont /ait une place honorable dans le haut commerce; d'autres ont acquis, dans leur ateher de tailleur, dans leurs magasins de rubans, les bonnes grâces de l'élégante aristocratie, le monopole de la fashion; d'autres, s'éloignant des froids parages de l'industrie, se sont établis dans des propriétés rurales, et cultivent avec succès les riches plantes de cette terre fertile, le tabac et le café, le sucre et la pomme d'or des Hespérides.
Je me souviens des moments rapides, trop rapides, que j'ai passés dans une caféière appartenant à un de nos compatriotes. Ah ! la déUcieuse habitation voilée par les palmiers, entourée de fruits savoureux, inondée de parfumS; posée comme un nid d'alouette au milieu des champs féconds, et si calme et si riante, qu'on eût dit qu'un essaim de bons génies y veillait sans cesse pour en écarter tout orage. J'étais complètement étranger à cette petite colonie, mais un autre dç mes compatriotes voulait bien me présenter à elle, et le père de famille, né en France, élevé en France, avait appris à sa femme, à ses parents de Cuba, à aimer la France, et sous les verts arceaux des cocotiers, parlait, avec un tendre sentiment de cœur, des rives de l'Adour et de sa chère ville de Bayonne.
« Hélas! a dit le poëte danois, Baggesen, en quelque lieu qu'on aille, on n'oublie point l'attrait du sol natal. Nulle part les roses ne sont si roses, et nulle part le duvet n'est si doux que là où nous avons dormi dans notre innocence. »
Dans cette caféière de Santa Teresa, je passai des heures entières à errer, avec M. B., à travers ses fructueuses plantations, sous les larges feuilles du bana-
1. La population anglaise de l'île de Cuba ne se compose pas de plus de six cents individus; celle des autres contrées est encore moins considérable.
nier, souples hautes cimes de la Ceiba. Il me disait comment fleurit le café, et comment le palmier s*élève dans les airs d*anneau en anneau, en laissant, chaque année, tomber sa guirlande de feuilles de sa colonne de marbre. Il me disait quelle récolte d'oranges, de bananes, d*ignames il allait faire, et quels nouveaux essais d'améliorations il allait tenter : c'était notre gazette du jour.
Au couchef du soleil, après un dîner dans lequel il se plaisait à étaler sous mes yeux les divers produits de son domaine, nous nous asseyions, avec de fins cigares, dans une galerie ouverte sur la campagne. Au mois de janvier, l'air était doux et tiède, comme en nos meilleurs printemps, imprégné d'arômes, comme celui d'une serre. Les dernières lueurs de l'horizon scintillaient à travers le réseau des bois, et dans le silence de la vallée, on entendait au loin vibrer le chant d'un rossignol et soupirer une colombe : C'était notre gazette du soir.
Sans la fièvre jaune, Vile de Cuba serait, en cei monde, le paradis reconquis.
Quel bonheur d'aller y vivre, si l'on ne craignait d'y mourir !
LES ÎLES SHETLAJST).
Elles ont été jadis le refuge de plusieurs bandes de pirates, et le théâtre de plusieurs combats sanglants, ces petites tles de la mer du Nord, aujourd'hui si pacifiques. Les Yikingrs^ les avaient conquises, les Vikingrs, ces intrépides corsaires du Nord qui s'emparèrent de la Sicile, de la Normandie, et remontèrent la Seine jusque sous les murs de Paris. Dès le ix* siècle les lies Shetland sont inscrites dans les yieilles sagas islandaises, qui leur donnent le nom de Hialtland \
Quand Harald aux beaux cheveux, qui n'était qu'un
1. Od a beaucoup disserté sur Toriglue du nom des Vikingr». Il est probable, comme le dit M. Petersen dans son Ancienne Géographie du nordj que ce mot vient de Viking, une des baies septentrionales d'où partirent les premières flottilles de forbans.
2. Bialt, homme fort, guerrier vigoureux, héros; danois Hield, aUemand Held.
60 LES Iles shetland.
des Jarls, nn des chefs plas paissants de la Nor- Tége, entreprit de snbjngner font ce pays pour gagner Famour d*ane fièrc jeune fille, une quantité de notables Norvégiens s'enrairent de leors domaines pour échapper à son oppression. Les uns se retirèrent en Islande, d'autres aux Orcades et aux Shetland. Les uns s'installèrent comme de laborieux Settler sur les plages où ils abordaient ; d*autres qui n'étaient point d'une humeur si paisible , se Uyrèrent à la piraterie.
Après avoir soumis à sa domination toute la Norvège et épousé la belle Goda, qui ne voulait épouser qu'un grand roi, Harald entreprit une expédition pour anéantir ces bandes de forbans qui ravageaient les plages du Nord. La saga, dont il est le héros, ra* conte qu'il arriva l'été à l'improviste dans les lies Shetland, y surprit une légion de corsaires qu'il massacra sans pitié, puis s'empara de cet archipel et le donna en fief avec les Orcades à un de ses neveux.
Ses successeurs disposèrent à leur tour comme lui de ces terres lointaines, et y implantèrent de plus eu plus la langue, les lois, les mœurs de la Norvège. Là saga dé saint Olaf rapporte que cet ardent propagateur du dogme évangélique s'honorait d'avoir converti au christianisme les habitants des Shetland et des Or* cades qui, comme leurs aïeux norvégiens, étaient dévoués au culte de Thor et d'Odin.
Ni l'Angleterre, ni l'Ecosse ne pouvaient à cette époque essayer d'enlever à la domination Scandinave les petites îles si voisines de leurs plages. L'Angleterre, la superbe Angleterre dont le pavillon flotte aujourd'hui si orgueilleusement sur toutes les mers, n'avait-* elle pas été môme forcée de s'incliner sous ce sceptre lointain? N'avait-elle pas été conquise par Canut le Grand, cet Alexandre des contrées boréales de qui les
poètes disaient : Canut règne sur la terre comtne Dieu règne au ciel.
Au XY* siècle, les Shetland et les Orcades appartenaient encore au Danemark. II ne les perdit point en une guerre maritime, il les abandonna lui-même par un contrat de mariage. Lorsque, en 1449, Christian I", le fondateur de la dynastie d'Oldenbourg, fut couronné roi de Danemark, ses Etats s'étendaient depuis l'embouchure de l'Elbe j usqu'aux derniers confins de la Norvège, et depuis les côtes de la mer du Nord jusqu'aux frontières de la Russie. Malgré cette immensité de domaines, quand il maria une de ses filles avec le roi Jac* ques III d'Ecosse, il ne put lui donner que 2000 florins, et il lui en avait promis 60 000. En attendant qu'il lui remit le reste de cette somme, il lui abandonna, comme mie garantie de ses engagements, les Shetland et les Orcades, et jamais la dot ne fut payée, et l'Ecosse garda son hypothèque. Quelle chute de Canut Je Grand à Christian P', et de Christian I" à Frédéric VI, qui vit sa capitale assiégée, incendiée par les esca* dres de ces lies britanniques, jadis terrifiées par les Vikingrs du nord, et asservies au sceptre du Danemark.
A l'époque où, par un heureux contrat matrimonial, TÉcosse s'emparait des deux archipels qui prolongaient en droite ligne ses possessions jusqu'au 61^ degré de latitude, les habitants de ces îles n'étaient point soumis au régime de féodalité établi alors dans toute l'Europe. Selon la vieille loi norvégienne, ils possédaient librement leur sol, usaient sans restriction de leur droit de pêche, et transmettaient les mêmes privilèges à leurs enfants. L'Ecosse bouleversa ce système patriarcal. Les pauvres petites îles qui avaient servi à compléter une corbeille de noces, furent livrées à des gouverneurs rapaces, qui les traitèrent comme deux provinces rebelles assujetties par la force des armes. On n'a point
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oublié aux Shetland ces deux cruels Jarls S ces deux Stoart, Robert et Patrice, qui exploitèrent et opprimèrent si durement la faible population soumise à leur autorité. Robert, qui en 1565 fut nommé gouyemeur de cet archipel, n'aspirait qu'à déposséder de leur patrimoine la plupart de ses administrés. Un grand nombre d'entre eux, ruinés par ses actes arbitraires, par ses exactions, furent obligés de lui vendre à vil prix, ou de lui abandonner pour le payement de leurs impôts, leurs champs et leurs foyers héréditaires. De ces diverses parcelles de terrain, l'avare Robert constituait peu à peu des domaines seigneuriaux, et réduisait à l'état de fermiers ou de manoeuvres, ceux qui naguère possédaient ces mêmes domaines, ceux qui s'enorgueillissaient de s'appeler connue leurs aïeux : odai bœndar (paysans libres). Patrice Stuart*, qui en 1595 devint gouverneur des Shetland, - en remplacement de son père, fut encore plus rapace et plus impitoyable que lui. Il abusa tellement du pouvoir dont n était investi, qu'il craignait pourtant que le conseil royal n'en fût instruit. Pour prévenir ce danger, il défendit aux Shetlandais, sous les peines les plus sévères, de quitter leur île. Malgré ces précautions, il fut dénoncé, arrêté, et condamné à mort par la cour de justice d'Edimbourg. Mais les malheureux paysans, ruinés par ses méfaits ou par ceux de son père, ne reçurent aucune compensation pour les injustices qu'ils avaient subies, et ne recouvrèrent point la libre possession de leurs anciennes propriétés. Les confiscations des deux funestes gouvernements furent maintenues, et les Shet-
1. L'ancien titre norvégien qui désignait jadis un chef de clan, ou de petite horde, et qui s'est conservé dans le mot anglais earî.
2. Walter Scott Ta signalé dans le Pirate : & II y a des gens, dit la vieille Swertha, qui racontent de bien vilaines choses du cçmte Patrice, mais il était l'ami du rivage, et il fit de sages règlements pour empêchef de piller les bâtiments qui viennent se briser sur nos rochers, s
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land affermées à des hommes d'affaires qui ne cherchaient par tous les moyens possibles qu'à tirer de leurs spéculations le plus grand lucre.
Nous n'avons pas besoin sans doute d'ajouter que ce déplorable régime n'existe plus. Avec tout son respect pour les traditions du passé, l'Angleterre modifie habilement quand il en est besoin, son système administratif. Les Shetland participent au bénéfice de la constitution britannique. Elles forment avec les Orcades une population d'environ 60 000 âmes qui éUt un membre du parlement.
Cependant le petit archipel des Shetland a été longtemps fort peu connu dans le grand monde de la métropole. M. Edmonstone, à qui nous devons un très-joli livre sur cette région septentrionale, raconte qu'un jeune Shetlandais qui s'était rendu à Londres pour y faire ses études fut invité à dîner dans une famille où se trouvait un officier général. La maîtresse de maison l'interrogeait avec une vive curiosité sur la nature , sur les habitudes de sa terre natale. Tout à coup l'officier interrompt ces questions en s'écriant : « Mais où sont donc les Shetland ? — A 1 50 railles au nord de la Grande- Bretagne, » répondit le jeune homme confus d'une telle apostrophe.
Maintenant il n'est pas un bourgeois de Londres qui ne sache que par les produits de leurs ports , les Shetland contribuent pour une grande part à l'alimenta-^ tion des marchés de la capitale. Et il n'est pas un ami des lettres qui n'ait lu et relu le délicieux roman dans lequel Walter Scott a glorifié ce petit archipel. Maintenant un bateau à vapeur relie par un trajet régulier la côte d'Ecosse à celle des Shetland. Une grande route traverse l'île principale qu'on appelle le Main-land. Des écoles ont été organisés dans les plus petits villages; des établissements industriels s'élèvent sur plusieurs points. Dernièrement enfin, un aimable et
intelligent fonctionnaire danois qui nous a reçus à Thorshavn avec une bonne grâce que nous ne pouvons oublier, M. Plœyen, gouverneur des Féroë, a entrepris de visiter les Shetland pour étudier, dans l'intérêt de ses administrés, la pêche et les produits agricoles de ces îles conquises autrefois par d'aventureux navigateurs, habitées comme les Péroé par une colonie Scandinave, mais plus instruites et plus prospères aujourd'hui que les Féroë qui jusqu'à l'année 1857 sont restées asservies par le gouvernement danois à la rigide loi du monopole.
Le livre que M. Plœyen a publié au retour de son voyage, et celui de M. Edmonstone, nous donnent des notions suffisantes pour composer une description assez complète de ces îles septentrionales très-peu connues encore, et très -curieuses pourtant à étudier.
L'archipel des Shetland, situé entre le 59« et le 61' degré de latitude, se compose d'une centaine d'îlots, dont trente seulement sont habités. Mais pas un n'est abandonné. Chaque roc solitaire, chaque monticule qui porte à sa surface quelque bande de verdure est occupé, selon son étendue, par quatre ou cinq moutons que l'insulaire du voisinage y porte au printemps et qu'il va rechercher à l'approche de la froide saison. Là où la nature ne prodigue pas ses richesses, l'homme recherche avec soin ses dons parcimonieux. En Islande, l'herbe qui s'élève sur les toits des cabanes est récoltée comme la luzerne d'une prairie artificielle en Normandie, pour les bestiaux. Au nord du Finmark, parfois on les nourrit avec des plantes maritimes que l'on fait bouillir dans des chaudières, et, en traversant le Saint-Gothard, on peut voir de pauvres pâtres traînant par le licol une bête famélique à la cime d'un précipice pour la conduire à une touffe de gazon verdoyante dans les crevasses d'un rocher.
L'île principale des Shetland est celle qu'on appelle
Maiorland. Sa longueur est de soixante milles (environ mgi lieues). En certains endroits, elle a une largeur de dix à douze milles , en d\^utres , elle est si resserrée qu'elle apparaît comme un étroit cordon lacéré, usé par les vagues qui sans cesse la rongent de côté et d'autre.
Les autres îles les plu^ notables après Maiorland, sont celles de Bressa, Noss, Yell, Unot. Par leurs étranges découpures, par les sinuosités de leurs détroits, par la conformation de quelques-uns de leurs promontoires, les Shetland offrent au peintre et au touriste des^ points de vue d'un étonnant effet. M. Plœyen a retrouvé là, sur plusieurs points, quelques sites non moins admirables que ceux de ses Féroë,cet admirable petit archipel. A Noss, un roc taillé à pic s'élève comme un noir rempart à sept cents pieds au-dessus des vagues écumeuses. A Bressa, une arche colossale s'arrondit sur une grotte profonde remplie de stalactites dont les unes ressemblent à des prêtres revêtus de leurs vêtements sacerdotaux ; d'autres à des chérubins à genoux, les ailes déployées. On dirait un sanctuaire des âges miraculeux avec une communauté religieuse-'de géants pétrifiés.
M. Plœyen , qui a visité les principaux sites illustrés par le pirate, dit que Walter Scott a fait de Fitfulhead une peinture imaginaire. Cette fabuleuse retraite . de la magicienne Norma n'est qu'un roc nu de neuf cents pieds de hauteur. Mais, en revanche, il cite plusieurs autres phénomènes que, par quelques coups de pinceau, le charmant romancier aurait pu rendre célèbres dans le monde entier; entre autres l'arcade que la mer a, comme un architecte, ouverte à Dorcholm; l'excavation creusée par les vagues au sein d'un vaste monticule, et le roc solitaire, leMaiden Stock, qui s'élève au milieu des flots comme un obélisque dans les sables de la vieille Egypte.
Il cite aussi plusieurs antiques constructions, plu-
sieurs ruines intéressantes, notamment celle de Mouners, qui fut un grand et beau château flanqué de quatre tours et garni de meurtrières. Sous la porte d'entrée de cet édifice, on lit cette inscription, qui mérite d'être recueillie, ne fût-ce que comme un spedmen de l'ancien dialecte shetlandais :
List ze to knaw this building quha began Lawrence the Bruce he was that worthy man.
Quha arnestiie his ayris and afspring prayis To help et not to hurt this work alwayis In the zeir of God, 1598.
« Voulez- vous savoir qui commença cet édifice? C'est le brave Laurent Bruce, qui conjure instamment ses héritiers et descendants de maintenir son œuvre et de ne pas la laisser déchoir. Année de Dieu, 1598....
Une légende romanesque raconte que Laurent Bruce était un gentilhomme écossais, d'un caractère hautain et imposteur, peut-être un. descendant du fameux Robert Bruce, le héros de tant de poétiques traditions.
A la suite d'un duel dans lequel il avait tué son adversaire, Laurent fut obligé de se soustraire par la fuite aux vengeances implacables qui le menaçaient. Par bonheur il avait amassé dans ses coffres une somme considérable. Il en employa une partie à acheter un navire, s'embarqua avec sa femme, sa fille et une vingtaine d'hommes de son clan qui avaient juré de ne pas l'abandonner. Il ne cherchait qu'un refuge; il en trouva un dans une petite île où il fit aisément l'acquisition d'un assez vaste espace de terrain. Là, il éleva les murs de son château. Comme il craignait encore d'être poursuivi dans sa sauvage retraite, il fortifia ce château comme une citadelle, et y établit des sentinelles qui devaient en garder l'entrée jour et nuit. Longtemps il échappa aux recherches des parents et des amis de sa
yictime. Personne ne savait ce qu'il était devenu. L'amour, plus ingénieux ou plus tenace que la vengeance, le découvrit. Sa fille était aimée d'un jeune Écossais nommé Malcolm. Elle n'avait pu le prévenir de son départ précipité, elle n'avait aucun moyen de lui indiquer sa retraite. Mais après de patientes investigations, il finit par apprendre qu'elle était aux Shetland, enfermée dans une forteresse qu'il ne pouvait ni bloquer ni prendre d'assaut. A défaut de la force, il eut recours à la ruse.
Un jour, quatre hommes portant le costume de matelots, se présentent à la porte du château, demandent à échanger un bon baril dewhiskey , et plusieurs flacons de genièvre contre des aliments dont ils avaient, disaientils, grand besoin. Leur fable était assez bien imaginée pour tromper l'esprit sagace et défiant de Bruce. Peutftre aussi que la pensée de voir briller sur sa table une bonne bouteille de liqueur dont il était privé depuis si longtemps , ne contribua pas peu à le faire dévier de ses mesures de précautions habituelles. Les prétendus matelots franchissent le seuil ordinairement si bien gardé, s'assoient au foyer de la citadelle, enivrent sa garnison, enivrent Bruce lui-môme, puis mettent le feu au château, enlèvent la jeune fille, et la déposent entre les bras de Malcolm qui l'attendait dans un sloop caché au fond d'une baie voisine.
L'amoureux Malcolm se hâta d'emmener sa belle captive dans sa seigneurie d'Ecosse et l'oppresseur Bruce jura de ne jamais pardonner. Puis peu à peu , il se laissa émouvoir par les tendres lettres que lui écrivait sa fille, par les supplications de sa femme, et trois ans après, il retournait en Ecosse, abandonnant aux ravages du temps, aux dégradations de la main des hommes le château qu'il avait si fièrement bâti, et qu'il recommandait si gravement au respect de sa postérité.
Que de gens édifient ainsi des châteaux avec la pensée d'y abriter le reste de leur vie : châteaux de marbre, châteaux dorés, châteaux artistiques. Une heureuse espérance les y conduit. Un événement imprévu les en déloge. Une tempête révolutionnaire ravage ou détruit ces constructions qu'ils considéraient comme des monuments impérissables. Les meilleurs de tous ces châteaux ne sont- ils pas ceux que les poètes appellent les châteaux en Espagne. Ceux-là n'exigent aucuns matériaux dispendieux, aucun travail pénible, et ne font couler aucune larme. On les élève dans une molle rêverie, les pieds sur les chenets, en regardant les jets fantastiques de la flamme fantastique. S'ils ne sont pas de longue durée, s'ils brillent et disparaissent comme une étincelle légère, s'ils s'envolent comme une légère vapeur, il suffit d'une heure de loisir pour les refaire avec un nouveau charme dans une nouvelle inspiration féerique.
Si pittoresques qu'elles soient en certains endroits, les Shetland dans leurs deux degrés d'étendue, n'offrent cependant le plus souvent aux regards qu'un sombre et morne aspect : des collines arides qui de chaque côté s'inclinent graduellement vers la mer; des terres marécageuses où l'on cheminé dificilement; çà et là, de longues baies ou des lacs d'eau salée qu'on appelle des voes; çà et là quelque pâturage où des poneys aux longs poils, aux membres trapus, des vaches plus petites encore que nos vaches bretonnes, des brebis exiguës broutent avec une parfaite résignation une herbe courte et rare ; çà et là encore quelque enclos de verdure dont on garde précieusement la récolte pour l'hiver : quelque champ d'orge ou d'avoine qui souvent ne produit pas la valeur de la semence qu'on y a jetée , et pas un pauvre pommier dont les fruits égayent les regards de l'enfant ; pas un chêne qui sous ses verts rameaux abrite une joyeuse couvée;
pas un sapin, cette mélancolique parure des régions du Nord; pas un arbre enfin.
A quoi doit-on attribuer cette triste lacune des Shetland? Ce n'est pas à leur latitude, car dans le Pinmark, au 68« degré de latitude septentrionale , on peut voir de très-belles forêts. Ce n'est pas à la nature du sol, qui n'est pas plus mauvais que celui du nord de l'Ecosse, ni à la température, qui n'est guère plus rigoureuse que celle de Londres. Tous les gens du pays 1 prétendent que pour avoir des arbres , il faudrait les I entourer d'un mur assez haut pour les protéger dans leur croissance contre l'action de la mer. Dans toute rétendue des Shetland, il n'y a pas un terrain qui d'un côté ou de l'autre se trouve à plusjde deux milles (deux kilomètres et demi) de la mer. Parla violence des tempêtes, très-fréquentes dans cesparages, surtout par l'effet d'un très-fort vent d'ouest , qui de son aile impétueuse laboure l'Atlantique, les vagues, soulevées jusque dans leurs profondeurs , lancent sur le sol des îles des gerbes d'eau salée qui corrodent les plantes et hrûlent les fleurs.
Mais si c'est là le fait qui paralyse la végétation des arbres aux Shetland , il ne peut nous servir à expliquer ce que l'on remarque dans la grande île d'Islande, où il n'existe pas la moindre forêt, et dont plusieurs districts sont pourtant fort éloignés de la mer. C'est donc un problème d'histoire naturelle qui ne nous semble pas résolu et que nous devons, dans notre ignorance, abandonner aux investigations des géologues et des physiciens.
Sous le régime norvégien et danois , les Shetland étaient, comme nous l'avons dit, divisées en une quantité de petites propriétés, appartenant aux divers colons qui y étaient venus successivement construire leur cabane.
Cette libre possession, persécutée et opprimée par
les gouverneurs et les agents financiers de rÉcosse, a été remplacée par une institution oligarchique qui subsiste encore. Tout le territoire des îles est soumis à un droit de primogéniture et appartient à un certain nombre de lairds, qui afferment les diverses parcelles de leur patrimoine à un prix assez élevé.
Une ferme ordinaire se compose d'une maison, ou, pour mieux dire, d'une hutte grossièrement construite, d'un espace de terrain qui doit suffire à l'alimentation de trois vaches, de deux poneys , de cinq brebis, et pour un si petit lot, le paysan ne paye pas moins de cinq livres sterling (125 fr.) par an*. De plus son bail n'est fait que pour une année. Il ne peut, par conséquent, prendre un grand intérêt à la culture du sol, qu'il n'est pas sûr de conserver au printemps suivant.
Toutes les habitations, celles des lairds, et celles des tenanciers, sont établies près de la mer, principalement le long des voes qui, comme les fiords de Norvège, pénètrent dans l'intérieur des terres. Car si les champs des Shetland ne donnent que de maigres ré* coites , si les seules céréales qu'on puisse y semer, l'orge et l'avoine, périssent souvent par l'etTet d'une gelée printanière ; si les pommes de terre, cette plante providentielle des froides régions, trompent souvent l'espoir de celui qui les a laborieusement cultivées, la mer en revanche donne aux Shetlandais une abondante moisson. La mer est leur meilleur domaine.
Dès leur bas âge, tous sont exercés à voguer sur ses flots, à travers ses orages. Il en est qui, emportés par l'ardeur aventureuse de la jeunesse, s'engagent dans la marine royale ou la marine marchande , et voyagent sur tous les océans, jusqu'aux extrémités du monde. La plupart cependant ne veulent point quitter