‹ En AmériqueChapitre 22 sur 27 · Socte russe · texte numérisé non relu

Socte russe

aiGiiESSE du CANADA 461

Une foule de facilités sont offertes aux immigrants par le gouvernement du Canada et par les différents Etats du Dominion. Dans tous les pays d'Europe, des bureaux d'émigration existent, qui donnent à tout venant et gratuitement des renseignements, des conseils, une aide. Le Canada ouvre tout grands ses bras dont l'envergure va de l'Atlantique au Pacifique, et il appelle à lui les jeunes enfants de la vieille Europe.

L'émigrant et le colon de pays étrangers obtiennent du gouvernement des tarifs réduits pour se transporter par le Canadien Pacifique jusqu'à l'Ouest canadien. Si, après avoir obtenu des terres, le colon désire un billet de retour pour aller chercher sa famille, il peut se le procurer au même tarif en s*adressant aux agents du gouvernement canadien ou aux agents du chemin de fer Canadien Pacifique. D'autre part, l'article 455 du tarif des douanes du Canada exempte de tous frais de douane les effets mobiliers appartenant aux colons, vêtements, meubles, livres, outils, fusils, instruments de musique, bicycles, bétail vivant, instruments aratoires, etc. , dont le colon s'est servi pendant au moins six mois avant son arrivée au Canada, ne comprenant pas toutefois les machines ou autres articles importés pour des lins de manufacture ou pour être vendus.

Autrefois, les bestiaux étaient soumis à la frontière à une détention de quarantaine de 90 jours; — cette mesure a été abolie, et les frais, retards, etc..

qu'elle causait au colon sont maintenant supprimés. Le gouvernement met de plus à la disposition des colons ayant Tintention de s'établir au Canada-Ouest des abris temporaires et gratuits dans un certain nombre de villes désignées par lui.

Les brochures rédigées en vue de favoriser le mouvement d'émigration dans ces régions neuves ne tarissent pas d'éloges sur leurs richesses économiques. Les émigrés qui veulent tenter la chance trouveront encore des millions d'acres de terre et des meilleures offerts en vente à des prix variant de 10 francs à 25 francs l'hectare avec des conditions de paiement très facile. Dans la vallée de la Rivière-Rouge de Manitoba il y a environ 1 million 120,000 hectares, dont 240,000 seulement ont été défrichés. A l'ouest de celte même vallée, au Sud de la ligne principale du chemin de fer Canadien, 1 million 840,000 hectares de terre, dont 320,000 seulement sont cultivés, peuvent recevoir de nouveaux émigrés.

L'enthousiasme et l'unanimité des éloges pour cette terre nouvelle, d'une incomparable fertilité, animent tous les témoignages des colons et les rapports des délégués des divers États publiés dans lesjournaux qui s'occupent de colonisation. C'est, disent-ils, « le plus beau pays que nous ayions jamais vu » — {the (inest we ever saw), le jardin d'Eden (the garden of Eden.)

« No country can compare with ii, »

(Aucun pays ne peut lui être comparé.)

« The most fertile district ever seen. >

(Le district le plus fertile que nous ayons jamais vu.)

« The longer they stay, the better Ihey like it, »

(Plus on y reste et plus on l'aime, etc., etc.)

Un autre centre d'attraction pour les colons est la région du lac Saint-Jean dans la province de Québec.

Elle offre au capitaliste spéculateur de magnifiques chutes d*eau, des forêts abondantes, des mines, des terres fertiles et de riches pâturages.

Dans le courant de 1901, 2,108 capitalistes sont venus s'établir dans ce district. Parmi eux, 195 venus d'Europe, 900 du Canada, 1,013 des États- Unis. Une société de colonisation ainsi que la compagnie du chemin de fer de Québec et du lac Saint-Jean sont à la disposition des nouveaux arrivés. La région est desservie par un chemin de fer de 306 kilomètres qui la traverse en entier, par des bateaux à vapeur. Elle a 31,000 milles carrés d'étendue, c'està-dire qu'elle est près de trois fois aussi grande que la Belgique dont la superficie est d'un peu moins de 11,000 milles carrés. Mais elle ne possède que 50,000 habitants, alors que la Belgique en a plus de 6 millions.

Le sol de cette contrée est composé d'une terre riche en marne et en argile, très favorable aux pâturages et à la culture du blé. Des témoignages désintéressés abondent en faveur de ces mouvements de colonisation. Ils racontent comment au sud du lac des champs de blé rapportent pendant quinze années, sans le secours d'aucun engrais. Un cultivateur de Saint-Prince achète la terre de son voisin pour 6,000 francs et la paie complètement en trois ans avec les revenus de la terre. Un autre récolte 50 hectolitres d'orge de 160 litres de semence et 22 hectolitres de blé de 80 litres de semence. Et les témoignages des colons eux-mêmes ne sont pas moins favorables.

i70 DE SAN FRANCISCO AU CANADA

L'un d'eux, parti de Sainte-Agnès avec une somme de 2,000 francs, achète 140 hectares déterre dont 103 sont maintenant en culture. Dans une seule année, il récolte 340 hectolitres de grains, 2,000 à 2,500 bottes de foin; 140 à 200 hectolitres de patates.

Un autre se fixe, il y a treize ans, sans aucun capital, à Saint-Félicien. 11 acquiert 120 hectares de terres qu'il met en culture. Sa propriété est évaluée aujourd'hui à 26,000 francs. Il récolte annuellement 320 hectolitres de grain, 2,400 bottes de foin et 1 60 hectolitres de patates. Et les exemples de cet ordre ne manquent pas I

L'industrie laitière est une autre ressource du colon. Les fromages de cette région sont les mieux cotés sur le marché canadien et sont exportés en grande partie en Angleterre. La production du beurre et du fromage dans la région du lac Saint-Jean atteint annuellement 3 millions ou 3 millions et demi de francs.

Enfin le succès des entreprises industrielles dans cette région s'explique par la puissance de la force hydraulique. « A quatorze milles environ du lac Saint- Jean, dit un rapport officiel du gouvernement de Québec, et sur un parcours de cinq ou six milles en remontant, cette rivière se précipite à travers une série de cascades et de chutes qui en font un véritable Niagara comme pouvoir d'eau. Il y a dans cet espace sept cascades ou chutes superposées en quelque sorte les unes au-dessus des autres et qui pourraient développer une énergie de, 300,000 chevaux-vapeur. Une ligne tirée autour du lac Saint-Jean, à une dizaine de milles au nord du lac, une trentaine au nord-ouest. une cinquantaine à l'ouest, deux au sud et une dizaine

de mille à l'est, circonscrirait dans ses limites des chutes et des cascades d'une force motrice de 653,000 chevaux-vapeur.

Presque toute la région est encore couverte de forêts. Sur 8 millions d'hectares, 2 millions seulement sont en culture. 75 p. 100 des essences de ces forêts sont de l'épinettenoire, blanche et rouge, trèspropres à l'industrie de la pulpe. Tout le parcours du chemin de fer de Québec et du lac Saint-Jean est parsemé d'établissements industriels : scieries à Saint-Gabriel qui débitent 8 millions de pieds de bois par an; au lac Saint-Joseph, 6 millions de pieds; fabriques de pulpe à Bourg-Louis, à 30 milles de Québec, qui fournit 1,500 tonnes de pulpe annuellement; à Saint- André, où se trouve la Compagnie de pulpe de Métabetchouan, qui fournit 15,000 tonnes de pulpe par an ; plus loin celles des chutes Ouiatchouan qui fournissent également 15,000 tonnes, celle de la Compagnie de Peribouca, sur la rivière du même nom, qui fournit 9,000 tonnes de pâte de bois. Sur la voie du chemin de fer et plus loin se trouve la fabrique de pulpe de Chicoutimi qui produit40,000 tonnes de pâte de bois annuellement, sans parler des autres fabriques, des scieries, des fabriques de beurre et de fromages.

La colonisation dans la province de Québec se dirige aussi vers l'arrière-pays de Montréal. Ces régions sont couvertes de forêts touffues et la terre y est d'une admirable fertilité, surtout ie long des rivières et des lacs poissonneux. Le gouvernement, qui jusqu'ici semblait ignorer ces richesses, fait de sérieux efforts pour l'établissement des colons dans les régions de Labelle, de la Rivière-Rouge, des rivières Kiamika et du Lièvre. Le gouvernement a dépensé en 1902

environ 75,000 francs en travaux divers dans les régions du Lièvre et de la Kiamika, mais c'est un crédit d'au moins 250,000 francs qui serait nécessaire pour l'ouverture de nouvelles voies de communication. Aussi le colon qui entreprend le défrichement de ces terres doit s'attendre à rencontrer bien des difficultés. « Il lui faut tout d'abord « éfardocher », nous dit M. Charles Guérin qui a séjourné parmi les colons de celte région, c'est-à-dire faire la clairière, puis abattre les arbres qu'il coupe en longueur et auxquels il met le feu. Après que l'incendie a détruit les feuilles et les branches, le colon « log », c'està-dire qu'il met en tas toutes les pièces de bois noircies qu'il fait brûler de nouveau.

« Il faut, continue-t-il, pour se faire une idée de l'énergie de ces hommes, les voir travailler sans relâche, n'ayant qu'un but : se créer un domaine, visiter ces très modestes cases où s'entasse le soir toute la famille. Une table rustique, un ou deux bancs et quelques bûches comme siège, un lit et un poêle forment l'ameublement. »

La seconde année de son établissement le colon peut récolter du sarrazin, de l'avoine, des pommes de terre. Certains, après cinq ou six ans de travail et de sacrifices, sont dans une situation de fortune relativementconsidérable. Mais il faut conseiller à tout nouveau colon de ne pas partir sans provisions pour quelques mois et une somme d'argent de 5,000 ou 6,000 francs.

A l'heure actuelle, le gouvernement de Québec peut livrer immédiatement à la colonisation environ 2 millions 808,000 hectares arpentés, à peu près tous accessibles par de bonnes routes.

Page 1