‹ En AmériqueChapitre 7 sur 27 · LES MORMONS · texte numérisé non relu

LES MORMONS

Le voyageur revient vers l'Est. — Après les fleurs, le désert. La Nevada. — La vachère en blouse de soie. — Les hauts plateaux. — La neige. — Cinquième changement de climat.

— Le Désert Salé. — Le voyageur s'arrête chez les Mormons polygames. — Salt-Lake-City. — Promenade en ville. — Il cause avec un Mormon. — Tous les Mormons ne sont pas polygames. — Déception. — Une secte nrospère. — Les Saints des derniers jours et les Gentils. — Le temple. — Le baptême des morts. — Le tabernacle. — Une salle de 12,000 places.

— Une acoustique extraordinaire. — L'épingle qui tombe.

Trente-six heures de chemin de fer séparent San Francisco de la ville du lac Salé où je vais voir les Mormons.

Je ne me cache pas que c'est un des buts les plus curieux de mon voyage. Voir des Moi^monsI Des hommes et des femmes qui se sont fait des lois pour eux seuls, une morale pour eux seuls, et qui ne se sont inclinés que devant la persécution et l'exil. Que

peuvent bien être ces polygames têtus? De quelle doctrine se réclament ces chrétiens d'instincts mahométans?Longtempsj'ai cru que c'étaient des sauvages, des débris de tribus indiennes qui s'éteignaient peu à peu dans les solitudes du Far- West. Mais non. Il paraît que ce sont des Américains comme les autres, et qu'on en trouve encore autour du lac Salé, cachant leur culte et leurs mœurs comme les premiers chrétiens.

Mais je me suis rendu compte combien il fallait faire peu de fonds en ce pays sur les renseignements qu'on y recueille d'un peu loin. Chaque homme est si pressé d'agir pour son propre compte, il met tant de rectitude et de précision dans ses affaires personnelles qu'il est d'un vague effrayant pour le reste des choses humaines. Complètement indifférent aux affaires des autres, il les ignore même parfaitement. Aussi j'ai hâte de voir de mes yeux ces Mormons légendaires, ces polygames chimériques dont les idées sur l'amour hantaient déjà mes rêves adolescents.

Et je trouvais — les gens curieux me comprendront — que le train ne roulait pas assez vite.

Après la Californie qui n'est qu'une succession de vallées riantes plantées de vergers fleuris entre des collines, on entre dans la Nevada. Voici la première vachère que je vois ; elle se tient debout au bord d'une route, une baguette à la main; ses vaches paissent rherbe d'un fossé. Elle est vêtue d'une blouse de soie rouge et coiffée d'un chapeau de paille à rubans comme ceux des élégantes citadines.

Ici, les arbres n'ont plus de fleurs; ce sont des sapins et des chênes. La terre est rouge. D'étroits

torrents d'une eau rouge comme la terre ont été canalisés par endroits, dans un but industriel, je suppose, et coulent rapides sur un plancher de bois bordé de murs étayés par d'épais madriers. On traverse des cirques immenses, déserts, plantés de bouquets de sapins ou complètement stériles, avec des pierres et das rocs d'une jolie désolation, qui me rappelle mes impressions du Texas, du Nouveau-Mexique et de TArizona.

Neuf heures après avoir quitté San Francisco et les jardins californiens, la neige se mit à tomber. Nous étions sur un haut plateau de la Nevada. Pour lutter contre les bourrasques de neige qui empêcheraient toute circulation sur la ligne, la Compagnie a construit, sur une longueur de 60 idlomètres, des charpentes en bois formant galerie, qui obstruent le passage de la lumière, mais aussi celui de la neige.

C'est la cinquième fois que je change de climat depuis mon arrivée aux États-Unis : l'hiver âpre et dur dans l'Est et le Nord, le plein été méridional en Louisiane, de nouveau le froid sur les plateaux du Texas, un printemps suave en Californie, et voici encore l'hiver glacé qui va m'accompagner jusqu'au lac Salé. Et tout cela en six mois de temps.

Plus nous avançons vers l'Utah, plus le paysage se fait morne. A l'aurore et au crépuscule, ce sont de vastes solitudes bleues et roses semées d'ajoncs. Durant des heures et des heures encore, la plaine s'étend entre des chaînes de montagnes de neige qui s'éloignent et se rapprochent de chaque côté, et ce mouvement alternatif est la seule distraction du regard pendant la plus grande partie du jour. Bientôt le sol se couvre d'une sorte de givre luisant qu'on prendrait

pour des traces de neige mal fondue. A un arrêt, je descends du train, je frotte mon doigt sur le sol blanc et je goûte : c'est de Falcali. Nous sommes aux confins du désert Salé. Rien n'y pousse que des touftés d'armoise. Pas un arbre. Une fois, ô surprise I on aperçut du train un troupeau de vaches et de chevaux que galopaient des cow-boys en bras de chemise. Que pouvaient bien manger ces pauvres bêtes penchées sur la terre grise etnue, au-dessus de ces vieilles perruques de jonc poussiéreuses?

Pas une grande ville sur la route. Aux stations, quelques cabanes de planches couvertes d'un toit de terre. Des linges, des couvertures sèchent sur une balustrade de sapin non raboté. C'est tout. En voilà pour une ou deux ou trois heures encore. La solitude reprend, les rails seuls et les poteaux télégraphiques témoignent du passage de l'homme Le ciel est vide d'oiseaux, la terre est nue. Deux fois je vis le soleil se coucher sur cette uniforme désolation.

L'impression est curieuse. On se ligure tout le temps que cela va finir, qu'un autre paysage, une autre végétation, des couleurs nouvelles, quelque chose de différent, enfm, va apparaître. Rien. Seul le dessin des montagnes varie un peu l'horizon.

Le dernier jour, le soleil, en se couchant derrière les monts violets, jeta des perles en fusion dans les eaux du lac Salé. Nous arrivions! Un rose d'églantine flottait sur la nappe d'argent immobile dont les bords se découpaient en franges d'or vif. Une grandeur morne et mélancolique émanait de l'agonie du jour sur le désert. La plaine immense qui nous séparait du lac, tout à l'heure grise et sale, s'habilla d'un rose délicat que l'incendie du ciel projetait sur los

cristaux blancs de Talcali dont le sol est couvert.

J'étais dans l'État des Mormons.

Ma première surprise, ce fut la ville. Quand, dès le lendemain de mon arrivée, je la parcourus, je fus frappé tout de suite de Tordre qui y régnait et de la tenue générale. Je croyais tomber au milieu d'une tribu de rêveurs, de réfractaires honteux, campant dans une anse du lac Salé. Et, à ma sincère stupéfaction, je me trouvais dans une grande ville américaine, plus propre, plus jolie, que la plupart de celles que j'avais jusqu'à présent visitées.

Les rues de Sait Lake City sont droites, bâties en damier, comme dans le reste de l'Amérique; elles ont toutes 40 mètres de largeur! Des arbres sont plantes le long des trottoirs, — ce que je n'ai vu nulle part ailleurs. Des tramways électriques les sillonnent du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest. Le guide qui me renseigne me fait remarquer que le terrain a deux légères pentes dans ces directions, ce qui facilite l'écoulement des eaux et des égouts dans le lac par le Jourdain, une petite rivière de 20 mètres de largeur qui s'y jette.

Dans la partie commerciale delà ville, les bâtiments se touchent et beaucoup ont sept ou huit étages, tandis que dans le quartier des résidences ce sont des cottages d'un ou deux étages, garnis de vérandas et entourés de jardins. Au Nord et à l'Est, la ville s'encadre d'une ceinture de collines et de hautes montagnes; au Sud, la vallée s'étend sur une largeur de 32 kilomètres, tandis qu'à l'Ouest elle est bornée, à 25 kilomètres, par le lac Salé, dix fois plus grand que le lac de Genève, puisqu'il a \M kilomètres de longueur sur 64 kilomètres de largeur. Il est situé à

une hauteur de 1,200 mètres au-dessus du niveau de la mer, la ville elle-même ayant i,CCO mètres d'altitude.

— Mais, fmis-je par déclarer à mon guide, je voudrais bien voir des Mormons I

Il me regarda, étonné :

— La plupart de ces hommes et de ces femmes que vous croisez en sont, me dit-il. Moi-même j'en suis un. Vous pouvez me regarder.

Il souriait à présent derrière ses lunettes. C'était un petit homme barbu, à l'air tranquille et rêveur, de mise très simple. Il m'expliqua qu'il était Suisse d'origine et que, converti dans son canton par un missionnaire mormon, il avait cru préférable pour son salut de se rapprocher de l'Église mère.

— C'est pourquoi je suis venu en Amérique. Je ne le regrette pas. Je suis marié, j'ai plusieurs enfants, je suis em.ployé à la « Sion Coopérative mercantile Institution » fondée par l'apôtre Brigham Young (c'est une sorte de Magasin du Louvre où l'on trouve de tout, depuis une tonne de fer jusqu'à un piano à queue), et je vis heureux. De plus, j'ai un grade dans la prêtrise des Saints des Derniers Jours... Oui, ajouta-t-il en voyant mon air interrogateur, c'estle nom des adeptes de l'Église mormonne.

— Naturellement, vous êtes polygame? interrogeai-je.

— Non pas.

J'étais déçu.

— Tous les Mormons ne sont pas polygames, m'cxpliqua-t-il. Pour l'être, il faut de la fortune, car une vingtaine d'enfants coûtent cher à élever... D'ailleurs, ajouta-t-il, la polygamie est à présent défendue

par les lois, et il n'y a plus, officiellement, de polygames.

— Et il y a beaucoup de Mormons?

— D'après les statistiques de 1902, l'Église des Saints des Derniers Jours compte 3 présidents, 12 apôtres, 200 patriarches, 6,800 grands-prêtres, 2,700 septants, 20,000 aînés, soit 36,745 prêtres de Melchissédeclî. Le nombre des prêtres d'Aaron, évêques, prédicateurs et diacres, s'élève à 25,700; le total à 62,445. Ajoutez-y les organisations auxiliaires dont les membres sont au nombre de 264,150, et vous aurez une idée de la force d'expansion de notre doctrine, qui est à peine vieille de trois quarts de siècle.

•— Alors, il y a près de 330,000 Mormons?

— Oui, monsieur, la plupart résidant dans rUtah, les autres dans le Colorado, le Nouveau-Mexique, l'Arizona, etc.

— On m'avait dit que vous étiez en train de disparaître.

Il sourit d'un air moqueur et dit :

— En 1848, quand les Mormons arrivèrent dans rUtah — jusqu'alorscomplètement désert, — ils étaient 2,090, et amenaient avec eux 649 chariots , 1 64 chevaux, 2,468 bœufs, 993 vaches, 358 moutons et 716 poules. Rien de plus. En 1860, nous étions 40,273; en 1880, 143,000 et, en 1900, le recensement prouve que rUtah renferme 276,749 habitants. Sur ce chiftre, vous pouvez compter quatre cinquièmes de Mormons. Dans les villes, les Gentils sont assez nombreux. Mais, dans les campagnes, il n'y a que des Saints des Derniers Jours.

Cette conversation se passait dans les rues, et je

prenais tout en marchant ces notes que mon guide tirait d'une petite brochure.

Sur la hauteur de la ville, une église de pierre bleuâtre s'élevait avec six flèches pointues d'un très beau style.

— C'est le chef-d'œuvre de l'Utah, me dit le prêtre mormon, c'est le temple mormon. La plus haute flèche a 66 mètres de haut. Sa largeur est de 29 mèlres, sa longueur de 56 mètre^. La statue qui le domine, c'est celle de l'ange Moroni soufflant dans une trompette et proclamant l'Évangile mormon à toutes les nations de la terre, selon la prédiction de saint Jean (chapitre xiv, verset 6 de l'Apocalypse). On a mis quarante ans à construire ce temple (de 1853 à 1893), et il a coûté près de 3 millions et demi de dollars (près de 17 millions de francs). Il n'est ouvert qu'aux Saints des Derniers Jours.

— Je voudrais pourtant bien y entrer..:

— Impossible. D'ailleurs, vous n'y verrez rien de particulier, à part une vaste piscine de marbre qui sert aux baptêmes des vivants et des morts...

— Des morts?

— Oui. Gomme la parole de Mormon n'est connue que depuis soixante-quinze ans, il faudrait admettre que tous les Américains qui vécurent avant sont damnés... Ce qui serait souverainement injuste. Et Dieu parlant à Mormon lui a fait savoir que les descendants peuvent sauver l'âme des ascendants par un baptême spécial qu'ils reçoivent pour eux à cet effet.

— Bon. Et cette immense carapace de pierre, è côté de l'église, qu'est-ce?

— C'est le tabernacle. Nous pouvons le voir si vous le désirez.

Nous entrons dans une vaste salle elliptique, dont la toiture imite la ruche d'abeilles, et dont la forme est celle d'une carapace de tortue ou d'un énorme ballon encore couché et qu'on commence à gonfler. Elle mesure 75 mètres de long et 45 mètres de large. Une estrade et un orgue s*élèvent à son extrémité.

Il n'y a pas un pilier sous la voûte, on se demande par quel miracle d'équilibre cette cloche elliptique peut tenir debout. Le plafond est soutenu à la péri' phérie par quarante-quatre piliers de pierre de taille.

— C'est là que le dimanche ont lieu les services religieux. On y tient douze mille personnes. Souvent nous y donnons des concerts sacrés. i\Ime Patti et d'autres artistes qui y ont chanté déclarent qu'il n'y a nulle part au monde d'acoustique aussi parfaite. On y entend le plus léger bruit d'une extrémité de la salle à l'autre, même celui d'une épingle qui tombe. Essayons si vous voulez.

Mon guide s'éloigna, et, arrivé au fond de la salle, c'est-à-dire à 75 mètres de moi, il laissa tomber une épingle sur le bois d'un fauteuil. J'en perçus, en effet, distinctement le bruit.

— Et vous voyez l'orgue, me dit mon guide. Il a 14 mètres de haut et 9 mètres de large, et ^,648 tuyaux, li n'en existe qu'un plus grand dans tous les Etats-Unis. Tous les dimanches, il accompagne un chœur de quatre cents voix d'amateurs sans salaire.

— Ces chiffres sont très intéressants, dis-je à mon interlocuteur, mais je voudrais, à présent, connaître un peu vos doctrines. Est-ce possible? Ou bien êtesvous jaloux de vos mystères?

— Vous saurez tout, me répondit paisiblement l'homme. Et même vous pourrez en causer avec le Chef des Apôtres, ai vous voulez. Il est très occupé par les affaires de sa banque, et lui parler est une laveur. Mais votre qualité d'étranger si lointain facilitera votre entrevue...

Qu'est-ce que le mormonisme ? — Son histoire rétrospective. — Le fils du fermier se fait prophète. — Le fondateur Joseph Smith. — Conversation avec Dieu lui-même. — Propos familiers. — Présentation du Fils par le Père. — Où le Christ avait caché son Évangile. — Les plaques d'or. — Les pierres de Moïse. — Urim et Thummim. — D'où viennent les Peaux- Rouges. — Articles de foi. — Plagiat de la Bible. — La dîme. — Persécution des Mormons. — Leur exode. — Brigham Young, successeur. — Fuite du prophète. — Pillage. — Les Mormons et la politique. — Programme électoral. — Polygamie. — Exil ou massacre. — Vers le lac Salé. — Le record de l'exode. — 2,400 kilomètres à pied. — Brigham Young et Moïse.

Qu'est-ce donc que le mormonisme?

Je vais tâcher de vous le résumer le plus clairement et le plus brièvement possible.

En 1820, il y avait un jeune homme de quinze ans, nommé Joseph Smith, fils d'un petit fermier qui habitait l'Etat de New-York, à Sharon, Windsor Gounly. Déjà à :ette époque un grand nombre de

sectes religieuses se disputaient la clientèle des croyants. Joseph Smith, frappé de ces divergences, cherchait une orientation nouvelle à sa foi.

C'est dans cette disposition d'esprit que le jeune méthodiste lut un jour le premier chapitre de l'Épître de saint Jean : « Si quelqu'un désire la sagesse, qu'il la demande à Dieu qui la donne à tous libéralement et qui ne la refuse jamais, et elle lui sera donnée. » Il se rendit donc dans les bois, et seul, à genoux, après d'ardentes prières, attendit la manifestation de la lumière divine.

Voici ses paroles : « A peine eus-je fait cela, qu'immédiatement un pouvoir s'empara de moi, me tint subjugué, et fit sur moi un eiîet si extraordinaire que ma langue fut liée sans que je puisse parler. D'épaisses ténèbres m'enveloppaient comme un voile, et il me sembla un instant que j'allais périr tout d'un coup. Mais comme je m'efforçais de crier à Dieu qu'il me délivrât de la puissance de cet ennemi qui s'était emparé de moi, et au moment même où j'allais désespérer, m'abandonnant non à une perdidition imaginaire, mais entre les mains d'un être réel du monde invisible, qui avait une force telle que je n'en avais jamais sentie de semblable chez aucun individu, dans ce moment même de grande détresse, je vis, droit au-dessus de ma tête, une colonne de lumière, dont l'éclat surpassait celui du soleil, et qui descendit jusqu'à moi. A cette apparition je me trouvai subitement délivré de l'ennemi qui me tenait lié. Tandis que la lumière reposait sur moi, je vis deux personnages dont la splendeur et la gloire étaient au-dessus de tout ce qu'on peut décrire; ils se tenaient debout dans l'air au-dessus de moi. L'un

d'eux me parla, m'appelant par mon nom, et me dit en montrant l'autre : « Voici mon Fils bien-aimé, écoute-le. »

Alors Joseph lui demanda laquelle des sectes était la meilleure. Et Jésus lui déclara qu'il ne fallait se joindre à aucune d'elles, parce que toutes étaient mauvaises, mais qu'un jour viendrait où l'Eglise véritable serait rétablie.

Trois ans plus tard, en 4823, Joseph Smith eut une nouvelle vision. Cette fois ce fut un ange qui lui apparut : l'ange Moroni.

Écoutez-le en parler lui-même :

« Pendant que j'étais ainsi occupé à prier Dieu, je vis apparaître dans la chambre une lumière qui continua à s'accroître jusqu'à ce que la chambre fût plus éclairée qu'en plein midi, et un personnage apparut subitement à côté de mon lit, se tenant debout dans l'air. Il était revêtu d'une robe flottante de la plus parfaite blancheur. Non seulement sa robe était parfaitement blanche, mais toute sa personne était glorieuse au delà de toute .expression et son visage resplendissait comme un éclair. Au premier moment que je le regardai, j'eus peur; mais bientôt, la crainte me quitta. Il m'appela par mon nom, et me dit qu'il était un messager envoyé par Dieu, et que son nom était Moroni; que Dieu avait une œuvre à accomplir par moi, et que mon nom serait tenu pour bon et pour mauvais parmi toutes les nations, tribus, langues, et qu'on parlerait de moi en bien comme en mal chez tous les peuples. Il dit qu'il y avait, déposé dans un certain lieu, un livret écrit sur des plaques d'or, contenant l'histoire des anciens habitants de ce continent (l'Amérique) et leur origine.

HISTOIRE ET DOGTRIiNES DU MORMONISME 119

Il me dit aussi que la plénitude de l'Evangile éternel y était contenue, ainsi qu il avait été donné par le Sauveur à ces anciens habitants. De plus, qu'il y avait, déposées avec les plaques deux pierres dans une arche d'argent, composant ce qui est appelé VUrim et le Thummim, ainsi qu'un pectoral auquel se fixait cet instrument; et que la possession et l'usage de ces pierres était ce qui constituait les voyants dans les temps anciens, et que Dieu les avait préparées pour servir à la traduction du livre. »

Cet ange Moroni lui dit être le fils d'un certain Mormon, général et prophète qui vivait en Amérique 600 ans avant Jésus-Christ.

Il s'agissait donc de déterrer le livre de Mormon. Où était-il? L'ange le lui dit : il le trouverait enfoui dans une grotte sur la colline de Cumorah, non loin de sa demeure. Joseph Smith s'y rendit, il creusa le roc et trouva en effet, dans une boîte de marbre, un tas de plaques d'or sur lesquelles étaient gravées des caractères inconnus. Grâce aux pierres Urim et Thummim — les mêmes dont Moïse s'était servi autrefois, — il arriva, par le concours d'un homme plus instruit que lui, Olivier Cowdery, à déchilïier les hiéroglyphes : c'était en effet l'histoire sacrée d'un ancien peuple d'Amérique, le pendant de la Bible qui raconte l'histoire du peuple d'Israël.

J'ai parcouru le Livre de Mormon. Écrit exactement dans le même style que la Bible, c'est un plagiat grossier jusqu'à l'insolence.

Ces deux livres, dit la théologie mormonne, contiennent la parole de Dieu, avec cette différence que le Livre de Mormon ayant été traduit directement de l'original par le don et le pouvoir de Dieu, est

plus clair et plus facile à comprendre que la Bible, traduite selon la sagesse des hommes, d'après des manuscrits imparfaits et non d'après le manuscrit original qui s'est perdu.

Le Livre de Mormon raconte qu'aux temps de la confusion des langues à la tour de Babel, Jared et son frère obtinrent du Seigneur qu'il ne confondît point leur langage; ces deux hommes avec leurs familles et quelques-uns de leurs amis et leurs familles furent conduits par le pouvoir divin à travers l'Asie jusqu'au bord de l'Océan : ayant construit des vaisseaux d'une forme particulière, ils s'embarquèrent et, poussés par un vent puissant, ils arrivèrent en Amérique. Ils devinrent nombreux dans leur nouvelle patrie; mais ayant méprisé les commandements de Dieu, ils furent détruits par des guerres civiles, environ 1600 ans après leur arrivée ou 600 avant Christ.

A la même époque, pour repeupler l'Amérique devenue désolée, Dieu y conduisait une autre famille, celle de Léhi, qui vivait à Jérusalem durant le règne de Sédécias. Traversant l'Arabie, Léhi et les siens arrivèrent au bord de la mer Bouge et s'embarquant furent poussés par les vents vers les rivages du Chili dans l'Amérique du Sud. Ici ses enfants se divisèrent en deux peuples : les Néphites, qui servaient Dieu et qui, en retour, jouissaient des dons de l'Évangile, prophéties, etc.; et les Lamanites qui, préférant suivre les désirs de leur nature sauvage, tombèrent dans l'idolâtrie et la barbarie. Aussi Dieu, pour empêcher que la race supérieure, en se mêlant avec îa race inférieure, ne devînt dégradée comme elle, donna une peau brune à cette dernière; tandis qu'il

suscita des prophètes parmi les Néphites pour appeler les deux peuples à la repentance et leur proclamer la venue du Rédempteur.

Et voilà l'origine des Peaux-Rouges I

A répoque de la naissance du Christ en Palestine, de grands signes apparurent en Amérique; il y eut deux jours et une nuit de lumière continuelle et une nouvelle étoile parut; de nombreuses conversions eurent lieu et beaucoup se préparèrent à recevoir le Sauveur dont la venue leur avait été annoncée.

Une tempête formidable s'éleva à sa crucifixion, détruisant des cités entières. Après sa résurrection, Jésus-Christ leur apparut et leur enseigna l'Évangile, établissant son Église parmi eux avec douze apôtres comme à Jérusalem.

Pendant près de 400 ans, le peuple jouit des bénédictions divines et d'une paix continuelle; mais ayant ensuite rejeté et foulé aux pieds l'Évangile du Christ et s'étant de nouveau divisés en deux peuples, ils se firent une guerre acharnée qui finit par la destruction complète des Néphites.

Les survivants, les Lamanites, sont les Indiens d'aujourd'hui I

Le Livre de Mormon leur prophétise que le temps viendra où ils retourneront au culte du Sauveur et qu'après quelques générations ils deviendront un peuple civilisé. Alors la malédiction qui pèse sur leur race disparaîtra. Les théologiens mormons prétendent que les ruines de palais, de temples, de forteresses, de villes qu'on découvre continuellement en Amérique prouvent en faveur de l'authenticité du Livre de Mormon qui, ainsi, donne seul la clef du mystère des races anéanties!

Vous voyez comme il est simple, de fonder une religion en Amérique I Et' si vous objectez à un Mormon :

— Ce Joseph Smith parait être un joli farceur! QuVt-il donc fait de ses plaques d'or et de ses talismans?

Il vous répond :

— C'était un dépôt. Il les a rendus à Tange après los avoir traduites. Et pourquoi serait-il plus farceur que Moïse, Isaïe, Jean, Mathieu et Luc qui ne donnent d'autre preuve de leur véracité que leurs affirmations?

Je passe sur l'ordination et le baptême de Joseph Smith et de son acolyte Olivier Gowdery, se baptisant l'un Tautre, par immersion complète, s'accordant les grandes prêtrises, sur l'ordre de Jean- Baptiste qui leur apparaît aussi.

Toujours est il que voilà la religion fondée. Et l'on s'empresse d'en formuler les dogmes.

Les voici :

ARTICLES DE FOI de l'Église des Saints des Derniers Jours.

1. Nous croyons en Dieu, le Père Éternel, et en son Fils, Jésus-Christ, et au Saint-Esprit.

2. Nous croyons que les hommes seront punis pour leurs propres péchés, et non pour la transgression d'Adam.

3. Nous croyons que, par le sacrifice expiatoire de Christ, tout le genre humain peut être sauvé, en obéissant aux lois el aux ordonnances de l'Évangile.

4. Nous croyons que ces ordonnances sont : 1° La Foi au Seigneur Jésus-Christ; 2" La Repentance; 3° Le Baptême par immersion pour la rémission des péchés ; 4° L'Imposition des enains pour le don du Saint-Esprit.

5. Nous croyons que, pour prêcher l'Évangile et en administrer les ordonnances, un homme doit être appelé de Dieu par € révélation et par l'imposition des mains >, par ceux qui sont en autorité.

6. Nous croyons à la même organisation qui existait dans l'Eglise primitive, savoir : Apôtres, prophètes, pasteurs, prédicateurs, évangélistes, etc.

7. Nous croyons au don des langues, de prophétie, de rév6lalion, de vision, de guérison, d'interprétation des langues, etc.

8. Nous croyons que la Bible est la parole de Dieu, autant qu'elle est traduite correctement; nous croyons aussi que le Livre de Mormon est la parole de Dieu.

9. Nous croyons tout ce que Dieu a révélé, tout ce qu'il révèle maintenant, et nous croyons qu'il révélera encore beaucoup de grandes et importantes choses touchant le royaume de Dieu.

10. Nous croyons au rassemblement littéral d'Israël et à la restauration des Dix Tribus. Nous croyons que Sion sera bâtie sur ce continent (l'Amérique) ; que Jésus-Christ régnera en personne sur la terre et que la terre sera renouvelée et recevra sa gloire du paradis.

11. Nous réclamons le privilège d'adorer le Dieu tout-puissant selon les inspirations de notre conscience et nous concédons à tous les hommes le même privilège qu'ils adorent comme ils veulent, oij ils veulent ou ce qu'ils veulent.

12. Nous croyons que nous devons nous soumettre aux rois, aux présidents, aux gouverneurs et aux magistrats, obéir aux lois, les honorer et les soutenir.

13. Nous croyons que nous devons être honnêtes, fidèles, chastes, bienfaisants et vertueux et faire du bien à tous les hommes; en elFet, nous pouvons dire que nous suivons l'exhortation de Paul : c Nous croyons tout, nous espérons tout > ; nous avons enduré beaucoup de choses et nous espérons être capables d'endurer toutes choses. Nous aspirons à tout ce qui est vertueux, aimable ou de bonne réputation ou digne de louanges.

Mais ces Mormons croient aussi que Dieu est un être parfait ayant un corps de chair et d'os, car Jésus-Christ a dit qu'il était l'image de son père.

Ils croient que la femme a droit aux mêmes droits et privilèges que l'homme, « sa sphère étant aussi noble que celle de l'homme ».

Ils croient que toute personne apte au mariage devrait se marier, et que tout homme qui évite les obligations du mariage est un élément dangereux pour la société.

Enfin, on n'est un bon Mormon que si Ton paye à l'Église la dimej c'est-à-dire la dixième partie de ses revenus.

Les Mormons se vantent d'avoir subi pour leur foi autant de persécutions que les religions passées et ils comparent le martyre de leur prophète à celui des grands fondateurs d'iiglises. Ils racontent qu'à peine formée leur Église fut en butte à la haine des sectes rivales, celle des méthodistes surtout, qui dominait déjà dans la Nouvelle-Angleterre. Le jour même de sa fondation, le 6 avril 1830, à Fayette, dans l'État de New-York, son prophète Joseph Smith fut traité d'imposteur venu pour troubler la paix du monde. Toujours traqué, il se réfugia en Pennsylvanie avec sa femme. Là, son beau-père se mit à la tête des méthodistes qui le poursuivaient impitoyablement. Accompagné de quelques centaines de fidèles disciples, il s'en alla vers l'Ouest, dans l'Ohio, où il espérait trouver enfin la Nouvelle Jérusalem que Dieu lui avait promise dans une révélation.

Ils arrivèrent dans le comté de Jackson, achetèrent des fermes, des terrains et se soumirent tous à la loi parfaite du Seigneur, laquelle ordonnait à chaque individu d'abandonner la totalité de ses biens à l'évêque et de renoncer complètement à toute propriété. L'Église faisait de lui une sorte d'intendant de

ses biens, et échappait ainsi aux dangers du communisme des premiers chrétiens.

Mais celte prospérité fut de courte durée. De nouveau, les persécutions reprirent. Impuissants à lutter contre leurs adversaires, les Mormons assistèrent à l'incendie de trois cents fermes; ils virent leurs granges et leurs étables pillées, leurs chefs fouettés; quelques-uns plongés dans du goudron, puis roulés dans la plume, étaient ensuite livrés aux moqueries et aux injures de la foule; ils furent accusés de blasphèmes, de sorcellerie, de prétentions aux miracles, à la guérison des malades. « 11 faut que les Mormons partent! » devint bientôt le cri général. La contrée entière se mit en armes, les Mormons furent battus. Douze à quinze cents personnes furent expulsées; la plupart des exilés trouvèrent refuge dans le comté de Glay, dans l'Ohio, où ils vécurent tranquilles de 1833 à 1836.

Pendant trois ans, ils prospérèrent. Mais bientôt on leur reprocha leurs manières, leurs mœurs. Cette fois les Mormons quittèrent d'eux-mêmes Glay pour aller s'installer plus au nord, dans la région de Shoal Creek. D'autres se dirigèrent vers les comtés de Galdwell et de Daviess, pays encore peu habités où ils comptaient pouvoir enfm vivre en paix. Mais en 1838, un ordre d'extermination du gouverneur Boggs permit au banditisme organisé de voler, d'assassiner, d'incendier impunément. En dépit des actes qui garantissaient leur propriété, douze à quinze mille Mormons furent chassés de leurs demeures.

Hommes, femmes, enfants, poursuivis par des oppresseurs sans pitié, s'enfuirent vers le Missouri. Ils traversèrent les glaces du Mississipi et arrivèrent,

dépouillés de tout, sur les bords hospitaliers de riUinois. Les habitants se cotisèrent pour leur donner un millier de dollars, des vêtements et des provisions. Les Mormons achetèrent des terres à Kiokuk, à lowa, à Nashville, à Montrose, et, sous la direction de Joseph Smith, fondèrent sur les bords du fleuve un petit village d^ six maisons qu'ils baptisèrent du nom de Nauvoo. La population du village s'éleva bien vite à 3,000 puis à 20,000 habitants. Les missions étaient prospères. Alors les Mormons commencèrent à s'intéresser aux affaires politiques. Cette idée ne leur réussit pas. Leurs votes furent d'abord recherchés par les politiciens. C'est ainsi qu'ils aidèrent à l'élection de William Henry Harrison, le candidat whig à la présidence contre Martin Van Buren, non pour défendre des principes whigs, mais parce que Van Buren était leur ennemi.

Le spectre de la persécution se leva de nouveau devant eux. Arrêté et emprisonné à plusieurs reprises pour satisfaire la rancune de ses ennemis, Joseph Smith avait réussi jusque-là à se disculper. Trenteneuf fois il comparut devant les tribunaux et trenteneuf fois il fut acquitté. « Si les lois ne peuvent l'atteindre, déclarèrent alors ses adversaires, la poudre et les balles s'en chargeront. » Et dès lors, ce fut contre le chef de l'Église que les plus odieuses accusations s'amassèrent. La guerre acharnée que lui faisaient les apostats de son parti aggravait d'autre part sa situation.

Ceux-ci fondèrent une nouvelle église sous la direction de William Law et déclarèrent que Joseph était un prophète déchu.

La doctrine de la pluralité des femmes et de

réternité du mariage, établie en juin 1843, n'était pratiquée que par les chefs de l'Église, et tenue encore secrète. William Law, un renégat, en profita pour faire arrêter Joseph Smith comme polygame. Le prophète, son frère lïyrum et seize autres de ses amis furent conduits le 24 juin à Carthage, ville des environs, et livrés à la fureur d'une foule de deux cents personnes qui les tua.

Il n'y avait plus, pour les Mormons, d'autre alternative que l'exil ou le massacre. Le 8 août 1844', Brigham Young avait été élu à la présidence de l'Église. C'était un des douze Apôtres mormons, celui qui avait le plus ardemment secondé le prophète Smith dans sa lutte contre les apostats et tous les ennemis de sa foi. Son habileté et son énergie faisaient de lui un conducteur de peuple. On décida que les terres seraient vendues ou échangées pour des animaux ou des chariots. Des centaines de fermes, 2,000 maisons furent mises en vente; à la fin, pressés par leurs ennemis, les Saints se réunirent en grand nombre au bord de la rivière, et le 4 février 1846, ils commençaient leur exode vers l'Ouest. Le sol était couvert de neige, le vent âpre et froid, ils dormaient sous des tentes, dans des chariots, n'ayant d'autres perspectives, au milieu de l'hiver, que la neige, les tempêtes, les attaques des sauvages, et la solitude inexplorée. Équipe par équipe, ils quittèrent Nauvoo, laissant derrière eux les invalides et les malades incapables de supporter les fatigues d'une marche périlleuse à travers le désert. Ils avaient obtenu de leurs ennemis qu'on laissât tranquilles les vieillards et les infirmes. Mais, traîtres à leur promesse, les baptistes assiégèrent la ville, la bombardèrent, exigèrent le départ de ces

malheureux qui presque tous moururent. En même temps, lesMormonsétaient obligés de fournir unbataillon de 500 hommes au gouvernement des États-Unis, alors en guerre avec le Mexique. L'enrôlement de ce bataillon les priva de l'élite de leur troupe et mit fin à leur exode pour cette année (i8M). Alors Brigham Young s'arrêta dans le désert, au milieu d'Indiens sauvages qu'il se concilia par son humanité. Il avait pour maxime : « Il coûte moins de nourrir les Indiens que de les combattre ». Il établit ses quartiers d'hiver à Florence (Nébraska) pour permettre aux membres épars de son troupeau de se réunir et se préparer à la marche fmale. Brigham Young était un guide aussi sagace que résolu. Avant de commencer cette marche périlleuse, prévoyant les désespoirs et les misères, il s'était procuré des instruments de musique et chaque soir, après leur marche fatigante, une gaie fanfare invitait les pauvres pèlerins à la danse, aux jeux, à d'innocentes distractions. Le camp fut organisé, des rues percées, des magasins, des boutiques établis. L'Église continuait à prospérer, les meetings religieux subsistaient, des écoles étaient créées et des missionnaires envoyés au loin. Ainsi organisés, les Mormons suivirent la rive nord du Platte. Affaiblis par la faim, les privations, les maladies, beaucoup d'entre eux moururent prématurément. D'autres, plus robustes, soutenus par leur foi et les exhortations des chefs, traversèrent le grand désert américain et arrivèrent après tant d'épreuves dans la Vallée du Lac Salé. Durant leur exode, les Israélites avaient fait une marche de 750 kilomètre» environ. Les Mormons avaient parcouru dans leur exil plus de 2,400 kilomètres; toute la distance de

Nauvoo, sur le Mississipi, d'où ils partirent en février 1846, jusqu'à rUtah où ils arrivèrent le 24juillet 1847. Sans perdre de temps, les Mormons explorèrent le pays, labourèrent le sol, construisirent des « adobés » pour les frères qui allaient venir. Attirés par la découverte des mines d'or en Californie, quelques-uns s'enfuirent de ce désert inhospitalier. En vain ils conseillèrent aux Mormons d'abandonner leur projet, leur répétant que le sol aride de l'Utah, resté sans culture pendant des siècles, brûlé durant l'été par une chaleur torride, couvert de neige durant l'hiver, était incapable de rien produire. Brigham Young répondit à ces sollicitations en conseillant à son peuple de rester en Utah, de cultiver le sol, lui promettant qu'à la fin il serait plus riche que les chercheurs d'or. « Ici, dit-il, ici nous allons bâtir le temple de notre Dieu. » Et il bâtit ce temple.

Un demi-siècle suffit, en effet, pour transformer le désert aride en une région ferliie, l'une des plus prospères de l'Union. Le désert se peupla par l'émigration des États de l'Est, grâce à l'établissement du chemin de fer de Ts^ew-York à San Francisco.

Le pays fut irrigué, des puits artésiens creusés dans toute l'étendue du territoire, les mines d'or et d'argent exploitées.

Malgré ces efforts, les Mormons restaient en hostilité avec le reste des habitants de l'Union. On les accusait faussement d'être étrangers, de refuser le serment de fidélité au gouvernement des Étals-Unis. D'horribles serments et de terribles pénalités les forçaient, disait-on, à reconnaître la seule autorité de Brigham Young, et à considérer le « gouvernement dont il était le chef comme supérieur à celui

des Étals-Unis dans les affaires civiles et religieuses >. On les accusait également de s'allier avec les tribus indiennes et d'organiser des bandes qui, sous le nom de Danites ou « Anges destructeurs», appliquaient un système de vol et de meurtre. De nombreux fonctionnaires des États-Unis dans le territoire de TUtah racontèrent un jour que les Mormons avaient détruit toutes les archives des tribunaux, menacé les fonctionnaires des États et que le territoire était en rébellion. Le gouvernement de Washington envoya une division dans l'Utah, sous la conduite du général Johnston pour apaiser la révolte qui n'existait que dans l'imagination des anti-Mormons. Brigham Young eut le courage d'interdire l'entrée de l'armée dans le territoire et en envoya une pour la recevoir. Puis il prépara de nouveau son peuple à la nécessité de l'exil. Mais une « Commission de Paix » déléguée par le gouvernement des États-Unis, reconnut l'inexactitude de ces accusations, et désormais la polygamie demeura le seul grief officiel contre le mor- Hionisme.

Il nous reste donc à étudier la question de la polygamie.

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