‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 58 sur 115 · II. i.,<i-,Gooj^lc · texte numérisé non relu

II. i.,<i-,Gooj^lc

Je me promis de suivre le conseil de H. Portalis et de me rendre compte moi-mSme de l'importance de ces chiffres.

L'heure était venue. ParUs de Santa-Fé pour Gorrîentes, nous décid&mes de nous arrêter dans les domaines de la puissante Compagnie. C'était, sur toute notre route, une alternance continue de forêts et de ca&adas, vastes bas-fonds peuplés de rofteaux qui se dressent dans les dépressions d'eau stagnante. Des mares d'eau fangeuse et verdie s'étalaient à cêté de clairières jonchées d'arbres tombés qui pourrissaient. Parfois un vol de flamants roses planait dans le ciel de saphir au-dessus de la forêt silencieuse. Sur d'immenses espaces sans verdure, des buttes d'aigle, hautes de cinquante centimètres à un mètre soulevaient le soi par milliers, véritables camps de fourmis cbai^euses, fléau de cette région, qu'on nomme ainsi à cause de leur résistance à porter des fardeaux plus lourds qu'elles.

Nous entrons dans le domaine de la Forestal. La forêt recommence, moins aride que celle du Ghaco austral, plus semblable à celle dos rives du Vermejo. On j retrouve le même sous-bois épinetiz, les mêmes dagues et ces poignards dentelés, appelés ici c caraguataï 1, qui conservent à la base de leurs feuilles de petites réserves d'eau, précieuse ressource en temps de sécheresse pour les animaux altérés et même pour les bûcherons*. Au creux des arbres, aux croisements

i On T troiiTft Jiuqa'i 150 gitamtt d'Mo.

i.,<i ■.■Gooj^lc

tu EN ABGENTINB

des brancbes se nichent des pu-asites, orchidées vulgaires aux fines feuilles vert-de-grisées, aux flean jaunes et rouges. Quelques-unes, accrochées aux branches par un fil, invisible de loin, s'appellent < fleurs de l'air > ; d'autres, embroussaillées, pendent comme un énorme cocon ou an nid d'oiseau plcpé de fleurs. Des chars emplis de bois encombrent les chemins défoncés au long descfuets gisent des carcasses blanchies de bœufs et de vaches.

Nous sommes au cœur des < quebrachates >.

Les quebrachos rouges élèvent assez haut leun fûts droits qui portent i leur sommet des branches noueuses et tourmentées. Leurs feuilles petttes,acuniinées et luisantes, ressemblent à celles d'un buts qoi serait épineux. La plupart atteignent de quatre à dix mitres de hauteur, quelques-uns exceptionnellement, vingt et vingt-cinq m&tres.

Qnet Age doivent-ils avoir, s'il est vrai qn'on siècle soit nécessaire pour faire ici un bel arbre? D'autres, plus maigres, ont des troncs cagneux et noueux. Ce sont des quebrachos blancs moins recherchés que les précédents, étant plus difUciles à travailler.

Par un embranchement de la Forestal nous atteignons une zone d'exploitation, au centre de la forél. On veut abattre devant nous l'un de ses plus vieux arbres. Deux bûcherons nous accompagnent près de la victime choisie. Cest un grand quebraciio ani branches ornées d'une fine mousse Terte comme ccOe des chênes de Louisiane.

Je demande son âge. Mille ans au moins, affirment les bûcherons qui n'en savent, d'ailleurs, rien. Hais s'il est vrai que le tronc épaissit seulement de quelques millimèlres pat an et qu'un arbre vieux de

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L'îMJriar, bée émgit cmafamUe, «t WMhl* 4i aèfe» àt raùB, fwB fâaa, fori ie mumntimn 4 fleôn, ^ iBCfâkcs, ^ yÉMafr^èÎM : ^ patit eoù f AB^tlerte, ii^ tf f» 'i il

Je fanrfae, damée aa av <■ latîMc, «M peai de bvHbraB pd aait cl nde, a« loaff n«seu ideaii, «■ ^bkib; jn puMPi rmidÎM s'MMnat par de* giiîu pwwMrta, semis défawa d« l'auMal qai, ea cm d'aOaqae, m caacba sar la doi «t d« su grifiaierreiBflrtaaBadvenùi».OB w rancoatra beancoap daas h ferti, ainsi qoa des î|uu«> at dM Woos. Les peoaes les tant, bwa i tort, dus Mtt» région rangie par les finuinis, car cet uimil B« rit que de ces iosedea qa'il saisit vreo u lugu* longoe de dagoania cântimètrea projetée eoniM aa dard sur sa proie.

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Au total, la vente des bois de la Forestal en Ean^ et aux Ëtats<Unis, pour le râpage et l'eitractioB dn tauiDdequebracho,atteignit,eDl909,333,0O0toiiiiei, alors que le chiffre de l'exportation argentine et paraguayenne se monte i 343,000 tonnes.

Elle fournit d'autre part aux cfaemins de fer argcii' lins une quantité considérable de traverses taiOéei dans les troncs d'urundeys, de gayacs et de quebra* chos. Depuis 1907, l'usage de ces traverses s'est beaucoup développé, et la Forestal a signé récemmeol OB contrat aux termes duquel elle doit en avoir fourni aux compagnies, pour 1913, plus de deux raillions. Pour servir les intérêts de la métallur^e anglais^ les compagnies d'origine britannique essayèrent en ces dernières années de remplacer les traverses de quebracfao par le système des tortues, sortes d'énormes haltères de fer creuses et plates. Mais il (allnt y renoncer. Rien ne peut égaler ce bois admirable, dur comme te fer, et qui, grâce aux sels qu'il contient, est imputrescible. M. Ramallo, directeur des chemins de fer de l'ktat, me disait :

— Les traverses durent aussi longtemps qu'il y a de la place pour y visser les tire-fonds.

On n'en exporte pas encore parce que les exploitations forestières ne sunisent pas A la demande des chemins de fer'locaux qui, au total, construisent 3,â00 kilomètres de roies par an. Dae grande Gom-

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, ii Ta uoMt .. IcilHrdaRE Ae ïrioùàts fi'tm blcE, et qmMt VK Nieim . pig^ae àe djdore |»laM& il y s râfl SHB. lie ^nî»aû Tavcir été dlùer.

fi I là^M, Ti Mrfi 1 Aaïf 1— 1. Jelti Co«ynii»> défais fad^es aaies mill, OMHBte 4ua ta Teste de rednûtlaâfM 4e ^Mhnobo. D m fkllMt 'éomc «âr UcîfMr œ &^e«K prWniU

Jtatn taâm s'anCta i Cildiâqai o4 Mms «liions visilcr Taae 4ec prâctpales usiscs de k Forestd. Tcrat près de b ^ve s*éiêBd m nste cfaaatier couvert de traaa ea ^i— l, de biUes équamas et dt iroRches a^Oées. Sovs la hiwgif j<»chi do broutillfts, de copeaax. d'édtfi de bois lU tantes vieux rOM, nuaves et vMeUet, des peones s'occapent 1 tailler dos crajoas colossaax qni sent des troncs de quebricho rooge.d^MMînês de r^corae et d« l'aubier. Lostaillfterayons gîgaate^es où l'arbre «st ÏDlroduit, arm^ iDlérieuFement de dents aiguisées que l'on aflttte toutes les six heures, broient en tournant te quebracho, le transforment en une sciure granuleuse et en copeaux durs qu'un cbemin sans (în porte i da grandes chaudières remplies d'eau bouillante.

L'infusion se fait de façon méthodique. L'eau chargée de quebracfao passe dans une série da

1. La tixTcne aat Teudoa «u cempiif alu 9 fr. 60. II hudnil ajonlM k u prix nlnl du tnosport «d Eutoh*

DinliîHinvGoO^lc

M m AftGENTlKE

théiires gigantesques ponr se sursaturer de tania. L'ébullition et la distillation continuent jusqu'à ce que soit obtenu un sirop épais, une sorte de caramel qui, refroidi dans des moules, donne des galetta d'une substance cassante, friable, ayant par transparence l'aspect d'un grenat très foncé. L'extrait de lanin ainsi obtenu est exporté sous cette forme en Europe; dissous dans l'eau, il servira à la préparatù» des cuirs.

Les deux cent trente ouvriers employés i l'usine de Gaicfaaqui travaillent joumetleraent 150 toonea de quebracho qui produisent 40 i 50 tonnes d'extrait, ce qui fait une moyenne de 1,300 toaues par mois. lis reçoivent un salaire de 3 piastres par jour.

Il faut trois tonnes de bois valant 20 piastres (45 francs) pour faire une tonne d'extrait. Cette '■ tonne d'extrait revient i 170 piastres papier (382 fr. 50) à l'usine. Il faut en plus compter ose vingtaine de piastres de fret d'ici i Hamboui^*.

Jfe m'informaî auprès du directeur de la fabrique, an Allemand, des raisons du développement r^ide de cette industrie qui date d'hier.

— Le quebracho, me dit-il, a triomphé de ses rivaux à cause de son fort pourcentage en tanin. Vous le savez, il est deux fois plus riche que les chftnes les plus recherchés jusqu'ici. D'autre part, l'arbre entier, tronc et branches, est utilisable, sauf l'aubier, très mince, l'éeorce et les feuilles. Avec les autres essences concurrentes du quebracho, chêne,

1. L*aUr4lt d« qoebracho ae Tsnd 150 tnnt» U toniM portée ea ■orope M aui Stats-Dnii. La moitld «st ?aadaa txix Kuu-Cntf, le mata k l'lllemec<Ut à U Rimi», à la France tutti, culs en petBe fntnllU. L'Anglelem al nulle «d (ont eocore k l'icorce de cbtae.

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U FORESTAL 319

chfllaigaier, bemtocfc, oo ne peut, au contraire, employer que l'écorce.

c Antre avantage : il permet un tannage rapide des cuirs. Autrefois, le tanneur devait être riche ou appuyé par de grosses banques, puisqu'il fallait laisser les cuirs tremper huit ou neuf mois avant de pouvoir les utiliser. Un capital énorme était ainsi immobilisé. Avec le bouillon fort de quebracho les cuirs sont prêts en deux ou trois mois. >

En quittant Galcbaqui, j'eus la vision de l'avenir industriel, qod seulement de cette région, mais encore de toute l'Argentine jusqu'ici presque exclusivement pastorale et agricole. Pourquoi continuerait-elle éternellement i envoyer en Europe et en Amérique ses cuirs, ses laines, son bols et son tanin, quand 11 serait si facile d'ouvrir des Glatures, des tissages, des taoneries et des fabriques de chaussures?

S«int-Ieu) des Sepl-Conrants. — A 300 lieaM de BaaiiM-Aird.

— La nlle de Gorrienlei. — Rnei pittoresques. — Lei fftmmes es manto. — Contrutes. — Rnes tant p&rés. — ËdiQces lomptueuz. — A l'égUso. — Les ffiîlladev. — P»cession publique. — Le Corso. — Ce qui remplace le Iubbour de TïUe. — L* politique i Corrientes. — tUToIotiotnaires pariguajeDS. — Le microbe de l'apathie.

Description de la proTince. — Les lagunes, — Les carpineboa.

— Forêla de palmiers jetai. — Troupeaux d'antrucbea. — Première Tision de la sauterelle. — L'avenir de Corrienlea.

— Un projet de ehemio de fer. — La lagune Ibén.

Corrieotes est cette petite ville que l'on voit vu les cartes, posée, presque au cooOuent du Parana et da Paraguay, comme une sentiaelle. Elle compte de 16 & 18,000 habitants'.

Corrientes fut bâtie au bord de falaises de grès, hautes de sept i huit mètres, formant en cet endroit la rive gauche du Parana qui étale là ses eaux jatinAtres sur une laideur de six kilomètres. Aucune Ue

I . U population de la pro^ce l'iltre i S10,000 haMlanu, M-m.

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n'en rompt la penpedîre. Vm fem plm haat, aa amfluent du Paragn^, il ■*af«a«Bi 4eTÛcl-<ûq kilomètres de large.

Un courant anei fort a nia i U ville s(» aon aujourd'hui abr^ 4e Saa Joaa de Las Side Corrieales, Saint-JeaBdes Sepl-Coaraols. Les lavandières correntiaes vieDooit laver leur linge dans les criques minuscDles de saUe jaone qo'on Jurerait de poussière d'or. Noos sommes près du Paraguay; les femmes ici traTaillent ptos que les hommes. Velues de jupes d'indienne claire et de caracos à l'européenue, les cbeTCux cachés par un madras ou une pointe blanche nouée sous la nuque, elles portent d'une fiére allure, sur leur tête droite, les bassines remplies de linge. D'autres, en théorie, viennent puiser l'eau du Oeuve dans des bidons & pétrole qui serrent ici d'amphores, de seaux, de cruches et de marmites quand ils ne sont pas utilisés pour la cens miction des mors de ranchos.

On a installé sur cette rive un port, ou plutôt un ponton sur pilotis de bois et de fer où manœuvreol trois ou quatre grues. C'est là qu'accostent les bS' teaux de la Compagnie Hihanowitch qui font te hT' vice entre Buenos-Aires et Asuncion du Paraguay, Nous sommes i trois cents lieues de l'estuaire de la Plata. Cependant, des goélettes remontent jusqu'ici et pendant six mois de l'annëe les bateaux calant dnq mètres peuvent toucher le port. Corrientes, située tout prés de la joncUon de la EUvière Vermeille et du Paragnav avec le Parana, jouit donc d'une situation remarquable dont elle a, malheureusement pour elle, peu proûté jusqu'ici.

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Efl ARCENTINE

La Tille a da caraet&re. Elle H vaDte« d'aillears, { d'être plus Bncieane qne Buenos-Aires*. On vmt bien ' quelques Alégantes maisons modernes à nn éUge; mus en face subsistent des masures d'il y a cent ans, qui étaient k cette époque des demeures de riches. Je | les trouve charmaates, ces petites maisons correatines sans étages, dont les fenêtres sont de amples rectangles sans ornemeul protégés par des grilles de fer rouillé, et dont la façade est précédée d'une galerie à auvent de tulles soutenu par des piliers t>olteui de briques badigeonnées en bleu ou en vert, on de : bois brut. '

Les maisons plus modernes, à simple res-de-diaussée comme tes autres, aux façades avivées de rose, s'écaillent aux coups deoaune du passant qui mettent à nu la terre grise des murs. Dans la rue sans pavé grouillent des enfants nu-pieds et sales. An fond des corridors étroits s'aperçoivent des parterres de fleuri snperbes : l;s, arums, bégonias géants, arbres fleorii de grappes violettes, jaunes, rouges.

Sur le chemin de la gare lointaine on me montre une immense caserne, à l'aspect de ch&teau-fort, avec donjons, tours, créneaux et meurtrières. Des haies bordent les larges voies i peine tracées et sans maisons, des haies réjouies de âeurs éclatantes. Le jardin de la station déborde de fleurs, d'arbùstei

1. A ton : 14 fondation déQnillTa d« Bdeooa-Alrw, p«r Jeu 0»- MT, data de 1680. Sa preraien fondetloa pu Pedro de r ' 4a(a de lUS, celle de CorrieiUei de 1588.

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CORRlfiNTBS Sn

fleuris, «brités pir des eacalyptos, d» timboa aux grappes bleues, des paraïaos à la fleur Ulas. Tout près, s'élère une eoloooe commémorative surmontée d'une croix. C'est là que les Espagnols débarqués en 1588 se rendirent maîtres des tribus guaraujet et fondèrent Corrientes.

Je me irotna A six heures da matîD dans la me, et j'entends des coqs cbanter-, une dièrre blandie broute de riieritw sur le bord des trottoirs de terre, des cbevan sellés attendent au seuil des portes; il passe quelques ganchos aa galopa leurs ponchos bruns et leurs foulards bleus et roses flottant an vent; uae jeune fille balaie, déjà coiffée comme pour un bid. Des femmes, leur voile noir serrant leur tète brune, un Ivériaire appuyé contre leur poitrine, vont h l'église; une Tieille métisse assise sur un escabeau, au seuil de sa maison, boit son maté. Les almacmes s'oonent, les commis aguichent les bonnes qui passent, chevelures peignées et calamistrées. Plus lois, des femmes i efaevat, la tète ceinte d'un madras ronge ei le buste enveloppé de cbfiles.

Lb place principale on Place du 25-de-Hai toute neuve, est ornée de la statue du général San Hartta caract^nt, posée sur un socle de pierres des Andae. Autour du quadrilatère s'élèvent les monuments officiels : police, gouvernement, tribunal, cathédrale & frontons, à colonnes corinthiennes, A escaliers de marbre, voisinant avec des malsons basses, presque des masures. Gomme dans toutes tes ville» argenttaWt

ogie

ton d'or. A c6té de ces exc«Qtrieitâs, des toilettes di bon goût, en majorité. Les dames et les jeunes fiUcs marchent sur l'un des trottoirs, les cailloux ronds de la chaussée offensant les pieds cambrés. De l'aatn côté, les jeunes messieurs, tËte nue, ne les perdwt pas de l'œil. Tout le long du chemin, malgré la rapi* dite de ia marche, car les processions ont toBJoun l'air pressé de rentrer, les jeunes gens lancent des œillades aux jeunes fîlles qui s'éventent arec grâce. Les gens du peuple suivent le cortège en désordre. Imaginez le soleil baignant tout cela, faisant éclater ' les vives couleurs des robes, dorant les jolies figures de cuivre des femmes anx cheveux sombres, encadrées d'un voile noir.

A cinq heures, a lieu le Corso autour de la place du 25-Mai. Des voitures de maîtres et des fiacres en font indéQnimeot le tour. Elle est pourtant parée de cailloux ronds qui font terriblement danser les ressorts. Aujourd'hui, le Corso se trouve enrichi de trois officiers, dans un break conduit par un nègre.

Les hommes et les jeunes gens plantés sur le bord des trottoirs, regardent passer les femmes souriantes et fardées. A Buenos-Aires, les femmes, sitôt qu'elles se trouvent dehors, ont l'air grave ou même triste. Cette impression, cent fois vérifiée, est frappante. Dans la province, au contraire, et c'est li leur diarme, elles se laissent aller simplement au plaisir d'être admirées et de se savoir belles, et elles sourieut, ce qui double leur attrait.

Quand le soir va tomber, les globes électriques

s'allument et enveloppent d'un pastel de rêve les toilettes claira; des jeunes promeneuses. Sur un des c6tés du carré de la place, dans l'église toute grande o uverte, ébloaissante de lumière, on aperçoit des moines.

Le soir, à neuf heures, on ne voit plus personne dans les rues très éclairées ; quelques portes s'ouvrent sur des patios et des jardins, des lampes illuminent les corridors, on se croirait devant des maisons arabes. Des sons de pianos vous arrivent; pas de chant.

11 est dix heures du soir, je me coucha. Je suis & peine au lit qu'une pétarade effroyable retentit dans la rue, comme cent coups de winchester qui partiraient en désordre. Je me lève et m'informe, un peu animé. Vais-je assister à une révoluliou 7 Ce n'est rien. Cette canonnade remplace le tambour de ville et a pour but, en Taisant sortir tes gens de chez eai, de leur apprendre que le concours de tir du lendemain est remis.

Corrientes, peut-être k cause des qualités —ou des

défauts — de ses babitants, n'a pas prospéré beaucoup jusqu'ici. Elle devrait travailler davantage. Mais chacun y vit, plus ou moins, de l'admiDistration, et se satisfait de cela*. Resistencia et Barranqueras, qui sont des bourgs nouveaux situés en face, sur l'autre rive du Parana, menacent de grandir plus

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vite; mais je crois & l'avenir de Gorrientes. Elle profitera bientôt des chemins de fer du Ghaco. Et il se | passera là, comme à Tueuman, à Salla, k Jqjay. ce : qui se passe dans la province de Buenos-Aires : les Maires, la prospérité donneront une autre direelioa | aux activités locales, et la politique ne tiendra que Is second ranp. Autrefois, dans Gorrientes, une rév(JatioD éclatait tous les deux ou trois mois; on tirait des coups de fusil, on réquisitionnait les chevaux, on mangeait les vaches des estancieros en disant : c C'est pour le salut de la patrie >. Hais la mode n'j est plus. Toil& trois ans que les révolutionnaires se reposent.

Le résultat de celte sieste prolongée, c'est qn'nne scierie mécanique fonctionne, qu'un moulin de yerba I maté fait de très bonnes affaires, et qu'on parie d'installer un saladero* et une fabrique d'extrait de viande.

Toute l'énergie des Gorrentinos se concentre dans leur humeur belliqueuse. Ils passent pour susceptibles et pleins d'honneur. Le sang des Indiens guerriers persiste en eux : ils se battent c pour de vrai > quand ils se battent, paralt-il. Aussi, aux périodes de troubles politiques, quelqu'un m'assure qu'on craint i BuenoS'Aires les révolutionnaires de Gorrientes. Mais les avis sont partagés sur ce point, à Gorrientes même.

Toujours est-il que c'est ici que se fomentent ets'organisent les révolutions du Paraguay, séparé seule-, ment de laproviace parle fleuveParana. Les exilés, les

( victimes » du dernier coup d'Étal viennent conspirer, cherctier des armes, et correspondre avecleurs aftîdés. (In soir, h dîner, au Café de Buenos-Aires, qui se trouve ëLre le meilleur restaurant et le seul caSé de Corrientes, on me montra dans un coin, accoudés sur une table, des gens discutant avec une passion grave et des gestes violents. Quand les garçons s'approchaient, la conversation s'arrêtait. Je demandai :

— Comment savez-voos que ce sont des conspirateurs?

— Ce sont des Paraguayens.

Le lendemain je lisais dans les journaux que c la pondre a parlé & Huroaïta ■ et que des coups de fusil ont éclaté à Assomption. Cela veut dire que quelques centaines d'habitants désirent ardemment que le gouvernement change de mains.

— Le grand microbe à fuir ici pour l'Européen, me disait un compatriote *, c'est le microbe de l'apathie. En décembre, janvier et février, nous jouissons de 37 à 40 degrés. Si on se laisse aller & la paresse on est perdu.

E^ il me cite le cas d'un rude Savoyard, arrivé plein d'âpre ardeur et d'activité, qui lutta pendant quelques années contre le microbe, puis renonça. Aujourd'hui, rien ne le distingue plus des indigènes

1. On m'usaro qull j ■ B.OOO F»nt«ia ijaiis la proTince et quo iK premlËre éRileratlon tnnc«lse en Ai^eotlne colonba dans CorrJttDtas Ten 1840. Dea dodu français s'y relèTeQt,'-«D effet : Cufr n»»*, DelDi, Baidoui, Bstoupar, CaussaL

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330 EN ARGENTISE

SOUS I« rapport du relâchement et de rtndolence.

— Moi, je luUe encore, ajonla-tril. Par tous kt temps, jusqu'au plus fort de t'élé, je fais plusieurs kilomètres à pied chaque jour. Ainsi je conserre mon énei^e et ma volonlé première, car l'éuei^e et la volonté constituent la seule supériorité da Européens dans ces régions.

En effet, les < iils du pays >, métis d'indiens gutraais et d'Espagnols, les mêmes que ceux des Hissions et du Paraguay, sont intelligenls et adroits. On peut les mettre à n'importe quelle besogne. Lear paresse seule les empêcha jusqu'ici de progresser, et aussi leur mépris pour l'argent et la propriété de la terre.

J'ai traversé la province de Gorrientes de bout a bout. C'est, au nord, une grande plaine basse, sablonneuse, extrêmement fertile, mais par endrmts semée de bas-fonds, de ca&adas, de forêts et de bras de palmiers. Deux grandes lagunes, l'Ibéra et la Haloya, situées au nord-est de la province sont le type des dépressions marécageuses qui abondent ea cette région. Elles occupent plusieurs centaines de lieues carrées, donnant naissance k d'importantes rivières comme le Rio Gorrientes, ou à des cours d'eau temporaires, élevant ou abaissant leurs eam selon l'importance des pluies et des crues du Bant- Parana qui, par infiltration, influe sur leur régime.

Longtemps impénétrables, pleines de mystère pour les gens du pays qui n'osaient s'y aventurer, ta disait ces régions de lagunes peuplées de tribus

GORRIENTES 3SI

indiennes saoTages. En réalité, elles soot abandonnées à (oute la Tanne et la flore aquatique qui pullulent jusque sur leurs rives, d'une merveilleas* fertilité quand l'eau se retire. , Des lagunes de moindre importance, mais de régime analogue, s'éparpillent dans tout !e nord de Corrientes. Elles débordent pendant la saison des ploies, envahissant les terrains bas d'alentour, et se tarissent ensuite, privant d'eau le bétail dans les années particulièrement sèches.

Entre ces nappes d'eau s'étendent de riches prairies naturelles, des bois et des forêts. Point de cultures, ou à peine.

En quittant la capitale, on trouve des champs d'orangers, quelques p&turages marécageux, mêlés da joncs od broutent des chevaux et des vaches.

La sécheresse fut terrible cette année. Il ne pleut que depuis un mois à peine et d'immenses troupeaux sont perdus. Les squelettes d'animaux, restés dans la même position qu'ils prirent pour mourir, gisent au bord d'un fossé. Voici les carcasses d'une vache et de son veau qui durent se traîner jusqu'à ce trou où ils avaient coutume de boire, et y mourir da soif. Des létes de bœufs séchées plantées au bout de longs bâtons servent d'épouvantail autour des champs d'orangers entourés de cactus aux fleurs rouges dont les feuilles dentelées sont des scies. Des milans planent au-dessus de ces restes. Pas de maisons. Quelque chaumière, de temps à autre. Des perrncbes d'un vert brillant passent en bandes dans le âel pur.

 Empedrado, les champs d'orangers se multiplient; la terre, jusqu'ici sablonneuse, devient ronr

Cookie

33S EN AHGENTIHE

comme l'ocre, le pays est plus peuplé, la voie s'égaye de quelques maisons et de cabanes; puis le terrain sabloaneux recommence, couvert de cadavres de bêtes et soulevé par les Tourmilière?.

Le haut feuillage de palmiers se mire au bord de grandes mares avoisinaDt les lagunes. Aa passage du traÏD, trois carpinchos* sortent de l'eau. Leur; corps ressemble à celui d'un cochon aux poils raidis ^ et gris. Ils ont un museau d'Ane un peu aplati, de toutes petites oreilles, tes pattes courtes et palmées. On dirait des rats colossaux qui auraient un mufle au lieu d'un museau pointu et pas de queue. Tout à fait inoffensifs, d'ailleurs. J'en vis chez un estanciero du pays, qui vivaient dans la basse^our, étonnamment doux et caressants, mais si laids et si disgracieux que, tout en se reprochant son antipathie, on ne pouvait ta surmonter. Tous avet sûrement rencontré de ces 6tres-là dans la vie. Aux bords du Parana et des grandes lagunes du Nord-Est, les carpinchos sont la proie des caïmans qui y pullulent.

Des tortues longues de quarante à cinquante centimètres se chaufTent au soleil au milieu d^lols de verdure que parent les tiges raides des arums et les coupes blanches des nénuphars. Sur une de ces lagunes j'aperçois, serrées les unes contre les autres, les grandes tourtières des Victoria Rigia, larges d'un mètre. Un peu plus au sud, vers San-Dî^o, apparaissent des Torèts de palmiers yataî et carondays, qui s'étendent des deux côtés de la voie; les irbres serrés ne laissent pousser à leurs pieds qu'as azon court. Des bœufs, des moutons, des porcs.

DoiiîHihvGooj^lc

paissent dans ces t palmarès >. Aa tronc des palmiers yataT, des incisions analogues i celles de nos pins, dans leis Landes, laissent couler un suc qui, fermenté, donne un yin savoureux. Les fûts des caroodays, très durs, Tendus par le milieu, remplacent, pour les toitures, les tuiles convexes.

Des marécages encore, où toutes les variétés possibles d'échassiers sa désaltèrent ou se baignent, hérons, grues, ibis, flamants roses, cigognes, poules d'eau, aigrelles, canards sauvages. Au-dessus des cadavres de chevaux et de vaches, les uns dépouillés, les autres ayant encore leur peau, tournoient des carranehos qui, tout i coup, s'abattent sur les inteslins des bétes nouvellement morles ou sur les charc^nes dont ils achèvent les dépouilles.

Quand nous approchons de Mercedes, les prés sont plus secs, des milliers de moutons paissent dans le campo, chargés d'une laine qui pend et ballotte sur leurs flancs.

Nous voici au sud de la province, r^on fertile, depuis longtemps exploitée, riche en belles estancias d'élevage et d'agriculture. Le terrain est ici plus élevé qu'au nord. Les lagunes disparaissent. Les prés verts, les luiernières, les vergers couverts d'arbres et de fleurs témoignent d'une population active et industrieuse. L'herbe des prairies est excellente et la terre s'y vend jusqu'à iSO francs l'hectare*.

Mercedes, Curuzu-Cuatia, Monte-Caseros sont les centres lainiers de la province. Là aboutissent les chars immenses traînés par seize boeufs, bour-

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tu EN ABGEHTINE

rés de la laine de 3 millions et demi de montons*.

Vers HoDie-Caseros des troupeaux d'antrudiei s'ébattent dans le campo. Un peu plus loin, nous bisons connaissance avec tes sauterelles, ces fimenseï langostas, auxquelles on feit tant la guerre. Dei légions se sont posées sur la terre, qui en esldereDoe noire. D'autres volent dans l'azur comme une neige grise et miroitante très dense qui, au lieu de toml)ër du ciel, monterait de la terre, ou bien elles tourt>illonnent au-dessus des arbres ainsi que des milliards de feuilles sèches au rent d'automne. D y en a partout, accrochées aux murs, sur les toits des maisons, sur les fils et les poteaux télégraphiques, les postes et les Gis de fer des alambrados.

Elles s'enfouissent aux interstices des fenilles des palmiers qu'elles font ployer jusqu'à les briser, pullulent aux troncs des arbres comme des pucerons sur une tige de rosier. Longues de sept & huit centiraètros, elles ont \me robe mordorée à reflets vert et or, d'épaisses mandibules et des pattes garnies de piquants. Un bruit sec, comme celui d'un déclic, accompagne leur vol.

Demain, là où elles se posèrent, rien ne subsistera de la végétation ; les gazons seront tondus jusqu'à la racine. Il ne restera aux arbres que les pétioles des feuilles, trop durs pour être mangés.

L'année sera mauvaise pour la province. La sécheresse et la sauterelle, ces deux plaies en même temps, c'est beaucoup. Hais les terres sont si étendues, le bétail qui a coûté si peu à produire coûte si peu t

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