LES RUINES DSS HISSIONS JÉSUITES
Alstcien vena en Ai^entine il ; a vingt-cinq ans» père de huit enfanls. Sa femme, épuisée par ses maternitéfl, rendue lourde par l'abus de la quinine, était là, te front bandé d'un mouchoir mouillé, l'air résigné et souffreteux. L'homme, d'aspect doux, triste et sérieux, prépara lui-même nos chambres. Ce f^t bien simple. Il dressa deux cadres de bois oi!i il posa un matelas et une couverture. Comme il n'y avait qu'un seul oreiller disponible, il prît dans sa boutique une pièce d'ëtolFe qu'il enveloppa, et qui fut mon traversin. Pas de fenèlre. Une table de bois, une cuvette de fer émaillé. Et nous fttmes encore bien contents.
Le lendemain, M. Allain que nous avions fait prévenir de notre arrivée, vint aimablement nous chercher en carriole attelée de quatre petits chevaux poussifs, pour nous conduire à ses plantations.
Nous traversâmes une route de sable rouge défoncée, bordée de forâts à demi défrichées. Paysage charmant, aux vallonnements modérés et gracieux mais d'une couleur violente : contraste entre la teinte rouge de la terre, l'ardente verdure des lignes boisées et le bien radieux du ciel.
Les Jésuites, qui s'y connaissaient, avaient apprécié le charme de ce lieu. Chassés do Brésil, ils nnrent ici fonder une colonie, dont les vestiges restent visibles. A mi-chemin du port et du village, on débouche sur une grande place carrée, toute couverte de gazon et d'arbres qui poussent au hasard. Au milieu, dans un cimetière de quelques mètres entoui^ de pieux et de fils de fer, de petites croix de bois s'ornent de bouts de calicot de couleur et de Senrs en papier.
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Sur le cftté droit de la place, une ruine magnifique. A demi rougâ, s'élève le portail de l'église an piliers décorés d'une sorte de feuille d'acanthe sîbplifiée ou peut-être de feuilles de vigne. A deux m trois mètres du sol, un ûguier sauvage a pris raciiK, entre les pierres. Une plaque sculptée porte les annes des Jésuites. A droite, sur un mur de grès rouge, m < ange, en demi-relief, déploie ses ailes. Derrière ce frontispice, plus rien. Les scolopendres, les j^iil»dendrons, les fougères, les cactus, les capillaires et les verveines ont pris possession du lien. Le dallage de la nef a disparu. Des herbes et des arbustes, dits orangers haut montés, avec leurs fruits éclataots, et des figuiers sauvages, élèvent leurs troncs nooeai dans un désordre agreste, comme en un TCffer abandonné. Dne porte latérale subsiste encore avec son cintre et ses colonnes frustes ornées d'enroolsments de feuilles de vigne, de vrilles et de grappes, et de tètes d'anges travaillées dans la pierre. G*«t naïf, mais gracieux, et d'un joli eSet décoratif.
Dans la disposition des pierres qui subsistent, 3 est aisé de reconnaître le dessin d'un cloître qui fat adjacent à l'église, et de six cellules alignées cAiel c6te, à l'abri d'un auvent que soutenaient des pilien. On devine parfaitement quel fiit le plan de la viUs, aux vestiges de pierre qui, déplace en place, indiquent d'anciennes rues, aux soubassements visibles encore qui soutenaient les galeries couvertes et les maisoas des Indiens. Hais une forêt d'orangers emprisonne les moellons de grès rouge et leur fait un décor itidieux. A leurs pieds, des orties gigantesques ont l'air de les défendre. L^rues, les places, les maison font partie de la forit resplendissante. Des pienvt