‹ En Asie Mineure: La Turquie du GhaziChapitre 20 sur 21 · CIMETIÈRE TURC · texte numérisé non relu

CIMETIÈRE TURC

adopte notre civilisation de cette manière foudroyante qui fut toujours la manière turque.

Mustapha Kémal a beau admirer l'Europe et les généraux de l'Europe, ce n'est pas elle, ce ne sont pas eux qui lui ont dicté sa guerre. Ce sont « les rapports nécessaires » dérivant de la nature de son pays, de son peuple, de lui-même. Ce furent sa foi et son amour.

L'expérience contemporaine atteste que, plus les élites perfectionnent leur civilisatioa, plus elles s'éprennent de leur passé, témoignent du respect à toutes les reliques épargnées, vénèrent les monuments anciens, recueillent le moindre indice de la vie d'autrefois, jusqu'aux légendes mêmes, ne laissant rien perdre du folklore de leur pays — comme ces hommes parvenus à l'âge mûr et qui se penchent vers les temps révolus pour tâcher de surprendre l'âme inconnue et véritable que laissait affleurer leur enfance.

La Turquie, dans sa fièvre de renouvellement, sa hâte de bannir les rappels de l'époque ottomane, et, tout absorbée par l'œuvre formidable d'instaurer son avenir, ne prise pas encore une part, précieuse entre toutes, de son patrimoine. Elle laisse abattre d'antiques murailles et tomber en ruines des édifices sacrés.

Citadelles millénaires portant inscrites à vos façades des pages de son histoire; tombeaux,

mosquées, minarets découronnés, dont les guirlandes de faïence s effeuillent chaque jour... vieux hans hospitaliers qui voyez dérober vos pierres pour construire une chaussée, que de fois j'ai déploré Findifférence que Ton vous marque et gémi tout bas sur votre misère ! On vous regarde comme les symboles de l'oppression, alors que vous êtes chargés de l'amour des générations disparues. On oublie que c'est a l'histoire que vous appartenez désormais : grâce à vous, cette nation déchiffrerait un jo^ir quelque chose de son mystère.

Mais le moment viendra, sans doute, où la Turquie se cherchera elle-même en interrogeant les siècles passés. Qu'il ne tarde pas trop pour que leurs témoins durent encore ! « On ne peut pas refaire ce qui a été détruit », disait Ismet Pacha.

Peut-on s'étonner que la Turquie d'aujourd'hui ne s'intéresse qu'à l'heure actuelle et aux promesses que demain tient en réserve? Elle est si jeune encore ! De toute son ardeur elle regarde en avant, elle appelle son destin. De toute sa foi ingénue, elle demande à l'Occident d(^s conseils, des modèles et des codes.

Cependant, elle est trop avertie pour ne pas connaître l'envers brutal de nos civilisations, elle a vu trop de choses. Elle sait le rôle que joue

Targent dans les combinaisons occidentales. Elle a institué dans sa maison toute neuve des habitudes de simplicité qui rejoig'nent la bonhomie des anciennes mœurs turques. Sans doute est-elle déjà consciente que certaines étapes indésirables de notre civilisation peuvent lui être épargnées, à condition qu'elle suive ses propres chemins. Serait-il indispensable qu'elle passât oii nous avons passé ?

Le vent des hauts plateaux d'Anatolie est chargé de force vivifiante. Dans les petites mai» soQS de torchis, dans les villages lointains, qui ne sont pas encore des villages modèles, les paysans se transmettent la culture du caractère, îls ont su répondre à Tappel de leurs chefs; ils ont sauvé la Turquie. Ils continueront de la sauver.

Fin

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