AVANT-PROPOS
S'il est au monde une contrée qui ait à travers les âges conservé un charme et une saveur tout particuliers, c'est sans conteste la Birmanie. Siluéo un peu en dehors des grandes routes tracées par les conquérants et de celles suivies à l'heure présente par les voyageurs, elle n'est encore que relativement peu connue. Beaucoup de gens ignorent môme, on peut dire, sa situation géographique. Beaucoup de ceux qui croient connaître cette région n'ont généralement qu'une idée fort sommaire de tout l'intérêt qu'elle présente.
La nature a suffisamment doté la Birmanie pour quelle sollicite le touriste amateur de beautés pittoresques. La réputation de ses mystérieuses forêts, hantées encore par les grands fauves et par des troupes nombreuses d'éléphant sauvages, n'est plus à faire. Son système simple hydrographique évoque le souvenir de la vieille terre des Pharaons. Le grand lleuve de l'Irraouaddy a plus d'une analogie avec le Nil, et comme ce dernier, c'est un de ces beaux chemins ([ui marchent... Nous ne saurions, pour notre part, oublier les journées consacrées à la visite de ces rives que nous voyions défiler sans lassitude sous nos yeux émerveillés. Le spectacle de cette grande artère vitale de la Birmanie, sur laquelle sont venus s'échelonner villes et villages, est des plus pittoresques et variés.
Mais le signe distinctif du pays, c'est la quantil('' prodigieuse... incroyable, de pagodes et de monastères qui bien souvent, pour ne pas ilire presque toujours, les escortent. A ce point de vue, larehéologue et l'artiste ne sauront souvent où regarder, tant il y a parfois accumulation de ces mer\eilles inspirées par la piété envers Bouddha, le grand l'élormatciir cl inorali>ateur. Lf nombre de ces
8 EN lURMANIE
('•(lilico |tlii> Mil iiidiii^ iniporlauls csl iiioui. D'une forme coiiiciuo ^('néraUMiienl, ils n"eii |»i('seulen( pas luoiiis heaucoiip irinlérèl, d'aulanl plus (m'elle n'est pas altsohinienl iileMlitiue el ollVe des disposilions spéciales.
Si le plan, au poiul de \ ne areliileclural, est sonvenl |)en dillV'reiil, la décoraliiiu el {"(Uiienienlalidn jouenl un rôle considi-raMe dans ces hi/.ai'res ('dilices, lionl aucun de nos nionunienls nn)dei'nos ne saurail donner une idée. Que do nu'iveilleux travaux de patience, auxquels ont été consaciées de nombreuses existences humaines, sont ainsi accumulés! 11 y a là de véritables cliefslienvre. On peut voir- des sculptures délicieuses où les ornements et les lij;iires ^'entremêlent j;racieusemenl... Mais il est inutile d'insister sur ce sujet. Le lecteur pourra tout à l'heure juger par lui-même toutes ces richesses en suivant ré'lude (jui va être laite, non de toutes (car une existence humaine ne sui'lirail pas à les décrire^ mais des plus inléressantes pagodes hirmanes.
De nuMue que ces temples ont, on pourrait dire, un air de famille, les couvents ou monastères, innombrables également, se ressemblent par l'aspect extérieur. Leur plan aussi varie peu. Tandis que les pagodes sont couronnées par des sortes de dômes élancés en l'orme de j)ain de sucre, de clochette ou encore d'éteignoir renversé, comme l'on voudra, les monastères sont coilïés de llèches à étages superposés qui s'inspirent de l'art chinois, comme la décoration des toitures et des portes. Ce qui distingue spécialement ces deux catégories de nioiiuinenls c'est le mode de construction ; les pagodes sont presque toujours en maçonnerie ou en pierres et surtout en briques recouvertes d'un enduit habituellement passé à la chaux ou quelquefois dore, tandis que les couvents sont en bois. Le teck employé pour cet usage est d'une belle couleur qui fonce vers le l'ouge en vieillissant el (juc Ion dore également parfois. Aussi l'aspect de ces édilices avec leurs llèches et leurs toits pointus, tout décorés de fi'êles ornements qui se découpent avec délicatesse sur le ciel, est-il du plus gracieux ctïet.
Si, comme l'on peut le soupçonner, la Birmanie est déjà attrayante par ses sites naturels et ses moiiumenls, elle ne l'est i)as moins au point de vue ethnographi(jue, comme on le verra aussi plus loin. (Jue de passionnantes études de mœurs à noter pour un érudit et que d'intéressantes observations à faii'c pour le plus modeste touriste!... Nous sommes en face d'une race simple, aux nueurs douces et poétiques. Dans un pays où l'on coulai! jadis îles joui's heureux sous l'autorité débonnaire des anciens rois, dont le dernier descendant a été dépossédé par la conquérante Angleterre, comme l'on sait. Il faut entendre parler les rares Européens, aventuriers si l'on veut, (|ue leur humeur vagabonde avait jetés dans ce pays à l'écail. A re\eni|ile de leurs devanciers aux Indes, ils étaient venus chercher la fortune ou tout au moins une situation à la cour de ces rois que n'avaient pas atteinte les exagérations et les lurj)itndes d'une civilisation liop développée et malsaine. Nos oreilles tintent encore des récits imagés de ces chercheurs d'aventures nous dépeignant ce pays enchanteur comme un
séjour de délices où l'on menait une vie simple aux mœurs faciles... Aussi sontils les premiers à se récrier contre l'occupation anjjlaise qui est venue jeter ainsi le trouble dans leur paisible existence. Non, l'île de Cythère ne saurait plus être aujourd'hui, si ce n'est, prétendent encore certains marins, dans quelque île
perdue de l'archipel polynésien
Avant de nous lancer dans l'intérieur du pays dont quelques vues de paysages et monuments, récoltées chemin faisant, compléteront la description, qu'il nous soit permis d'esquisser une vue d'ensemble de la Birmanie en rappelant sommairement sa situation géographique, ses systèmes orographique et hydrographique, en donnant quelques indications élémentaires au point de vue ethnographique, enfin, en ajoutant sur son histoire quelques lignes qui nous semblent être un complément instructif presque indispensable en pareille matière.