I AVANT-PROPOS
ni ses traditions. L'absolu d'un tel anéantissement a comme un reflet de sombre poésie, et réveille le souvenir de la prophétie terrible : a là où passera le cheval d'Omar, l'herbe ne croîtra plus ».
Une chose pourtant resta aux Bulgares : la religion ; mais cette relique d'un patrimoine perdu ne fit que leur susciter un ennemi de plus : le clergé phanariote. Tandis que les Turcs s'emparaient de la propriété des terres et de Padministration du pays, les prélats grecs, maîtres à l'église et dans l'école, travaillaient à l'hellénisation de leurs ouailles en s'acharnant à la destruction des manuscrits. C'est ce qui explique que de nos jours, sauf quelques livres religieux, quelques ouvrages de philosophie et de poésie, quelques traductions d'auteurs grecs et latins, conservées dans les musées slaves, nous ne possédons plus de monuments littéraires de l'ancienne civilisation bulgare. C'est ce qui explique aussi comment cette civilisation a pu être contestée, et pourquoi le nom de Bulgare demeure, pour bon nombre d'Occidentaux, le synonyme de barbare.