CHAPITRE PREMIER
Préface. — Histoire d'un engagement. — Vivre avec les Dieux. — La mobilisation à Marseille. — Les Italiens. — Un gendarme. — Wessman et Poiret, légionnaires.
Réunis en campagne , sous le coup direct des événements, sans aucun souci littéraire, ces récits n'ont d^aulre prétention que de pouvoir servir, un jour, à écrire Thistoire des Volontaires étrangers.
Puissent les Légionnaires — et leurs frères des bataillons français — éprouver quelque émotion à la lecture de ces pages. Puissent-elles, aussi, contribuer à leur faire garder, bien vivant dans le cœur, le souvenir des chefs et des camarades qui, le 9 mai et le 16 juin, en Artois, sont tombés à Tassant, dans la farouche clameur de la charge d*où sortaient les cris de frange bt légion !
La guerre déclarée, Richard Grant s'en fut au bureau de recrutement de la Place de Marseille.
— Je suis Anglais, — dit-il à Tofficier qui le reçut, — et je désire prendre du service dans Tarmée française.
C'est là tout ce qu'il put prononcer du discours qu^ii avait préparé pour expliquer sa situation et ses sentiments. Le capitaine, qui avait figure de brave homme et portait un uniforme démodé, considéra Grant :
— Vous êtes étranger? — lui répondit-il. — Si vous voulez vous engager, vous avez « la Légion »... et rengagement est de cinq ans.
Devant la mine dépitée du jeune homme, il reprit :
— Mais, puisque vous êtes Anglais, pourquoi ne serviriez- vous pas dans l'armée anglaise ? l'Angleterre va marcher, mon ami! Elle marchera sûrement !
— Mon Dieu, — expliqua Grant, — mon père était Anglais ; mais ma mère est Française ; je suis né à Marseille ; j*y ai été élevé ; j^aî épousé une Française... et mes enfants sont Français,
Jamais il n'avait autant parlé de sa famille ! Le capitaine demanda :
— Vous avez des enfants ?
— Trois.
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— Quel âge avez- vous donc?
— Trente-sept ans.
— Très bien!... Mais vous n'avez que la Légion... et rengagement est de cinq ans.
Sa façon d'insister sur ces derniers mots signifiait nettement : « Réfléchissez avant de vous lancer dans une telle aventure ! » Ensuite, il rassembla des papiers disséminés devant lui.
Grant comprit qu'il n^y avait pas lieu de prolonger Tentretien. II remercia Tofficier et sortit, répétant en lui-même : « La Légion ! et pour cinq ans ! » — Il avait la mort dans l'âme.
Jusqu'à ce jour, il s'était contenté d^être un artiste, et de vivre, loin de tout trafic humain, « avec les Dieux ! » Brusquement, il s'apercevait qu'il avait des comptes à rendre aux hommes \^.^ qu'il avait, comme le premier passant venu, une femme et des enfants ; qu'il appartenait à une nationalité et relevait d'un ambassadeur ; et que, pour continuer à habiter dans la ville où il était né et qu'il n'avait jamais quittée, il devait, comme l'en priaient de grandes affiches blanches collées contre les murs, aller faire une déclaration d'étranger au commissariat de police de son quartier et obtenir, ainsi, un « permis de séjour » pour lui et les siens,
Jamais Texistonce ne lui avait semblé plus maussade et compliquée. Il maudit le coup de tête qui lui avait fait refuser, à sa majorité.
la qualité de Français. 11 fut sur le point de retourner au recrutement, afin de demander quelles étaient les formalités nécessaires pour signer un engagement de cinq ans à la Légioû Étrangère.
Une édition spéciale des journaux annonçait que l'Angleterre déclarait la guerre à TAUemagne. Grant se ressaisit alors. « Si je ne peux servir en France, j^endosserai l'uniforme kaki », se dit-il.
Cette solution ne le satisfit point. La qualité des liens qui l'attachaient à la France se révélait à lui. Ce fut une sensation physique, violente comme un coup bien frappé. Il mur-, mura : « La France ! » Et, sans qu'il sût pourquoi, des larmes montèrent à ses yeux. 11 eut la certitude que rien n'existait plus de ce qui avait été sa vie ; qu'une seule chose importait : la guerre ; que les hommes n'avaient plus qu'une seule raison d'exister : se battre ! Une voix s'éleva en lui qui disait : « La plume aussi est une arme ! Ton arme véritable ! »
Mais d'autres voix plus persuasives répondirent: « Non ! » Richard Grant était vigoureux. 11 avait gardé, de sa jeunesse sportive, des muscles solides. Quelle belle occasion de les faire travailler I Un contentement animal l'exaltait. Comme des verres de vin, bus d'un trait et de suite, des pensées fortes et rapides dépo-
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\daient leur alcool dans sa cervelle. Il marchait vite et droit devant lui, mais comme dans nn tourbillon, guidé par une idée fixe : faire son devoir ! Ce mot le fit sourire. Ce n'était point par devoir qu'il agirait, mais par plaisir ! La guerre ! Quelle épopée ! Quel déchaînement de lyrique énergie ! Comme il s'était toujours appliqué à mêler étroitement Fart et la vie, il s'animait en se persuadant que c'était bien aussi pour la défense de Rabelais et de Ronsard, pour le triomphe de la civilisation de Tolivier et de la vigne, que les armées montaient aux frontières.
Des sonneries de clairons interrompirent le déroulement de ses pensées. Il se trouva îu l'extrémité de la rue Noailles. Une foule im-^ mense et surexcitée se pressait entre les maisons pavoisées. Sur la chaussée, précédé par un orchestre et des drapeaux, s'avançait un cortège : c'étaient des Italiens. Richard les suivit. Us déposèrent des couronnes et des palmes devant le monument érigé en l'honneur des combattants de 70. Des orateurs prononcèrent des discours. Ces harangues affirmaient que l'Italie, sous peu, se rangerait aux côtés de la France ; elles flétrissaient les politiciens qui, jadis, avaient séparé les deux sœurs latines. Un vieux Garibaldien, veston ouvert sur la chemise rouge, lut une proclaniation dans laquelle l'Autl'icHe était appë-
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lée « Tennemie héréditaire » ; les souvenirs de Magenta et de Solférino y étaient évoqués. Le vieillard cloua cette proclamation contre un platane. Deux heures après, des copies en étaient placardées au bas des murs de la ville. Les manifestants chantèrent la Marseillaise, la Marche royale et V Hymne de Garibaldi. Des cris de : « Vive ritalie ! » répondirent.
Le peuple s'éloigna, s'arrêta devant ,un immeuble occupé par une Société de secours aux blessés, et acclama les Dames de la Croix- Rouge. Une soudaine inspiration conduisit Grant dans cet hôtel. Il demanda s'il pourrait y être de quelque utilité. Ses services furent acceptés ; il ? apprit, en outre, que sa femme appartenait à cette œuvre et qu'elle y était réclamée. On le pria de se mettre immédiatement à l'ouvrage. 11 s'agissait de transporter le matériel sanitaire au Lycée de garçons, où s'installait un vaste hôpital. Grant téléphona chez lui qu'il ne rentrerait pas pour le déjeuner, et déménagea des caisses de coton et de pansements^ des tables et des chaises.
Au soir, il descendit les allées de Meilhan et la Canneblère. La foule y était plus dense encore que le matin. Il assista au sac d'une brasserie que Ton jugeait allemande, et qui appartenait, en réalité, à un Marseillais mobilisé, mais qui vendait, sous le nom de bière de Munich ou de
Pilâen, l'âpre breuvage des malteries de la région. Des masses d'hommes passaient, brandissant des pancartes où se lisaient : « Les réformés veulent partir / » — « Les exemptés demandent à s'engager! » — etc.. Ils avaient peur de ne pas arriver à temps. La circulation devenait impossible. Devant les transparents des journaux, des groupes commentaient les dernières nouvelles. L'entrée en campagne de l'Angleterre suscitait un enthousiasme et une confiance extraordinaires. Les terrasses dés cafés regorgeaient de consommateurs. Tout ce mouvement baignait dans la riche lumière d'or rouge exhalée par le vieux port, qui semblait appuyer les mâts et les vergues de ses navires contre un ciel incandescent et sans nuages.
Richard avait plaisir à respirer dans cette cohue. Cependant, Il retourna chez lui fort triste, et raconta à sa femme les incidents de la journée. Certes, il était heureux d'avoir trouvé un emploi, d^ètre utile ; mais ce n'était point là ce c[uHl désirait. Le problème se posa de nouveau : Tarmée anglaise, ou cinq ans à la Légion ! En « vivant avec les Dieux », Grant n'avait pas acquis la faculté d'envisager simplement les situations diverses de la vie. Celle que lui offraient, actuellement, les circonstances était des plus simples. Tout autre que lui eût pris le train pour Paris et se serait fait naturaliser. Mais il ne songea pas^ un seul instant, à agir de la sorte, parce que
Tart de se débrouiller ne comptait pas au nombre des vertus de son intelligence. Donc : Tarmée anglaise^ ou cinq ans à la Légion, puisqu'il lui était impossible de faire campagne, dans les rangs français, auprès de ses camarades et de ses amis d'enfance.
Les journaux lui apprirent que le nombre des étrangers résolus à prendre du service dans Tarmée française était tel, qu'il se fondait, à Paris et en Province, des sociétés chargées d'incorporer ces hommes, pour la durée des hostilités. 11 acheta d'autres feuilles pour voir si cette nouvelle était confirmée : elle Tétait. Un quotidien illustré publiait même des photos montrant des Suédois, des Danois et des Russes prêts à passer leur conseil de revision. Certain de partir, désormais, Grant se remit, avec courage, à sa besogne de déménageur. Ses fonctions l'amenèrent dans une caserne. Le régiment partait pour le feu. Quand le drapeau, entouré par sa garde, franchit le portail, des femmes s'agenouillèrent. Grant s'entendit murmurer : « Je vais y aller, moi aussi ! » Il avait connu une exaltation semblable, quinze ans auparavant, quand s'imprimait son premier livre.
Les jours que nul n'oubliera se succédèrent.
Après l'apothéose de la mobilisation, ce fut, d'ai)ord, le ifaid en Alssieé ; J[)uis rèxivahissement de
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la Belgique ; puis la chute de ses efforts ; puis Charleroi...
Les premiers envois de blessés arrivèrent à rhôpital. Aucun de ces hommes ne sut donner, par ses récits, une impression de la guerre. Ils n'avaient, d'ailleurs, pris que légèrement contact avec l'ennemi ; avaient été touchés au cours de reconnaissances ou de patrouilles ; la plupart n'avaient jamais vuJd'AUemands. Quand on les interrogeait sur une attaque^ ils se contentaient d'imiter le sifflement des obus et des balles. La rapidité avec laquelle se cicatrisaient certaines blessures les étonnait ; mais tous affirmaient que, pour eux, la guerre était finie ; qu'avant la Noël, les Allemands seraient écrasés, et que les Russes, déjà maîtres de la Prusse orientale, nous attendraient à Berlin.
Néanmoins, les Huns s'avançaient vers Paris.
Le 22 août, la question des Volontaires étrangers était résolue : ils pouvaient s'engager pour la durée de la guerre. Grant retourna au bureau de recrutement. Le capitaine le reconnut»
— Vous êtes content? — lui dit-iL
— Très, mon capitaine.
Il donna son état civil. Un auxiliaire lui tendit une fiche qui l'autorisait à passer devant un conseil de re vision, et, souriant :
— Cela ne vous engage à rien, — fit-il.
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Une heure après, Grant se présentait à la visite. Il se dévêtit dans une vaste salle et jeta, un peu vivement, son veston sur une table. Sa'montre et son porte-cigarettes en acier bruni rendirent un bruit sourd et métallique. Le gendarme qui, les bras croisés, surveillait les recrues, s'élança vers Richard :
— Vous ! — s'écria-t-il, — vous avez un revolver. Montrez-le-moi !
Grant, amusé par la perfection classique du personnage, lui offrit son veston. Le gendarme n'y trouva que la montre et Tétui.
— Heureusement que vous n'avez pas de revolver ! Sans cela vous n'y coupiez pas !
Sans répondre, Grant pénétra dans la chambre du Conseil. Devant des majors et des officiers défilaient des individus de nationalités diverses. Richard fut déclaré « bon pour le service. » On lui remit une feuille qui renvoyait à la Place ou au fort Saint-Jean, il ne comprit pas au juste.
Pendant qu'il se rhabillait, le gendarme s'avança, derechef, vers lui, et, avec une grimace de la moustache et du nez :
— N'auriez-vous pas, par hasard, un revolver dans votre pantalon ?
— Je ne vois pas, — répliqua Grant en belle humeur, — pourquoi vous tenez absolument à ce que j'aie un revolver sur moi. Voici mon pantalon.
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Le gendarme le fouilla consciencieusement, mais sans profit. — C'est bien, — dit-il.
Son examen terminé, il se tourna vers un Japonais qui lui demandait, en anglais, où siégeait le conseil. Le gendarme expliqua, par gestes, qu'il ne comprenait pas. Richard lui vint en aide.
— Ah ! vous parlez le chinois ?
— G est de l'anglais, — répliqua Grant*
— Ah ! vous parlez l'anglais ?
— Je suis Anglais.
— Ah ! vous êtes Anglais ! — sécria le gendarme. — Diable ! Il fallait le dire !
Le sens de cette exclamation demeura obscur pour Grant. Dans le système du monde élaboré par ce gendarme, les sujets britanniques étaient, peut-être, des gens autorisés à avoir, en dépit des lois, des revolvers sur eux.
A la Place, Grant reçut un bon de transport pour Avignon. Il lui fut déclaré, une fois encore, que cela « ne l'engageait à rien », car son engagement définitif n'était pas encore signé. Il accomplit cette formalité le lendemain même, au fort Saint-Jean. Un sous-officier le pria de prendre connaissance de ses obligations. Il lut qu'il contractait, à la Légion Etrangère, un engagement pour la durée de la guerre, et qu'il devrait aller partout où. le commandement l'exigerait. Il déclara n'avoir rien à objecter. Un planton le conduisit, alors, chez le colonel qui l'interrogea avec
une grande cordialité sur ses occupations, sa famille, puis :
— Voulez- vous signer. Monsieur ?
Grant signa.
— Jurez de servir avec honneur et fidélité.
Grant jura. Le colonel se leva, et lui serrant la
main :
— Bonne chance, mon ami.
Sur ces entrefaites, deux bataillons de Légion débarquent à Marseille.
A la terrasse d'un bar du cours Saint-Louis, deux légionnaires sont attablés. Grant s'approche :
— Vous êtes de la Légion ?
— Oui, — répond Tun d'eux, froidement.
— Vous n'avez pas chez vous le capitaine Bernard ?
Du regard, ils se consultent :
— Connaissons pas.
Richard a inventé ce nom comme prétexte pour entamer une conservation. 11 s'assied :
— Que prenez-vous ?
Et comme les lascars le considèrent avec surprise et méfiance, il ajoute :
— Vous pouvez accepter. Je suis des vôtres.
J'ai signé un engagement pour la durée de la guerre, à la Légion. Je rejoins dans quelques jours;
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— Ben, mon vieux! — s'écrie le plus jeune, figure maigre et rouge, courtes moustaches blondes, yeux bleus. — Ben, mon vieux en via une idée !
Et s'adressant à son camarade :
— Quoi que tu prends, Wessman ? C'est un futur pote qui offre !
Wessman caresse sa barbe rougeâtre :
— Un vermouth-citron. Et toi, Poiret ?
— Moi itou 1 Une fois servis :
— A votre équipement, — commence Poiret,
— je devine que tu dois être un fils de famille qui aura fait des frasques !
Richard certifie qu'il n'en est rien, et parle des Volontaires étrangers.
Wessman murmure :
— Et nous, les vieux, on va les encadrer, ces petits mecs !
— Penses-tu ? — ricane Poiret, — on doit nous réserver un morceau de choix, à nous autres, t^sais ! — Et se tournant vers Grant : — En tout cas, tu t'embêteras pas à la Légion. C^est un tonnerre de Dieu de régiment, t'sais !
Grant demande ce qui différencie les légionnaires des fantassins.
— La ceinture bleue autour de la taille... c'est coquet, — répond Poiret en cambrant ses reins,
— la grenade sur le képi, et les écussons verts.
— Puîs, — ajoute Wessman, — il y a aussi le genre de boulot... marche ou crève !
— Et les officiers ! — complète Poîret. — Des officiers bath, t'sais... et qui sont un peu là...
Il n'est plus besoin de les interroger. Pendant une heure, ils vantent leur régiment, leurs chefs, leur installation de Bel-Abbès et de Saïda, leur musique et leur cuisine ; ils racontent leurs campagnes, leurs exploits et leurs bordées ; ils évoquent les individus curieux qu'ils ont rencontrés : un évoque, un grand-duc russe :
— Et pour un chic copain, t'sais, c'en était un, celui-là! Pas fier... et du pognon ! Quand il a clapsé, un cuirassé est venu prendre le corps... et quand le cercueil, un bath de cercueil en chône, est arrivé à bord, balancé au bout d'un palan, il y a eu du canon... une salve !
Entre deux anecdotes, Grant va acheter des cigarettes et des demi-londrès. Poiret s'écrie ;
— Comme au temps du grand-duc, quoi !
Et Wessman déclare :
— Les londrès sont de bons petits cigares. Ce sont les plus réguliers. — Il compare alors les Upman aux Henry Clay ; les tabacs turcs aux tabacs égyptiens. Ses remarques dénotent un connaisseur. Grant l'en félicite. Poiret hausse les épaules :
— Penh! nous autres, on fume de tout... on boit de tout, on mange de tout !
Et les verres de vermouth succèdent aux verres de vermouth, les histoires aux histoires. Les dernières tendent toutes à prouver que la Légion est le premier régiment de France.
Un groupe de territoriaux passe devant la terrasse du bar. Poiret les interpelle :
— Hé ! là-bas, vous autres, si c'est pas indiscret, de quelle classe que vous êtes ?
— De 38 à 40, comme nous, — dit Wesman.
Mais Poiret sort de sa poche un petit miroir
rond, s^y examine complaisamment, puis :
— De même âge... mais on est plus girond ! On est ferme, on est sec... Tceil est bon ! Eux, ils ont le dos triste...
Wessman allume un second cigare et, la bouche déformée par une moue dédaigneuse, décrète :
— Que veux -tu ? ils doivent déjà pensera leur famille !
Deux jours après, Grant partait pour Avignon avec, dans sa musette,, un rasoir, une brosse à dents, deux chemises et deux paires de chaussettes. Il avait, en outre, autour de la taille, sur la peau, cousus dans une ceinture de toile, six louis d'or, pour rentrer en Allemagne, ou pour corrompre une sentinelle prusienne.
Sa femme et ses enfants raccompagnèrent à la gare. Il les embrassa sans aucune émotion. Jamais, même aux moments de ses inspirations les
plus heureuses^ il ne s'était senti une âme aussi riche.
A cinq heures de l'après-midi, il arrivait à destination. Sur le quai il demanda à un factionnaire où se trouvait la caserne de la Légion. Il lui fut répondu :
— Au château des Papes !