‹ En campagne avec la Légion étrangèreChapitre 25 sur 33 · IMPRESSION DE CEUX QUI, HIEB, REVENAIENT DÛ FEU · texte numérisé non relu

IMPRESSION DE CEUX QUI, HIEB, REVENAIENT DÛ FEU

Un certain nombre de blessés dans la lutte acharnée qui se poursuit au nord d'Arras ont été évacués sur Paris, /Vous avons pu en voir plusieurs. TouSy quelle que toit leur atteinte, ont un moral merveilleux^ qu'ils affirment être celui de tous leurs camarades demeurés au feu. Malgré les fatigues^ les dangers et la longueur inouïe d'une bataille à peu près ininterrompue depuis près de cinq semaines^ nos hommes^ vieux ou jeunes^ soldats, officiers et généraux — deux de ces derniers n'ont^ils pas été tués A la tranchée? -^ se battent ma^* gnifiquement, assurés qu'ils sont de la victoire^ si dispu* tée qu'elle puisse être.

Leur sentiment se résume en celui d'un brave que nom avons vu hier soir et qui souffre de contusions profondes^ infligées par l'éclatement d'une marmite qui l'a enseveli et étourdi pendant plusieurs minutes. Il a 48 ans; ad" judant retraité avant la guerre, médaillé militaire f il a ajouté à ses titres anciens^ depuis les premiers jours d'août oà il s'est engagé^ la Légion d'honneur^ la Croix de guerre et les galons de lieutenant.

— « L'amalgame^ nous dit-il, qui s'est fait dans nos régiments entre les hommes de plus de 30 ans et ceux des plus jeunes classes est admirable, les vieux^plus expi* rimentés et plus rassis^ calmant l'ardeur trop généreuse de leurs cadets. Cela forme un mélange « épatant » qui jamais ne se dissocie ni se rebute, même dans les moment» les plus durs y et Dieu sait s'il y en a eu depuie le 9 mai^ où nous nous battons sans désemparer /. ^ .

« Tenez ^ voilà ce dont fat été le témoin et le chef: le 1 8 mat\ nom étions en avant de Carenct/y dans le bois dont les Allemands occupaient encore la corne nord. Il fallait les en expulser^ notre position étant prise d'en* filade par les mitrailleuses. Une attaque de nuit fut résoluCy et je commandai la compagnie. Les hommes étaient pleins de fougue^ malgré les fatigues de la plus rude canonnade dans la journée. A 2 heures du matin, sans aucune préparation d'artillerie, le signal est donné. Silencieux y sans un bruit, tranquilles comme à la manofuvre, mes poilus et mes Marie^Louise rampent vers V ennemi...

« Tout à coup, des fusées allemandes sillonnent la nuit, fusées éclairantes qui nous montrent aux observaleurs ennemis. Aussitôt mitrailleuses et 77 de cracher et de rugir. En un clin d'œil, 94 des nôtres sur 171 sont frappés, la plupart légèrement, sauf, hélas ! mes trois camarades, un lieutenant et deux sous'lieutenants qui étaient en avant et qui, blessés grièvement, gisant sur la voie du petit chemin de fer de Carency à Souchei furent achevés à terre par les brigands boches après notre retraite... Car il fallut bien nous replier... — Croyei" vom que le moral de mes braves a été atteint après cette rudeéchauffourée? La nuit suivante, nous prenons notre revanche et la position.

« Pendant ces trois semaines, au cours desquelles chaque journée a été marquée par des combats inces" sants où pied à pied, cote par cote, nous chassons Ven^ nemi de ses forteresses souterraines, j'ai vu des choses superbes :

« Par exemple, l'expédition du 1 7 juin par nos avia^ teurs sur le bois de la Folie, oii les Allemands ont ac-

cumulé tant de fortifications et de matériels. Nos aéros survolant dans le ciel bleu étaient littéralement entourés par les petits nuages blancs des obus boches : quedeballes dans leurs ailes! Mais aucun n'est tombé et leur bombar* dément a été d*une efficacité certaine^ à en juger par les explosions entendues dans le bois. Ce fut un spectacle merveilleux auquel toute V armée assistait haletante...

« Et les exploits de la brigade marocaine, mercredi dernier après avoir enlevé la cote la plus élevée entre Givenchy et le bois de la Folie^ ce qui est une avance d'une importance capitale I Après s^en être emparé au prix d'un effort prodigieux^ les nôtres furent contre^ attaqués par une masse de six bataillons boches s'avan^ çant à rangs serrés et appuyés par une artillerie for*' midable. J'ai vu les choses comme je vous vois^ mon régiment étant en réserve immédiate après les Africains... D'abord^ nos 75 firent des ravages énormes dans la masse allemande. Mais quel abatage quand la charge des zouaves^ des légionnaires et des tirailleurs se déchaîna.. Ce fut une vraie marmelade de Boches... Tous furent tués, sauf 600 qui, affolés^ se rendirent...

« T espère y ajoute notre narrateur^ que je serai bientôt de retour me battre de nouveau avec ces braves I »

Après l'attaque du 16 juin, les Grecs obtinrent satisfaction et furent renvoyés au Dépôt.

Le 24^ les 300 hommes composant le régiment remontent aux tranchées pour repousser une contre-attaque allemande. Dans cette journée, les lieutenants Glermont et Lestrade sont tués, le lieutenant Geccaldi blessé.

282 EN CAMPAGNE AVEC LA LtGlON ÉTRANGÈRE

Derrière un parapet de cadavres», la section de l'adjudant Tixier repousse les assauts d'un ba-^ taillon allemand et conserve le terrain.

Ensuite, c'est le départ pour l'Alsace. Les Russes obtiennent l'autorisation soit de retourner en Russie, soit de continuer leur service dans des régiments réguliers. Mitelman passe au X,.. d'infanterie d'abord, puis il est envoyé comme interprète au camp de Mailly, lors du débarquement des contingents russes en France.

Les régiments de marche du V^ et du 2"" Etranger sont réunis en un seul régiment qui attaque en Champagne, le 25 septembre 1915, au Bois Sabot et à la ferme de Navarin. Dans celte affaire, les derniers capitaines de l'ancien bataillon sont tués à la tête de leurs Espagnols, de leurs Tchèques^ de leurs Polonais, de leurs Suisses.

Le capitaine d'Allens s'avance à l'ennemi, la canne à la main, sa pipe courbe h la bouche — comme toujours. Il tombe.

Non loin de lui, le capitaine Junot {h peine guéri de sa blessure du 9 mai) est devant sa compagnie. Des mitrailleuses se dévoilent et ouvrent le feu. Du flottement. On ne s'y attendait pas.

— A genoux, les hommes 1

-^ Après vous, mon capitaine I

— Couchez-vou8> nom de Dieu 1 On obéit*

A l'HONNEUB, £N ARTOIS 283

— Quand Junot donne un ordre, le Pape luimême n'en mènerait pas large.

Les sections planquëes, le capitaine, debout, inspecte le terrain, à la jumelle»

— Ça n'a pas été long, mon vieux I Quelques coups de mitrailleuse... et bonsoir!

Une demi-heure après, ses Légionnaires le vengeaient, en prenant Touvrage. Et peu de pri** 9onniers.

Le capitaine de Sampigny est grièvement blessé.

Le père Charles est tué.

Précédant ses volontaires, tombe aussi le lieutenant de Montesquiou. Le lieutenant de la Salle est tué, peu après, le 8 octobre. Leur mort fut héroïque comme celle du chef de bataillon Burei, remplaçant le commandant MuUer»

he médeciuH^hef du régiment tombe aussi. ••

A h Ferme de Navtirin, parmi tant de braves, meurt un jeune homme : le Portugais Raphaël de Carvalho. Emporté par le mouvement de la charge, il franchit les deux premières lignes allemandes, et tombe dans les fils de fer de la troisième, en avant de ses camarades. C'était le fils de Xavier de Carvalho, le grand écrivain et pamphlétaire portugais qui, depuis le début de la guerre, a consacré son talent et employé son autorité à travailler pour nous. Dès le premier jour son garçon a quitté sa patrie pour venir prendre place dans nos rangs, à la Légion. Que l^s Portugais qui com-

battent sur le front français, lorsque sonneront les clairons de Tattaque, se souviennent de Raphaël de Garvalho. C'est leur premier mort. II les a devancés. Il leur a montré la route. Qu'ils s'y élancent et le vengent I

La Légion, sans cesse reformée, donne dans la Somme le 4 juillet 1916. Elle s'empare de Belloyen-Santerre, résiste à toutes les contre-attaques et ramène 750 prisonniers, dont 15 officiers et des mitrailleuses.

Le 17 avril 1917, ses trois bataillons survivants s'emparent d'Auberive, en Champagne (Voir à r appendice 3).

A chacune de ses grandes attaques, elle est honorée par une citation à l'ordre de l'armée — (ordre de la • .• armée du 3 septembre 1915 ; ordre de la . •*" armée du 30 janvier 1916 ; ordre de la ..• armée du 27 août 1916).

Mais l'histoire esquissée dans ces pages est celle du bataillon D du 2^ de marche du 1*^ Etranger, — et principalement celle de la compagnie D*.

Cette belle unité cessa d'exister à la mort de son commandant le chef de bataillon Muller, le 9 mai.

Quand le chef d'une famille nombreuse dispa^

A l'honneur, en ARTOIS 285

raît et que la mère se remarie, les enfants continuent à vivre, mais ce n'est plus comme au temps du véritable maître. Cette comparaison banale est seule capable, — par sa banalité même, — de faire comprendre ce que fut la mort du commandant Muller pour les Volontaires étrangers qu'il divaii formés, à Avignon, en août 1914, et qu'il n'a pas eu la satisfaction de voir attaquer et vaincre, au cri de :

Vive la France ! et vive la Légion !

La Légion Etrangère.

Aux régiments que nous avons déjà mentionnés comme ayant obtenu le droit à la fourragère, il convient d*ajouter le régiment de marche de la Légion Ëtrangère dont le drapeau est décoré de la Croix de guerre avec trois palmes pour les citations suivantes :

Ordre de la iO^ arméCy du 3 septembre 1945 : Chargé le 9 mai, sous les ordres du lieutenant-colonel Cot, d'enlever à la baïonnette une position allemande très fortement retranchée, s'est élancé à Fattaque, officiers en tète, avec un entrain superbe, gagnant d*un seul bond plusieurs kilomètres de terrain, malgré une très vive résistance de Tennemi et le feu violent de ses mitrailleuses.

Ordre de la 4^ armée^ du 30 janvier 1946 i Pendant les opérations du âO septembre au 17 octobre 1915 sous le commandement du lieutenant-colonel Cot, a fait preuve des plus belles qualités de courage, d'entrain et d'endurance. Le 28 septembre, avec un admirable esprit de sacrifice, s'est élancé à l'assaut

d'une position qu'il fallait enlever à tout prix et, malgré le feu extrêmement dense des mitrailleuses ennemies, est parvenu jusque dans les tranchées allemandes.

Ordre de la 6* armée^ du 27 août i9i6 \ Sous l'énergique commandement de son chef, le lieutenantcolonel Cot, le régiment de marche de la Légion Étrangère, chargé, le 4 juillet 1916, d'enlever un village fortement occupé par rennemî, s'est élancé à l'attaque avec une vigueur et un entrain remarquables, a conquis le village à la baïonnette^ brisant la résistance acharnée des Allemands et s'opposant ensuite énergiquement à toutes les contr&-attaques de renforts auienés dans la nuit du 4 au 5 juillet 1916^ a fait 750 prisonniers, dont 15 officiers, et pris des mitrailleuses.

Le Matin, 14 septembre 1916.

La Légion Etrangère reçoit la fourragère jaune et verte.

Par circulaire en date du 12 juin 1917 courant, le ministre de la guerre a décidé que les régiments ayant été l'objet de quatre citations à l'ordre de l'armée auraient droit à la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire (jaune et vert). La première ap« plicatien de cette décision revient au régiment de marche de la Légion Étrangère, Citée quatre fois à l'ordre, sous l'énergique commandement de son chef le lieutenant''Colonel Got, la Légion vient de rem* porter une cinquième citation avec le motif suivant :

Merveilleux régiment qu'animent la haine de l'ennemi et Tesprit de sacrifice le plus élevé.

Le 17 avril 1917, sous les ordres du lieutenantcolonel Duriez, s'est lancé à l'attaque contre un ennemi averti et fortement retranché et lui a enlevé ses premières lignes. Arrêté par des mitrailleuses et malgré la disparition de son chef, mortellement touché, a continué l'opération par un combat incessant de jour et de nuit jusqu'à ce que le but assigné fut atteint. Combattant corps à corps pendant cinq jours et malgré de lourdes pertes et des difficultés considérables de ravitaillement, a enlevé à l'ennemi plus de deux kilomètres carrés de terrain, a forcé* par la vigueur de cette pression continue, les Allemands à évacuer un village fortement organisé où s'étaient brisées toutes nos attaques depuis plus de deux ans.

Une phalange héroïque.

On vient de reconstituer la Légion Etrangère avec des éléments de Fancienne Légion et avec les survivants des volontaires de toutes nationalités qui, depuis le début de la guerre, luttent pour la France. N'est-ce point le moment de rappeler le rôle admirable joué à nos côtés^ dans ce duel gigantesque, par ces nobles amis de notre pays? Car ils furent légion, légion étrangère, si digne pourtant d'être proclamée française.

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L'élan sublime.

Dès les premières nouvelles du conflit, devant la mauvaise foi germanique, puis devant l'agression brutale, les amis de la France tressaillirent dlndigna* tion, brûlèrent de prendre les armes. Dès le i*' août, la veille de la mobilisation, Ton comptait 3.000 enrôlements volontaires.

Depuis ce jour jusqu'au 20 août, date fixée pour recevoir officiellement les engagements, Télan ne 8*arréte plus. Les réunions succèdent aux réunions, les manifestations aux manifestations. Chaque jour, sur les boulevards, défilent des groupes de volontaires — qui ne s*en souvient ? — drapeaux flottants, chantant la Marseillaise et criant : « Vive la France ! » Us ont signé, joyeux, leur enrôlement: Italiens (8.000), électrisés par Texemple des fils de Ricciotti Oaribaldi ; 4.500 Suisses, enfants d'une terre de liberté ; Slaves, Russes (près de 4.000), Polonais, certains de trouver dans nos rangs des Ames fraternelles ; Alsaciens-Lorrains, impatients d'entendre sonner Theure de la délivrance ; Tchèques, jaloux de secouer le joug abhorré de l'Autriche ; Arméniens et Syriens, que nous défendons depuis des siècles contre la barbarie ottomane; Canadiens de sang français; citoyens des Etats-Unis, qui se souviennent de La Fayette ; Anglais, Belges et Serbes, qui veulent se battre tout de suite contre les Huns soudain réveillés d'un trompeur sommeil de civilisation ; Roumains devançant le geste national ; Luxembourgeois, outrés de la violation de leur petite patrie ; Espagnols, décidés à ne

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pas rester neutres ; Grecs (300), fidMes ceux4à aux traditions de THeUade ; tous luttent d'enthousiasme et d'ardeur, tous réclament des armes. Teulent partir •ans retard, Tolor aux secours de la France etiTahie.

Il Tient même, par un calcul retors ou par un dé* goût sincftre d'appartenir à une telle famille, il vient nn millier d'Allemands et plus d'un millier d'Aus* tro«Hottgrois« Bt le SI août, sur l'esplanade des Invalides, spectacle inou!, inoubliable, étemel honneur dû prestige français, tO.OOO étrangers défilent devant nos généraux et semblent dire à la France comme les gladiateurs antiques à César : Ave, GalKa, moriiuri t$ ialuianL

René Barjban.

Le Journal^ 26 septembre 1916.

La Légion à Anbérivtf.

Paris^ 29 mai.

Le 19 avril, à 15 heures, parvenait au général commandant la division le renseignement qu'Auberive et le fameux saillant de la ligne ennemie, contre lequel tant d'attaques antérieures s'étaient brisées, venaient de tomber entre nos mains^ c'est au régi* ment de marche delà Légion Étrangère qu'appartient l'honneur de cette conquête, honneur acquis par quatre journées de combats menés presque uniquement à la grenade et & la baïonnette, avec l'entrain et la ténacité traditionnels dans ce corps d'élite*

Le 17 avril, à 4 h. 45» le premier bataillon qui, d'après le plan d'attaque, devait pénétrer dans la

tranchée allemande entre le bois en T et la sapinière, puis faire face à TEst pour progresser dans le golfe, part à Tassant, suivi du deuxième bataillon.

L*élan est magnifique; malgré le vent qui souffle en tempête et la pluie qui cingle les visages ; malgré les blocs de boue dont ils sont bottés, les légionnaires ftenchissent le parapet, et par les brèches pratiquées dans nos fils de fer, atteignent le réseau ennemi. La cisaille achève le travail de démolition effectué par notre artillerie.

La Légion passe, s'engouffre dans la tranchée des Bouleaux, marée jaune à laquelle Tennemi, qui reconnaît le drap kaki des Africains, ne pourra résister. Les grenades, lancées à bout portant, déblayant le terrain, les corps ploient sous Tétreinte. Dans cette fin de nuit que prolonge la tourmente, on ne se voit guère. Nos braves se reconnaissent à la voix et poursuivent, malgré les mitrailleuses, dans les boyaux et les abris, leur œuvre impitoyable. Les Allemands, ne pouvant se tenir sur leur première ligne, se retirent dans la deuxième. Les légionnaires ne leur laissent aucun répit, les tranchées du Oolfe sont enlevées.

A mesure qu'on approche d'Aubérive, la résistance devient plus acharnée, on sent tout le prix qu'attache l'ennemi & la conservation de cette position capitale. Dans les tranchées de Byzance, des Dardanelles, du prince Eitel, les mitrailleuses, les lance-flammes, les grenades opposent à nos troupes des barrages de mort. La Légion passe quand même, à force d'héroïsme.

Dans cet enfer^ des hommes de cinquante-et-une nationalités différentes se battent contre TAllemand. Le plus grand nombre ne lutte pas pour sauvegarder

un foyerou la coaserYation d'un patrimoine national. Ce ne sont pas non plus des mercenaires qu'attirent de hautes-payes ou Tespoir de riches butins. Ils sont là, vétérans de la vieille Légion Étrangère d'Afrique ou volontaires pour la durée de la guerre, de toutes qualités sociales, des plus humbles comme des plus élevées ; de toutes les cultures, des plus simples comme des plus raffinées, conduits par Tinstinct qui les domine, la haine de FAllemagne et l'amour de la liberté.

La Légion continue sa route... Le 19, au petit jour, le fortin d*Aubérive est entre nos mains; notre artillerie a fait merveilleuse besogne, rendant àTennemi par un tir d'une admirable précision la position intenable ; des armes, des munitions, des équipements, du linge jonchent le sol ; dans un réduit attenant au fortin, un récipient rempli de café chaud est vidé goulûment par nos hommes qui, depuis le 16, n'avaient eu pour toute boisson que l'eau dont on ne les ravitaillait qu'avec une extrême difficulté ; tandis qu'une section sous les ordres d'un sous-officier occupe le fortin, le lieutenant commandant la 10* compagnie part avec deux grenadiers pour explorer le village d'Aubérive.

L'ennemi, craignant d'être cerné, avait évacué le formidable réduit qu'était devenu le village, avec ses tranchées, ses coupoles, ses plates-formes, ses abris pour mitrailleuses, le tout en ciment armé ; il avait résolu de porter ses efforts sur la défense du fortin Sud de Vaudesincourt qui commandait le saillant dont la Légion devait opérer l'encerclement.

Notre progression ne peut se faire qu'à la grenade et au fusil-mitrailleur. Successivement, les ouvrages

de Posnanie et de Bayreuth, le labyrinthe, sont en« leyés, malgré la résistance désespérée des grenadiers allemands, qui ont recours à la rase. Sans arme et le bonnet à la place du casque, ils s'arancent, les bras levés vers nos légionnaires, comme pour se rendre ; mais, arrivés sur eux, ils baissent les bras et les grenades quMIs tiennent cachées dans leurs mains, lancées à bout portant, font un instant reculer nos braves.

Le désarroi n'est que de courte durée, la rage a« cœur, les légionnaires sautent à la gorge de leurs ad-* versaires ; le corps à corps est impitoyable, il n'est pas fait un prisonnier.

Dès lors, la défense du fortin ne pouvait longtemps tenir; le nettoyage du grand boyau nous permet d'en hâter la chute.

Tous les objectifs étaient atteints en quatre jours de combats incessants. Malgré la fatigue, le manque d'eau, les difficultés énormes du ravitaillement, le régiment de la Légion avait, à la grenade^ gagné plus de 7 kilomètres de boyaux. Ses trois bataillons avaient eu raison de deux régiments saxons.

Petit Marseillais^ 30 mai 1917,

M. Emile Roux-Parassac est chargé d*écrire Thi^toire officielle des Volontaires Étrangers.

D'après une de ses conférences, des individus ap* partenant à cinquante-deux nationalités différentes composaient les régiments de marche du i*' et du 2* Etranger, en août 1914.

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