‹ En campagne avec la Légion étrangèreChapitre 24 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Mingoval. — Le berger arabe. — Les Italiens. ^ Les Greos. -^ L'attaque du 16 juiOi *- La mort du berger. — Récit officiel, — La fin du bataillou D. — Mort du capitaine Junot. — X. de Carvalho, -— Conclusion.

A Mingoval, on manque d'entrain. Les compagnies^ les bataillons 3ont mélangés. Peu de visages familiers. Le bataillon D n'existe plus qu'administrativement. Tactiquement, c'est le bataillon A D. Les hommes du bataillon D ont la chance de conserver, comme chefs, leurs officiers survivants...

Le bataillon part pour un cantonnement de l'ayant, à Gamblin-l'Abbé. Là, Gourfinkel épuisé est évacué. Après un long séjour dans les hôpitaux, il passe dans l'armée française, comme médecin auxiliaire, grade auquel lui donnent droit ses inscriptions,

A Gamblin, les renforts arrivent : HOO Grecs. Ils se sont engagés, disent-ils, pour combattre le Turc et sont fort mécontents d'avoir été envoyés en Artois. Us vont aux tranchées en protestant, et demandent 1^ partir pour les Dardanelles.

Le service est dur. Les bataillons vont au travail, après la soupe du soir, et 5 heures 1/2. Huit kilomètres de boyaux conduisent au terrain de la prochaine attaque. On y parvient vers minuit, souvent même plus tard, car on se perd dans un dédale de tranchées. A Taube, on regagne le cantonnement. Et, le lendemain, on recommence. On creuse des boyaux. C'est k droite du plateau de Notre-Dame de Lorette nouvellement conquis. A la lueur des fusées, on voit les éperons de la hauteur s'allonger comme les pattes d'un monstre, sur la plaine. Des clartés rouges tremblent et l'horizon. Elles sortent, semble-t-il, de la bouche d'un four incandescent, brusquement ouvert et refermé.

Dans l'ombre par instants lumineuse, se précisent des silhouettes de ruines : Berthonval, Garency, Ablain-Saint-Nazaire, Souchez ; des meules de paille ; des réseaux de fil de fer ; des masses d'arbres...

Après dix jours de travail, repos à Schelers. Il y a Ik, autour d'un château, un parc de grande allure. Les hommes ont le droit de s'y promener, et d'y dormir. Dans une clairière, les Grecs, deminus, lancent le javelot et le disque. Us organisent des courses, mais veulent, plus que jamais, aller aux Dardanelles combattre le Turc.

Le long de la route d'Aubigny, un bataillon de Marocains fait halte. Derrière les tirailleurs, an troupeau de liiotitons coilduit par un Arabe. Graïit

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le reconnaît. C'est le berger avec lequel il a eu de longues conversations, en Champagne, à l'ouvrage des Marquises, près de la pompe intacte de la Ferme bleue,

— Eh bien, Croïa, tu es content ?

— Oui, camarade, beaucoup content... beaucoup moutons. . . mais beaucoup tirailleurs morts. . . les Boches salauds 1... oh oui, camarade !

— Tu veux une cigarette de Tunis ?

— Oh, oui, caporal... Marci beaucoup... marci, camarade !

Une automobile épouvante ses moutons. Il les rassemble. Le bataillon repart :

— Au revoir, tirailleur !

— Au revoir, mon camarade !

Il s'éloigne, au milieu de ses bêtes, le fusil à plat sur le sac, un bâton à la main.

Devant la terrasse d'un restaurant, un adjudant engueule magnifiquement un homme. Le gradé n'a rien de spécial. L'homme est d'aspect bizarre : petit, trapu, tout rose, il écoute les observations de son chef, la tête inclinée sur l'épaule, les doigts joints et les yeux au ciel. Le discours de l'adjudant terminé, le légionnaire soupire, puis :

— Comment pouvez-vous traiter ainsi un homme qui a encore le pouvoir de faire descendre Dieu dans l'hostie? — dit-il. — J^ suis revêtu du caractère divin... et je suis aussi une victime de l'amour I

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Graat l'invite h vider un verre, et lui demande son histoire. C'est un ancien prêtre. Il a séduit, h 2$ ans, une de ses pénitentes. Peu après elle Taban^ donnait, et il s'engageait àla Légion.

— Vingt ans de service I

Et sortant de sa poche ses médailles coloniales :

— Voilà ma ferblanterie I

Jusqu'à l'appel, il conte des anecdotes qu'il agrémente de citations latines. Dans sa musette, un Marc-Aurële :

— Tout est Ik, — fit-il ; — c'est ma seule lecture.

Sur ces entrefaites, l'Italie entre dans la danse.

Il est dit au rapport que le régiment dçit attaquer bientôt; que les Italiens restant dans les compagnies sont libres de ne pas prendre part à l'attaque, et de rentrer chez eux pour remplir leurs obligations militaires.

— Que ceux qui veulent partir sortent des rangs. Porrtonne ne bouge.

— Après l'attaque, mon capitaine.

Il y a un silence. Puis un ordre ;

— Rompez !

Les mains se portent aux képis, pour le salut obligatoire. Et chacun retourne a ses affaires.

Depuis qu'ils savent qu'ils doivent attaquer, les Grecs sont moins hargneux. Mais après l'offensive, ils exigeront satisfaction. Le commandant

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Collet a beau leur démontrer que Tennemi est au nord d'Arras aussi bien qu'aux Dardanelles, ils refusent de se laisser persuader* Il y a, parmi eux, des montagnards dociles et bien entraînés ; il y a aussi des comitadjis pillards. Ce monde-lh n'inspire que peu de sympathie aux Russes, aux Espagnolsi aux Suisses, etc..

Enfin» après des jours de travail et de repos, c'est l'attaque. Selon les « tuyaux » des artilleurs, on dispose d'une artillerie plus formidable encore que celle qui avait été rassemblée le 9 mai.

Le but de l'attaque : la cote 119 ; la cote 140 ; les bois de la Folie. Ce sont là les bruits qui circulent.

— La cote 140 I On y était, le 9 mai !

— Bah 1 s'il faut la reprendre, on la reprendra I Il n'y a pas h discuter.

Et le 15 juin, par un beau crépuscule, les survivants du régiment, renforcés par 1 100 Grecs, équipés, armés et approvisionnés comme l'attaque du 9 mai, vont occuper leurs postes de combat* Les Grecs crient :

— lera ! lera I

Un kilomètre de route, et on tourne îi gauche, par le chemin « du Pendu. »

Derrière une éminence, voici les premières batteries de 155 en pleine action. Plus loin, les « Trente-un abris » et leurs Rimailhos trapus, en

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pleine action, eux aussi. Dans la plaine, des hommes assis par terre, et des faisceaux de fusils. A un nœud de routes, les cuisines roulantes, les voitures régimentaires, des tonneaux pleins d'eau fraîche...

Les obus filant entre les vallonnements ont un fracas de train manœuvrant sur des plaques tournantes.

Les compagnies se séparent, disparaissent dans les boyaux : boyau de Souchez, de l'Arbre sec, de Béthune, du Bois.

Etlh-bas, vers la ligne indiquée parles fusées, c'est Souchez, le Cabaret rouge, le Labyrinthe... et ces légères ondulations se nomment la cote H9, le bois de la Folie, la cote 140.

A l'aube, le bombardement commence ; mais les batteries allemandes contrebattent furieusement nos batteries.

Les 210 tombent rigoureusement dans nos tranchées.

L'attaque est déclenchée, après une préparation d'artillerie formidable pour l'époque (le communiqué accuse 200.000 obus tirés). Elle n'a pas le brio de celle du 9 mai. La Légion soutient les tirailleurs. On avance lentement par bonds ; les contre-attaques sont fréquentes ; des deux côtés, les pertes sévères.

D'un trou d'obus, des plaintes s'élèvent. Deux

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brancardiers s'approchent. Un tirailleur est allongé , du sang aux lèvres : c'est le berger arabe. Il balbutie des phrases incompréhensibles. Gomme l'infanterie va sortir, l'artillerie allonge son tir et le terrain est laissé aux fusils et aux mitrailleuses. Un silence ; puis des rumeurs de voix.

— Qu'est-ce qui sait? — demande le Marocain.

Au bord de l'entonnoir, apparaissent des prisonniers. Alors, le tirailleur se lève, saisit des pierres, les lance aux Allemands, et, dans un cri :

— Salauds ! — Il retombe et meurt.

L'avance coûte cher. Les tirailleurs ont perdu

plusieurs commandants et capitaines.

A la Légion, le commandant Collet, commandant le régiment, les capitaines Gabet, Gressac, Lexelard, tombent, grièvement blessés.

Pendant toute la nuit, c'est l'horreur des bombardements d'attaque. La mort par l'artillerie. Les corps écrasés, déchiquetés. L'ombre impénétrable. L'ignorance parfaite de l'endroit où l'on se trouve. Et, parfois, sous les lueurs des fusées^ un fragment de la plaine s'avance : c'est une masse d'infanterie ennemie qui entre en action et que déciment les feux soudains des mitrailleuses et les éclatements des grenades. Le sol armé se défend, dirait-on.

A Taube, le médecin auxiliaire Ghazal et son camarade, le Polonais Zabrowski ramènent au

combat des fractions Isolées, Biins chefs, ahuries parles détonations.

Le jour. L'attaque reprend, aussi terrible, mais moins hallucinante. On y voit !

Quand la division marocaine est relevée par les chasseurs, l'objectif est atteint : la cote H9 est prise ; les compagnies sont près des Vergers de la Folie...

Au repos, chacun raconte ses exploits, ceux des camarades. Que de belles histoires h écrire I Oo cite l'aventure du légionnaire Areraberi qui, — comme l'a prouvé sa citation, — « le 16 juin 1915, isolé de sa compagnie, s'est avancé avec son sergent et quelques hommes de son escouade jusqu'aux positions de première ligne. A fait preuve de ténacité et de courage, en soutenant pendant quarante-huit heures un combat violent à «oups de bombes contre les Allemands occupant une tranchée h trente pas de lui. Blessé sérieusement, a continué néanmoins k lancer des bombes et ne s'est arrêté qu'après épuisement. »

Plus tard, un quotidien de Rouen publiait l'article suivant :

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