‹ En campagneChapitre 13 sur 20 · BROWN · texte numérisé non relu

BROWN

ss rencontrent. Ils tondent avidement la plaine dénudée, se mangent mutuellement les poils de leurs crinières, gémissent après le râtelier absent et l’auge de la caserne. Où sont leurs brillants cavaliers? où sont ces amis de tous les jours qui les soignaient, qui les guidaient, qui les aimaient? Ils sont morts, morts pour le drapeau et pour le pays. M. John Lewis Brown n’a jamais été plus profondément inspiré. Lendemain est à la fois nu de ses meilleurs tableaux et un très beau tableau.

En campagne ou en manœuvres, être cuisinier d’une escouade, c’est exercer un sacerdoce. C’est que la bonne soupe est le nerf de la guerre. M. Berne Bellecour doit être un ami des soldats, — quand on les peint si bien, c’est qu’on les aime, — il a bien rendu la majestuosité d’un homme chargé des importantes fonctions de cuisinier. Je ne lui adresserai qu’une critique : l’exiguïté de la coiffure du maître queux.

D’ordinaire les cuisiniers militaires arborent les coiffures les plus hautes et les plus étranges.

Le siège mémorable de Saragosse montra ce que peuvent faire des gens déterminés lorsqu’ils sont enflammés par de chefs pleins de cœur. Que ce soient des prêtres, comme le célèbre Santiagosas, ou des généraux comme Palafox qui aient été l’âme de la défense, il est certain que la résistance des habitants de Saragosse est aussi mémorable que la persistance des nôtres dans l’attaque. Quand une ville ne s’est rendue qu’après de louables efforts militaires, qu’elle a payé largement sa dette à l’honneur, elle n’a fait que son devoir; mais, lorsque son nom devient le terme épique par lequel on caractérise le sublime dans le sacrifice, elle peut alors s’appeler une héroïque cité. A Saragosse, le cœur des citoyens et des soldats battaient à l’unisson; il n’y eut pas de faiblesse, pas de municipalité agissant sur le général, pas de faubourgs s’ameutant à propos de tout et à propos de rien. Il n’y avait qu’une pensée : la patrie; qu’un but : repousser l’ennemi. M. Jules Girardet a choisi là un beau sujet. J’aurais voulu qu’il rappelât aussi que les citoyens de Saragosse et les soldats de l’armée espagnole eurent la plus large et la plus belle part dans cette défense, dont on parle encore aujourd’hui.

Je crois que l’épisode représenté par M. Jules Girardet est la défense de la place Santa Magdalena, entre la promenade du Cosso et la rive de l’Ebre. La un prêtre, voyant les Espagnols reconduits vigoureusement par les nôtres, sortit inopinément d’une chapelle, et présentant le Saint-Sacrement aux fuyards leur dit : « Est-ce ainsi que vous abandonnez Dieu, la foi et la patrie? » Ils s’arrêtèrent et firent face aux Français .

M. Jazet aime prendre la fleur du métier militaire. Sa halte pendant les grandes manœuvres nous fait faire connaissance avec d’aimables chasseurs à cheval qui se sont arrêtés dans une ferme pour y reprendre haleine.

La Guerre en V endée , de M. Boutigny. Un républicain assez en vue a dit qu’il n’y avait de logique que la guerre civile, parce que c’est la seule où les belligérants savent pourquoi ils se battent. C est absolument vrai pour l’émeutier et le révolté. C’est absolument faux pour le soldat régulier. Qu’il défende contre la révolte le gouvernement établi ou le sol de la patrie contre l’étranger, c’est toujours pour la loi que le

Page 1