HUBERT
mitraille, guide ses hommes. Ces braves gens-là méritaient d’être vainqueurs ; mais ils étaient si peu, si déplorablement engagés, et il y avait tant d’ennemis.
Les cuirassiers à TP^aterloo. Cette fois ils y étaient tous et formaient deux corps de cavalerie avec une brigade de dragons, celle du baron Picquet (a0 et 7e régiment) et avec la brigade de carabiniers aux ordres du baron Blancard : un ensemble de 4q escadrons et de 6291 cavaliers.
Les cuirassiers y comptaient pour 65 escadrons et 435 1 cavaliers.
Ce fut une hécatombe. Dans les charges de Waterloo, le général Donop et le colonel Lacroix, du 3e,
furent tués. Les généraux Lhéritier,De lort et Travers furent blessés. L’héroïque Kellermann , comte de Valmy, le héros de Marengo, renversé sur le champ de bataille , au milieu des carrés anglais, ne dut son salut qu’en se suspendant aux crinières des chevaux de deux de ses cuirassiers. Des témoins affirmaient que la terre tremblait sous les escadrons se succédant avec la rapidité de la foudre.
M. Hul )ert a bien rendu cette rapidité terrifiante de régiments qui vont ' se perdre dans la témérité et dans la gloire.
Encore des cuirassiers , toujours des cuirassiers, et ce n’est pas encore assez, puisque leur gloire emplit tous
les cœurs. Cette fois, ils sont éveillés par une alerte dans un château où ils ont couché.
Le châtelain et la châtelaine disent adieu aux officiers qu’ils ont hébergés. Ces beaux et puissants cavaliers, qu’ils ont peut-être vus arriver la veille avec indifférence, leur inspirent un vif intérêt maintenant qu’ils se mettent en selle pour aller pourfendre les ennemis. O11 se lie vite devant une pareille perspective. La bonne vieille dame 11’ose se montrer, non point parce qu’elle est en toilette du matin ; elle veut cacher les larmes qui perlent dans ses yeux. Le châtelain a plus d’entrain, c’est un homme; mais, a la façon dont il serre son jeune garçon, 011 voit qu’il est empoigné. Un jeune gars, élégamment costumé en franc-tireur, donne au capitaine des renseignements sur la route à suivre. Tout ce monde de soldats qui se pressent et s’appellent est bien mis en scène. Quand on a vu sortir de chez soi un matin et qui ne sont pas
CH. BOMBLED. — Rafale du nord-est (Saint-Genest, lettres d’un soldat. Salon de 1875).
revenus le soir — de ces hôtes d’un jour allant combattre pour la France et son honneur, on reconnaît la vérité de cette aimable toile.
M. Bombled a emprunté aux Lettres d’un soldat de Saint-Genest le sujet de Rafale de nord-est. Ce furent de cruels instants, pour nos malheureux soldats de l’armée de l’Est, que ces quelques jours d’hiver suivis de longues et froides nuits, où, exceptés de l’armistice général par l’inconsciente ignorance de Jules Favre et l’astucieuse perfidie de M. de Bismarck, ils durent lutter contre les efforts d’un ennemi désormais délivré de toute autre préoccupation.
Jamais troupe ne se trouva dans pareille situation. Ajoutez le manque de vivres, la mauvaise organisation de l’armée, le découragement des faibles, le désespoir des malades, et vous admettrez que, sous le vent du nord-est, ces pauvres lanciers du 3° régiment de marche pouvaient croire que tout était fini pour eux. Hélas! ceux qui survécurent à ces terribles angoisses durent remettre leurs armes à l’armée suisse pour éviter de se constituer prisonniers des Allemands.
Hors de combat, un fort joli tableau de M. Walker, nous montre un élégant officier de hussards ramené blessé par un artilleur. Tous deux sont à cheval; la première pensée qui vient à l’esprit en voyant l’artilleur si dévoué pour un officier d’une autre arme est que ce sont deux frères.
Quoique veuillent et fassent les réalistes, une petite pointe de sentiment ne fait jamais de mal dans
une scène populaire. Et après cette longue suite de sujets militaires, — près de cent quatre-vingts
tirés des œuvres de nos peintres militaires les plus aimés, nous sommes autorisé à poser en principe qu’après des scènes d’action violentes, emportées, épiques, celles qui flattent le plus la fibre populaire appartiennent au genre sentimental. Les tableaux de pure représentation doivent être parfaits, irréprochables, tandis que nous sommes moins difficiles pour les œuvres cpii nous transportent ou nous émeuvent.
Jules Richard.
WALKER. — hors de combat.