‹ En campagneChapitre 18 sur 20 · P. JAZET . — POSE DE VEDETTES · texte numérisé non relu

P. JAZET . — POSE DE VEDETTES

bon usage — de faire de temps en temps à leur compagnie une conférence sur les quatre noms de victoires inscrits sur le Drapeau du régiment. Le général de Cissey avait prescrit que tous ies régiments eussent leur historique. Le général Thibaudin — on dit que le général Boulanger a ressuscité cette décision — • voulait que, dans les salles de rapport, on réunît des tableaux retraçant les hauts faits d’armes du corps. Tout cela est parfait; mais les colonels et les ministres passent, tandis que le Drapeau reste. Qu’un aigle, un coq ou un fer de lance le surmonte, il est toujours le signe de l’honneur et le symbole de la patrie.

Rezonville! Les Allemands appellent cette bataille : Yionville-Mars-la-Tour; elle eut lieu le 16 août 1870 sous Metz. C’est l’un de ces épiques combats qui n’aboutirent à rien, malgré l’héroïsme de nos troupes. La fatalité d’abord, puis l’incapacité du général en chef — en qui tous les partis, même les

plus hostiles au gouvernement qui allait tomber, avaient mis leur confiance — sont les causes principales de ce désastre; causes auxquelles il faut ajouter aussi l’insuffisante préparation de la guerre.

P. JAZET. — chargez!

La 1 2e brigade (V. Bredow), faisant partie de la 5e division de cavalerie prussienne (baron de Reinbaden), composée de trois régiments :

7e régiment de cuirassiers [de Magdebourg), lieutenant-colonel de Larisch ; 1 6e régiment de ulhans [de V Altmark), major de Dollen ;

13° régiment de dragons [du Schleswig-Holstein ), colonel de Brauchitsch ;

avait espéré surprendre au bivouac la division de cavalerie française de Forton :

( lu ivjjuuwu ut buucroicis, uuiuuei juiitner.

La brigade de dragons, rapidement mise en selle, chargea la première les douze escadrons de Bredow cpii passaient à travers les intervalles de notre artillerie ; mais la cavalerie allemande s’étant séparée en deux groupes, l’un se dirigea sur la brigade Grammont que le général Forton venait de former en bataille. C’est alors que les quatre escadrons du 70 cuirassiers français et un du 1 oc exécutèrent deux charges brillantes. Ils dégagèrent notre artillerie, que l’attaque de la cavalerie de Bredow avait compromise. L’ennemi, culbuté et sabré, se retira laissant sur le terrain un grand nombre de morts et de blessés. L’excellente Revue cle cavalerie , en racontant ce combat, ajoute que notre 7e cuirassiers eut quatre officiers blessés : MM. les capitaines Yignal, Prévost, de Guibert et le sous-lieutenant Motte.

L’ouvrage du grand état-major allemand équivoque sur la portée et le résultat de cette charge, très honorable pour les nôtres; mais il est forcé d’avouer, dans ses tableaux statistiques, que la brigade de Bredow perdit ce jour-là 6 officiers et 4o cavaliers tués, 17 officiers et 299 cavaliers blessés. En outre 2 officiers et 4° hommes furent portés disparus, et 47^ chevaux furent tués, pris ou abattus.

Ce fut la seule bataille sous Metz où nos cuirassiers trouvèrent l’occasion de mettre le sabre au clair. Ce jour-là aussi les cuirassiers du régiment de la garde subirent de grandes pertes dans une charge qui leur fut très importunément demandée contre l’infanterie allemande.

M. Morota très superbement rendu l’élan de notre 7e cuirassiers s’élançant sur le 7e cuirassiers allemand. D’après ce que je viens de relater — pièces en mains — le lecteur peut être assuré que le peintre 11’a exagéré en rien la façon dont nos braves cuirassiers reconduisirent leurs collègues du régiment de Magdebourg.

M. Jazet, à 1 œuvre duquel nous avons fait de larges emprunts, ne cache pas sa prédilection pour les cavaliers, et surtout pour les cavaliers casques. La Pose de vedettes est un épisode de grandes manœuvres. Nos dragons ne portent le casque en acier que depuis la guerre de 1870. Avant, leur casque était jaune, avec un turban de peau tigrée rappelant le bonnet de fourrure de leurs premiers ancêtres. Aujourd’hui le dragon n’est plus ni de vert habillé ni coiffé de pelleterie, il a suivi la fortune du hussard, du chasseur et de 1 artilleur, il est vêtu a la hongroise et casqué absolument comme le cuirassier. Les dragons de M. Jazet ont encore la tunique bleue et ont fort bon air. L’officier chargé de poser les vedettes porte déjà les affreux gants en peau de chien — d’un usage, paraît-il, excellent — mais d’un effet déplorable dans la tenue. Mais ne parlons plus de tenue, ce n est pas la mode. Je lisais tout récemment, dans un journal militaire se donnant pour très influent, que plus la tenue est lâchée, anti-militaire et se rapprochant de celle du gentleman chasseur, meilleure elle est. C est possible; mais, si elle pouvait être à la fois très commode, très simple et en même temps rehausser la mine de celui qui la porte, je crois que cela serait encore supérieur. Evidemment les Chinois agitant des images de monstres en allant au combat étaient des sots, et la preuve c est qu ils ont lâché les monstres pour le fusil Remington et le canon Krupp. Mais je crois qu’un régiment de cuirassiers chargeant en blouses d’exercice produira moins d’effet sur le moral de l’ennemi que s’il était en grande tenue, même avec l’inutile plumet.

Les théories nouvelles ont une limite, de même que les anciennes avaient leurs exagérations. C’est une affaire de mesure de les mettre d’accord.

Chargez! c’est M. Jazet avec les cuirassiers qu’il mène au combat. Pour le sûr, nous sommes à Wœrth. Je reconnais dans ce beau chef d’escadron mon ami le commandant Corot-Laquiante du 2e régiment. Il est mort général il y a deux ans. C’est lui qui lève son sabre et qui, au milieu de la fusillade et de la

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