CHAPITRE DIXIÈME
— Oh! elle m'a dit : Ne faites pas de folies, Fatness, ou votre ambition pourra faire parler de vous dans les journaux. » Et là-dessus il partit d'un grand éclat de rire.
Pendant mon séjour à Newbern, le juge West et son frère organisèrent une grande chasse; le chemin de fer vous transporta à un lieu inhabité, situé à dix-huit milles de là, où l’on trouve en abondance des cerfs et des oiseaux sauvages. Nous passämes toute la nuit à chasser les blaireaux. La chasse aux renards et aux cerfs prit toute la journée. Au milieu de ces agréables passetemps, j'abandonnai l'étude pratique de la géographie, qui me sembla pour la première fois quelque peu ennuyeuse, car, grâce à la bonne volonté des habitants de Newbern à me rappeler aux charmes de la société civilisée, j'étais fort en train de me démoraliser, en tant que géographe voyageur.
Pouvais-je, après avoir goûté tant d’aimables distractions, me résoudre à retourner à mes avirons avec un seul repas par jour, et un lunch de biscuits secs; à ne dormir que sur le plancher d'une cabane de pêcheur où les moustiques et bien d’autres contrariétés m'attendaient? M'’étant rendu compte de la situation, je m'’arrachai à l'hospitalité de mes nouveaux amis, et je repris la route de Morehead, où j'arrivai le mardi 5 janvier, pour descendre le petit Sound, appelé Bogue, dans la direction du cap Fear.
A la brune, je découvris sur le rivage une cabane de gazon élevée sur la plantation du docteur Emmett, et qui avait été abandonnée par quelque pêcheur. Elle
me servit de refuge pour la nuit, bien que les combats et les aboïiements d’une bande de chiens qui voulaient entrer par la porte ébranlée sur ses gonds, ne contribuassent pas beaucoup à mon repos.
Les cours d’eau par lesquels je devais passer devenaient très-difficiles et compliqués à mesure que j'avançais au sud. Je laissai derrière moi les eaux ouvertes du Sound, et j'entrai dans un labyrinthe de petits ruisseaux et de lagunes qui formaient un véritable réseau dans les marais, entre les dunes sablonneuses des îles et la grande terre. La carle du ‘Core-Sound des ingénieurs hydrographes des États-Unis n'allait pas au delà du cap Lookout, et il n’y en avait par conséquent aucune pour me montrer la route de Masonboro. Je devais donc voyager maintenant d’après les renseignements locaux, qui sont des guides peu sûrs.
Par une pluie froide, le canot arriva au village de Swansboro, où M. Mac Lain, principal personnage du lieu, vint me prendre dans mon campement temporaire pour m’emmener à sa confortable habitation, située près de la distillerie de térébenthine.
Dans un rayon de dix milles, à l'entrée de Swansboro, ily à vingt pêcheries de mulets, lesquelles emploient chacune de quinze à dix-huit hommes. Les œufs des mulets sont salés et séchés, puis expédiés à Wilgmington et à Cincinnati. Les oiseaux sauvages abondent à Swansboro, et la chasse est très-giboyeuse ; les pêcheurs prétendent avoir vu des troupes de canards, longues de sept milles, sur les eaux du Bogue-Sound.
A l'état à peu près sauvage, les poneys des marais