‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 117 sur 184 · DU CAP FEAR A CHARLESTON (CAROLINE DU SUD · texte numérisé non relu

DU CAP FEAR A CHARLESTON (CAROLINE DU SUD

Portage au lac Waccamaw. — Inondations des marais. — Une nuit dans une distillerie de térébenthine. — Orfraie et qui. — Crackers et noirs. — À travers la Caroline du Sud. -— Idées d’un cracker en fait d'hospitalité. — La rivière Peedee. — Georgetown. — Baie Winyah. — Plantations de riz des rivières Santee. — Une nuit avec les noirs de Santee. — Arrivée à Charleston.

Pour atteindre le point le plus rapproché où je pusse m'embarquer, il fallait faire un portage. Je me rendis à la station du chemin de fer de Wilmington, située à une distance de douze milles, avec mon canot bien casé sur un lit de son, dans un haquet à un cheval et à temps pour prendre le train du soir à Flemington, sur le lac Waccamaw. L'aimable agent général de l'exploitation, M. Pope, m'autorisa à transporter mon bateau dans le wagon des bagages, où je fus obligé de le maintenir pendant trente-deux milles pour le protéger contre le frottement causé par le mouvement du train, car malheureusement le wagon n'était pas couvert.

M. Pope avait cu l'obligeance de télégraphier aux quelques familles qui habitaient sur les bords du lac : « Prenez soin du canot de papier. » Aussi, dès que j'arrivai à destiaation, j'entendis d’aimables voix qui, à

travers l'obscurité, m'offraient l'hospitalité de l'excellent hôtel de MM. Brother, à la station de Flemington. Après que M. Carroll eut mis le canot de papier à l'abri dans son magasin, nous nous réunîmes tous autour d'une table à thé, avec autant de cordialité que si nous eussions été de vieux amis.

Le lendemain, nous portâmes la Maria-Theresa sur nos épaules jusqu’au petit lac, dont le long et sinueux déversoir envoie ses eaux et ses noirs cyprès à la mer. Un des fils de M. Short, propriétaire de quelque soixante mille acres des marécages du Waccamaw, me prit sur son yacht en compagnie de quelques-uns de ses amis, et me fit ainsi traverser le lac jusqu'à mon point de départ. Il était alors midi; notre petite bande fit un goûter sous les grands arbres qui croissent sur les rives basses du Waccamaw. Un peu plus tard vint le moment des adieux; puis le canot se lanca dans le courant tourbillonnant qui se précipitait hors du lac, par une étroite ouverture, dans un grand et sombre marais. Avant de nous séparer, M.*Carroll m'avait remis une lettre pour M. Hall, qui dirigeait re distillerie de térébentiine située sur ma route. « Il y a vingt milles à faire pour arriver chez mon ami, me dit-il; mais en droite ligne, il n'y en a réellement que quatre.» Tel est le caractère du Waccamaw, la plus tortueuse des rivières.

Je ne m'étais jamais trouvé dans un courani rapide et inégal; aussi fus-je obligé de laisser mes rames et de prendre la pagaie pour avoir la faculté de regarder devant moi, car les tournants de la rivière étaient si brusques que j'aurais pu me croire

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