CHAPITRE ONZIÈME
par des dépôts de marée et encombré de végétation très-puissante.
Les rigoles des rizières déversaient leur drainage dans le Mosquito. Le canot suivit un large fossé à . droite, à travers des champs d'un riche sol d’alluvion, qui avait été conquis sur l'état naturel par un rude travail, et j'atteignis bientôt le moulin à riz du commodore Richard Lowndes. Un peu plus loin, dans un beau bois de chênes verts, couvert de festons de mousse d'Espagne, s'élevait sur une hauteur l'imposante maison du planteur. IL entretenait toujours ses terres en exploitation, bien que sur une échelle moindre qu'autrefois. Quelle charmante soirée je passai dans la compagnie des membres de la famille du vieux commodore! Aussi ce fut avec un sentiment de vif regret que je repris mes avirons le lendemain, et qu'en suivant le grand canal des terrains plats, j'adressai des regards d'adieu à la maison de mon hôte et à ses grands vieux arbres. Le canal finissait à la baie Nord-Santee.
Tandis que je me préparais à remonter la rivière, une tempête s'éleva subitement, et me retint prisonnier au milieu des joncs des rizières du marais. Les roseaux creux fournissaient un pauvre combustible pour ma cuisine, lorsque cette sombre nuit d'orage m'entoura de tous les côtés, et que le sol, devenu encore plus humide à mesure que la marée montait, menaçait de tout inonder. Pendant plusieurs heurcs je restai couché dans mon étroit canot, en attendant que le flot eût atteint son point extrême; dès qu'il se retira, il ne me laissa aucun moyen de faire du feu, tant les roseaux
avaient été mouillés par l'orage. Le lendemain, fatigué de cette espèce de prison, et pris de crampes faute de mouvement, je lançai le canot dans des eaux agitées, et traversai la rivière pour aller chercher un abri sous le vent de l'ile Crow, ce qui me permit d'arriver jusqu'à : l'embouchure du ruisseau Aichison, que je traversai à deux milles de la rivière South-Santee.
Tous ces cours d’eau sont bordés par des plantations de riz, dont la plupart ont été abandonnées aux: soins des noirs libres. Je n’y ai pas vu un seul blanc. Les maisons et les digues tombent en ruine, et les crues des rivières inondent fréquemment le pays. La plupart des anciens propriétaires, jadis riches, sont aujourd'hui trop gênés pour essayer de cultiver eux-mêmes. Il devient très-difficile de faire travailler les noirs pendant toute une saison, même en les payant bien, et ils préfèrent émigrer dans les villes quand l’occasion s’en présenic.
Les rivières Santee, Nord et Sud, se jettent dans l'Atlantique; mais on trouve si peu d'eau sur leurs barres, que pour aller à la mer beaucoup de produits du pays, tels que : le goudron, le riz, la térébenthine, etc., etc., sont obligés de passer par Georgetown- Entrance. Lorsque je quittai le canal, qui avec le ruisseau offre un passage complet pour les alléges et les caboteurs allant de l’une à l’autre des rivières Santee, un redoublement de la tempête me décida à chercher un refuge dans une ancienne cabane faisant partie d'un village de nègres dont chaque maison était bâtie sur pilotis dans le marais. Mais Îe vieux noir Surveillant de la plan-