CHAPITRE DOUZIÈME
En me peignant sous des couleurs brillantes les charmes de son pays natal, il m'invita à venir le visiter. A la fin, comme il était près de minuit, l'aimable marin insista pour me donner sa propre chambre, tandis que lui dormirait sur un sofa dans le salon.
À un milie au-dessus du mouillage du Rurik, on voyait l'usine à phosphate de la Compagnie du Pacifique, qui, au moyen d'alléges, apportait au capitaine Bergelund son fret d'engrais. Le lendemain matin, je pris congé du Rurik ; mais, au lieu de descendre la rivière du Bull jusqu'au Coosaw, j'imaginai, pour gagner du temps, de traverser la péninsule, entre les deux rivières,
à l’aide d’un bout de canal construit tout près des mines de la Compagnie de phosphates. Lorsque j'entrai dans le ruisseau du Horse-Island, à onze heures, la marée était tout à fait basse, et je dus attendre, assis dans mon ca not, que le flux me permit de me rapprocher du Coosaw. Je perdis ainsi trois heures, sur les bords du canal, à attendre que la marée me fournît un pied d'eau; puis je ramai dans le second cours d’eau, et il était déjà tard Ÿ* quand j'entrai dans le large Coosaw. Les deux ruisseaux
et le canal qui les réunit s'appellent le ruisseau Haulover.
En remontant le Coosaw, je longeai les marais alors submergés de sa rive gauche, où deux dragues repéchaient des débris de monstres marins des temps anciens. Le canot, ayant à la fois en sa faveur unc brise fraîche et le courar , arriva bientôt en face des hauteurs que pendant la nuit précédente j'avais tant désiré d'atteindre. C'était le débarcadère Chisolin, en arrière duquel se trouvaient les ateliers de la Compagnie des
mines de phosphate. L'inspecteur, M. John Hunn, m'offrit l'hospitalité de l'Alligator-Hall, où lui et quelques-uns des employés de la Compagnie vivaient en garçons. Mon hôte me décrivit une dent de mastodonte qui pesait presque quatorze livres, laquelle avait été découverte dans la mine de phosphate et envoyée au musée de Beaufort (Caroline du Sud). On avait aussi trouvé une dent de requin fossile du poids de quatre livres et demie, et un savant ichthyologiste avait assuré que le propriétaire naturel de cette remarquable relique des temps passés devait avoir une centaine de pieds de lon-
NW gueur.
Ÿ La ville de Beaufort n’était pas loin, et l'on pouvait 4 Ve arriver facilement en prenant le ruisseau Brickyard, dont 1< l'entrée était sur la rive droite du Coosaw, presque vis-à- ‘vis du débarcadère de Chisolm. Il y avait environ six milles . à faire sur ce ruisseau jusqu’à Beaufort, et de cette ville !: à Port-Royal-Sound, en suivant la rivière de Beaufort, il a y à une distance de onze milles. L'embouchure de cette / rivière dans le Sound n’est qu'à deux milles de la mer. Préférant suivre une route plus intérieure que celle de Beaufort, je remontai pendant cinq milles le Coosaw, jusqu'au Whale-Branch, sur lequel passe le pont du chemin de fer de Port-Royal. Whale-Branch (longueur : cinq milles) se jette dans la rivière Broad. Je le descendis en côtoyant la rive droite (treize milles) jusqu'à l’extrémité sud de l’île Daw. Là, dans cette région de côtes marécageuses, les rivières le Chechessee et le Broad réunissent la force de leurs courants dans le Port-Royal- Sound. Il faisait déjà sombre quand, en venant de l'île