CHAPITRE TREIZIÈME
et la rivière Brunswick, — de l’intéressante et ancienne ville de Brunswick (Géorgie).
Les rives vaseuses de ces bois étaient, par places, bordées d’un épais fouillis de roseaux, et je restai immobile sur mes rames, pour découvrir un lieu de débarquement. Un bruit, qui paraissait sortir des joncs, attira soudain mon attention : quelque animal s’agitait au milieu des herbes, et dans la direction du canot. Ma vue se porta d'abord sur les têtes des joncs, courbés, couchés, brisés, et mes oreilles tendues cherchaient à découvrir la cause du craquement qui se faisait dans les roseaux, à travers lesquels se mouvait cet animal inconnu. Ma curiosité fut bientôt satisfaite, car je vis sortir lentement du couvert un alligator presque aussi grand que mon canot. Sa tête n’était pas moins longue qu’un canon de fusil; son épaisse carapace était toute gluante de vase, et ses yeux ternes étaient braqués droit sur moi. J'étais si surpris et si fasciné par l'apparition de ce monstrueux reptile, que je restai sans mouvement dans mon bateau, lorsque le monstre, après avoir réfléchi sans doute, plongea à quelques pas de moi.
Le bouquet de bois perdit tout aussitôt ses charmes, et je m'éloignai plus vite que je n'étais venu. Dans l'obscurité, je vis deux autres petits tertres, entre l'ile Colonel et la rivière Brunswick, qui me paraissaient être à une courte distance du Jointer, et je suivis pendant un quart de mille le sinueux passage de l'un d'eux.
En forçant de rame, et en remontant ur ruisseau 1 étroit dans 1a direction du plus grand de ces tertres, mes | yeux se réjouirert à la vue d’une petite maison entou-
rée de chênes verts; mais pour l’atteindre il me fallait abandonner mon canot, et essayer de passer à gué le marais. La marée montait rapidement, et il n’était pas impossible que je fusse dans la nécessité de traverser à la nage quelque ruisseau intérieur avant d'atteindre un terrain sec.
Je commençai par enfoncer une rame dans la vase du marais, puis j'amarrai mon canot, car je savais que tout le pays, à l'exception du petit tertre, serait bientôt sous l’eau à marée haute. Marchant dans la vase, je me frayai un chemin à travers les grandes herbes de la rive, où mes pieds s'embarrassaient souvent; je sautai des fossés naturels, et lorsque je me trouvai enfin sur la terre ferme du plus grand de ces bouquets de bois, le | Jointer, la voix de M. Williams résonna agréablement à } mon oreille : « Mais d’où venez-vous? me criait-il; À
comment avez-vous fait pour traverser le marais? »
Après avoir expliqué à toute la famille réunie autour } de moi la situation critique du canot, nous. nous as-À simes à la table du souper. M. Williams paraissait parti- À culièrement inquiet de savoir ce qu'était devenue la cargaison de mon bateau. « Les blaircaux éventeront vos provisions et mettront tout en pièces ; il faut allerk tout de suite au canot. »
Pour retrouver la Maria-Theresa, nous fûmes obli-R gés de suivre un ruisseau qui côtoyait le petit tertre, vis-h à-vis de l'endroit où j'avais débarqué, et de ramerk encore deux ou trois milles sur le Jointer. À neuf ñeures nous arrivämes à l'emplacement où j'avais laissé lek canot de papier, mais tout avait changé d’aspc:t : le solh