‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 162 sur 184 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

seurs d'exercer leur adresse sur la gent emplumée.

Le lundi 9 mars, la Maria-Theresa quitta l’île Broughton avec toutes sortes de bonnes choses que le généreux capitaine m'avait forcé d'accepter.

L'atmosphère était adoucie par les brises embaumées et par la chaleur du soleil, qui jouait avec les ombres des nuages sur les grands marais reverdis par le retour du printemps. Les poissons sautaient hors de l'eau lorsque je leur faisais sentir le contact de mes légers avirons.

Avant dix heures, j'étais à l’île Saint-Simon, — où M. Pierce Butler cultivait autrefois le coton, et où il avait amené sa fiancée anglaise, miss Kemble; — l'ile n'est plus qu'une plantation abandonnée. La rivière Frédérica me fit côtoyer l’île Saint-Simon, dans toute sa longueur, jusqu’au Sound Saint-Simon. L'histoire nous apprend que Frédérica fut la première ville construite par les Anglais en Géorgie; elle fut fondée par le général Oglethorp, qui présida à la fondation et à l'établissement de la colonie. Cette forteresse était peut-être la plus belle et la plus coûteuse de toutes celles qui ont été construites dans l'Amérique du Nord par les Anglais.

En continuant ma route vers le Sud, Le canot entra dans le dangereux estuaire du Sound Saint-Simon qui, avec sa passe ouverte à l'Océan, se laisse facilement traverser jusqu’à l’île pittoresque de Jekyl. Les frères Dubignon y jouissent de la vie libre des rois des forêts, en chassant le cerf sur cette ancienne résidence de leur famille. Elle était jadis le refuge hospitalier où le touriste du Nord et le marin naufragé partageaient fraternellement

les plaisirs de cette vi: avec les excellents hôtes de ce grand manoir, qui pendant la guerre servit de cible à une canonnière, et est maintenant en ruine!

C'est là qu'au milieu de la nuit, il y a vingt ans, le négrier le Wanderer débarqua ses noirs d'Afrique. Le capital de l'opération avait été fourni par trois propriétaires du Sud, et l'exécution avait été confiée, par un contrat soigneusement rédigé, à des gens de Boston!

Le temps caïme favorisait beaucoup mon voyage, et si je n'eusse pas manqué le ruisseau Jekyl, qui est la route que suivent, par les marais, les bateaux à vapeur pour se rendre au Sound Saint-André, toute la navigation de ce jour eût été des plus heureuses.

L’embouchure du Jekil étant très-étroite, je dus longer les basses terres, jusqu’à ce que j'eusse trouvé un passage dans les marais, à une petite distance de celui que je cherchais. Après avoir suivi pendant quelque {:mps son cours sinueux, et un peu tard dans l’aprèsmidi, le canot se trouvait sur un large cours d’eau d'où mes regards, en passant au-dessus du Sound Jekyl, découvrirent le large. |

Je remontai cette rivière, appelée le Jointer, dans le dessein de trouver une éminence où je pusse camper. La marée était basse, et j'avais le niveau du marais à trois ou quatre pieds au-dessus de ma tête. Après beaucoup d’anxieuses recherches, et bien des coups d'aviron sur les doux soupirs du jusant, à l'ile Colonel, je découvris une forêt de pins et de petits palmiers sur une pointe, à environ quatre milles, — par les marais

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