CHAPITRE QUATORZIÈME
gieux, il me semble que le noir libre du Sud se convertira plus naturellement au méthodisme qu'à aucune autre forme du christianisme.
L'institution de prédicateurs locaux plaira surtout au noir, Car il lui sera alors permis d’avoir des ministres de sa couleur et de son voisinage, pour conduire les assemblées des fidèles, tandis que le prêtre catholique noir le traiterait surtout comme un enfant, et par suite exercerait sur lui une forte discipline.
Dans une de leurs églises, et sur ma requête, une dame de New-York, qui était familiarisée avec l’idiome des noirs, transcrivit les paroles du prédicateur. Le texte du sermon était la parabole des Dix Vierges ; voici le texte : « Cinq d’entre elles élaient sages, et les cinq autres ne l'étaient pas. Celles qui étaient sages remplirent leurs lampes et allèrent au-devant du fiancé; mais les folles restèrent assises jusqu’au moment où il vint les appeler; alors elles coururent prendre leurs lampes et ouvrirent la porte; mais le Seigneur leur dit : « Ar- « rière, jeunes filles », arrière, et il leur ferma la porte sur la figure. »
« Mes sœurs et mes frères, vous devez remplir les lampes avec l'Évangile, en suivant les préceptes de Moïse, car Moïse était un savant homme; l'éducation est le plus inestimable des bienfaits qu'on puisse recevoir en ce monde.
« Tenez bon à l'Évangile; si vous voyez que le drapeau est déchiré, et qu'il ait été troué, saisissez la hampe, tenez-la n'importe commeu. & ne l'abandonnez jamais; tenez-la, tenez-la ferme jusqu’à la mort, et même alors,
si vos péchés étaient aussi noirs que l'encre, ils deviendraient blancs comme neige. »
Après le sermon, la congrégation chanta le cantique suivant sur une mesure très-lente :
Petits enfants, vous devriez vous dire (ter) : J'irai demeurer au ciel après ma mort.
Doux ciel, mon seul but (ter).
J'irai demeurer au ciel après ma mort.
Plût au Seigneur que je fasse dans le ciel Pour voir ma mère lorsqu'elle y entrera, Pour voir sa coiffure et ses longues robes blanches : Elle y brillera comme le cristal au soleil.
Doux ciel, mon seul but (ter).
Pendant que je visitais une des villes de la Géorgie, où les noirs avaient fait des efforts pour améliorer leur condition, je pris quelques notes à la Société des affranchis, établie en ce lieu. Ayant du goût pour les grands mots, les noirs appelaient leur Société « Lycenum ‘ ». Ses travaux étaient dirigés par un comité de deux personnes, dont l’une se nommait le visiteur controversiste, et l’autre le visiteur larmoyant. Quelles étaient les fonctions particulières de ce larmoyeur, c'est ce que je n’ai pu apprendre précisément. Un soir, ces noirs discutaient la question de savoir lequel est le meilleur d'avoir ou de n'avoir pas, autrement dit, lequel vaut le mieux pour l'homme du désir, ou de la possession de l'objet désiré. Une autre fois, les orateurs nairs se livrèrent à une diseussion des plus vives à pro, de cette question : « Le-
1 Pour Lyceum, le Lycée.