CHAPITRE QUATORZIÈME
caution sur cette mare à surface argentée, une femme se mit à crier très-haut : « Lac Theresa », et ainsi fut nommé, par un consentement mutuel de l'assemblée, cette petite mare de cristal.
Les noirs se pressaient autour du canot et cherchaient à se rendre compte de sa solidité; s'étonnant de la longue distance qu'il avait parcourue, ils s’exprimaient à la façon particulière et originale de leur idiome. L'un d'eux, connu comme « un nègre à la langue bien pendue », s'offrit pour expliquer cette merveille aux intelligences quelque peu confuses de ses camarades. À cette question, faite par un noir : « Comment ce Yankee a-t-il pu faire tout ce chemin dans un canot de papier, tout seul? » le nègre savant répondit : « Par la volonté du Seigneur. Personne ne pourrait aller si loin dans un canot de papier, si le Seigneur ne l'aidait pas. Le Seigneur est le créateur de toutes choses; il met les idées dans la tête des gens, cet ils les exécutent. Il y a eu ce grand Franklin, capitaine Franklin; il avait imaginé de mettre le tonnerre en bouteille et de faire le télégraphe. Dans ce dessein, il enleva un grand cerf-volant jusqu'aux cieux, et il mit le fil dans une bouteille où il n'y avait rien. Puis il prit la bouteille d'une main et le bouchon dans l’autre; alors vint le tonnerre qui remplit la bouteille, mais aussitôt le capitaine Franklin, avec une rapidité fébrile, la reboucha, et c’est ainsi qu’il mit le tonnerre en bouteille. Mais c’est l’œuvre du Seigneur, et non pas celle du capitaine Franklin. »
C'était amusant d'observer les diverses physionomies ces nègres en écoutant la description de la découverte
de l'électricité et du télégraphe. Ils ouvraient de grands yeux, étonnés, et leurs grosses lèvres s’étalant de plus en plus, couvraient leur visage plus que la nature ne l’autorise d'ordinaire. Le silence qui succéda au discours de l’oratc:1r fut interrompu par l’exclamation suivante, faite par un noir d'une physionomie peu intelligente : :
« Comment a-t-il pu enfermer le tonnerre dans la bouteille et ne s'est-il pas fait sauter lui-même? — Mais vous voyez bien que c'était l'œuvre de Dieu! »
Pendant que j'étais en Floride, j’apportai une grande attention à la manière dont les noirs organisent leurs offices appelés shoutings. Si je donne un compte rendu littéral de l’éloquence du clergé noir, ce n’est ni pour le tourner en ridicule, ni pour montrer qu'il est dépourvu de valeur intellectuelle, mais au contraire avec l'espérance que mon récit provoquera quelque sympathie de la part des Églises libérales du Nord, qui n'oublient ni l’Africain de la côte de Guinée, ni les insulaires barbares des mers du Sud. Un prêtre instruit, appartenant à l'Église catholique romaine, m'a dit qu'il avait été désappointé par le peu de progrès que son Église, si puissamment organisée, avait faits dans la conversion des noirs affranchis. Avant de me trouver au milieu d’eux, je supposais que le noir à l'esprit naïf, n'étant plus un esclave, se laisserait facilement attirer aux cérémonies imposantes de l'Église de Rome; mais, après avoir été témoin de la ferveur de leur dévotion, en observant combien ils sont jaloux de jouer un rôle important et de prendre la direction des services reli-