‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 177 sur 184 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

avec d’épais festons de fleurs rouges. Les pins, les saules, les cotonniers, les noyers, les chênes verts, les ficus, les aubépines, les magnolias et les lauriers blancs et roses, avec bien d’autres arbustes d'espèces à moi inconnues, faisaient une belle charmille de verdure, lorsque je descendis jusqu’à Columbus, où mes compagnons de voyage étaient venus m'attendre. Des coqs de bruyère et des aigrettes habitaient la forêt par petites compagnies. Les ban:s calcaires de la rivière n'étaient pas visibles, attendu que le niveau de l'eau était alors à dix-huit pieds au-dessus de l’étiage.

Je passai sous le pont du chemin de fer qui *elie Live-Oak à Savannah. Après de bons coups d’aviron donnés pendant quelques heures, ma marche fut arrêtée par un grand barrage établi dans la rivière pour recueillir les pièces de bois venant de l’amont. Je fus forcé de débarquer pour faire passer cet obstacle au canot; puis, après avoir franchi quelques éclaircies, je vis le grand pont du chemin de fer J. P. et M. qui passe sur la rivière devenue large maintenant et allant d’une solitude à l’autre. Sur la rive gauche était tout ce qui reste de la ville jadis prospère de Columbus; actuellement, elle ne se compose que d'un magasin tenu par M. Allen et de quelques maisons. Avant la construction du chemin de fer, la population de la ville était de cinq cents âmes. En partant de Cedar-Cayes, sur Le golfe du Mexique, les bateaux à vapeur d’un faible tirant d’eau peuvent faire le service, quand l’étiage le permet, jusqu’à Colombus. La construction des chemins de fer dans le Sud a détourné le commerce d'une localité à l'autre, et

beaucoup de villes autrefois prospères sont, à l'heure qu'il est, tombées en décadence.

Les scieries à vapeur et le village Ellaville sont situés vis-à-vis la ville de Colombus: le commerce du bois est le plus important qui existe entre ce point et Cedar-Cayes. Cette rivière si renommée, vers laquelle le cœur du troubadeur nègre « se tourne toujours », est un cours d'eau sauvage et étrange; même dans les temps les plus prospères, il n’y avait que peu de plantations sur ses rives. Les animaux sauvages erraient dans les grandes forêts, et d’affreux reptiles infestaient la vase des marais. C’est une région faite pour plaire au chasseur et au bûcheron, au naturaliste et au canotier.

Mais la majorité des habitants préféreraient, j'en suis sûr, entendre chanter les beautés de ce pays par Christine Nilsson plutôt que de descendre en personne le Suwanee.

Le lundi 22 mars, MM. Nason, Purviance et Henderson vinrent me rejoindre. Ils s'étaient procuré dans le Nord un bateau pour la pêche aux aloses, qu'on avait transporté par chemin de fer depuis Savannah. Il était gréé en sloop, et son avant avait été ponté, en sorte que ces touristes enthousiastes possédaient un abri contre la pluie, pour leurs provisions et leurs couvertures Avec le fort courant de la rivière, une paire de longues rames et une voile, les passagers du shad-boat pouvaient navigquer facilement ct rapidement jusqu'au golfe; tandis que mon petit bateau, léger comme l’écume sur l’eau, ne demandait qu’à sentir l’aviron pour aller de l'avant.

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