‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 183 sur 184 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

noirs employés sur les rizières. Là morsure du watermoccasin est excessivement venimeuse; elle est considérée comme plus dangereuse que celle du serpent à sonnettes, qui avertit l'homme de son approche par le bruit de ses anneaux. Le water-moccasin diffère en cela du serpent à sonnettes ; il n'attend pas qu’on l'attaque, mais il prend l'offensive quand l'occasion s’en présente, frappant de ses crocs tous les objets animés qui sont à sa portée. Les autres espèces de serpents fuient sa présence. On le rencontre dans le Nord jusqu’au Pedee de la Caroline du Sud. Le Suwanee ayant inondé ses rives, en aval de Old-Town-Hammock, les serpents s'étaient remisés sur les branches basses des arbres et sur les branches élevées des broussailles, où ils semblaient dormir à la chaleur du beau soleil; mais comme je côtoyais la rive à quelques pieds seulement de leurs lits aériens, ils découvrirent ma présence et s’enfuirent paresseusement dans l’eau. Nous pouvons dire sans exagération que nous avons rencontré des milliers de ces dangereux reptiles en descendant le Suwanee. Le bateliers m'ont raconté que lorsqu'ils traversent les lagunes dans leurs canots faits d’un seul tronc d'arbre, s'ils aperçoivent un water-moccasin à quelque distance de la terre, il entrera dans le canot pour s’y réfugier ou pour se reposer. Dans certains cas, le batelier effrayé saute pardessus le bord et gagne la côte en nageant, afin d’échapper à ce redoutable reptile.

Le seul point digne d’être cité entre Old-Town-Hammock et les marais du golfe est le débarcadère Clay, sur la rive gauche du fleuve, où madame Tresper de-

meurait autrefois da >» une très-confortable maison. Le débarcadère Clay, pendant la guerre civile, a servi de dépôt aux marchardises qui avaient à franchir le blocus. Archer, station du chemin de fer, n’est éloigné que de vingt milles, et Les importations de contrebande étaient amenées jusque-là par des attelages de mules, après avoir été débarquées des navires qui avaient été assez heureux pour forcer le blocus.

Comme le soleil descendait à l'horizon et que les ombres des arbres devenaient longues sur les eaux du fleuve, nous sentimes l'air salé des brises du golfe du Mexique, transportées jusqu'à nous par-dessus les forêts. Dès que l'obscurité eut jeté sur nous le sombre manteau de la nuit, nous laissâmes à gauche l'entrée de la passe est, et nos bateaux furent lancés sur le jusant rapide de la large passe ouest jusque dans les grands marais de la côte.

Une heure plus tard, nous émergions de la sombre forêt dans les plates savanes. La fraîcheur de l'air marin était délicieuse. Les étoiles brillaient d’un doux éclat, et le murmure des flots, l'appel du héron ou le cri du canard effrayé par notre marche et les sauts que le poisson faisait hors de l’eau étaient les seuls bruits que nous pussions entendre dans la nature. On eût dit que nous entrions dans un autre monde.

Au milieu des terrains bas, près de l'embouchure du fleuve, il semblait qu'il n’y avait qu'un seul point audessus du niveau de la marée. C'était un petit bouquet d'arbres appelé l'ile Bradford, qui s'élevait comme une oasis dans le désert. Les flots côtoyaient rapidement ses

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