‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 182 sur 184 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

Dans ce cas exceptionnel d'une panthère (felis con- | color) attaquant l'homme volontairement, celui qui étu- 4 die l’histoire naturelle devra remarquer que la victime | était couchée par terre. Il est probable que l'animal | n'aurait pas quitté son poste d'observation dans les

branches du chêne, où évidemment il attendait l'approche du daim, si l'homme eût été debout. Allez à un bayou du Sud, que peut-être personne n’a jamais visité et où les sauriens qui lhabitent n'ont jamais été inquiétés, couchez-vous par terre sur le bord d’un étang et attendez jusqu'à ce qu'un grand alligator se montre lentement à la surface de l’eau. Il vous regardera pendant un moment avec une curiosité évidente, et bien souvent il approchera de vous sans peur. Quand le monstre sera à une vingtaine de pas, levez-vous alors lentement sur les pieds jusqu'à ce que vous ayez développé toute votre taille, et l’alligator des États du Sud (alligator Mississipiensis), neuf fois sur dix, s’enfuira avec précipitation.

Bien peu d'animaux sauvages attaqueraient volontairement l'homme quand ils se trouvent en face de lui et qu'il est debout. Dans tous les exemples que j'ai pu connaître et où le fauve s’est risqué à lutter contre l'homme, c’est parce qu'il n'avait aucun moyen de fuir, ou qu'il avait ses petits à défendre, ou bien qu'il avait été blessé par le chasseur.

Il était près de dix heures du matin, le vendredi 29 mars, quand notre joyeuse bande quitta le Old- Town-Hammock. Ce jour était destiné à voir la fin du voyage en canot de papier, car ma petite embarcation

devait arriver dans les eaux de la grande mer du golfe avant midi.

La femme et les filles de notre hôte, en vraies femmes de la forèt, ne témoignèrent aucune inquiétude au départ du chef de la famille, mais se contentèrent de lui souhaiter gaiement un bon voyage jusqu'au golfe. Le port des Cedar-Cayes n’est qu’à quelques milles de l'embouchure du Suwanee. Le chemin de fer qui se termine aux Cedar-Cayes devai., avec ses embranchements sur d’autres routes, ramener les membres de notre petite caravane à leurs différentes demeures.

Égayés par les charmes d’une belle journée, nous descendimes rapidement le fleuve. Les passagers du shad-boat, que nous appelions maintenant l’Aventurier, ramaient en chantant et en riant, tandis que, de mon côté, je cherchais à examiner de plus près le caractère du water-moccasin (le trigonocephalus piscivorus de Lacépède), que j'avais plus de raison de craindre que les alligators.

Le water-moccasin a environ deux pieds de long et il a cinq à six pouces de circonférence. La queue porte une partie cornue de presque un demi-pouce, laquelle est inoffensive, quoi qu’en disent les crackers et les noirs, qui affirment très-sérieusement que lorsqu'elle frappe un arbre, c'en est fait de lui, et que, quand elle entame la chair de l’homme, il est empoisonné et meurt. La couleur de ce reptile est d’un brun sale. Jamais on ne le trouve loin de l’eau, et il se cache en grand nombre dans les marais, où il est la terreur des

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