‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 45 sur 184 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

leurs formes primitives. Alors, en ce qui concerne cette question, il ne reste plus au constructeur qu'à choisir les modèles que la science, guidée par l'expérience, signale comme les meilleurs. L’enveloppe de papier, après avoir été rendue imperméable, reçoit, pour finir, une solide couche de vernis et présente alors une surface solide, parfaitement polie et insensible à l'influence de l'eau. Elle doit être aussi unie qu’un panneau de voiture ou qu'un miroir. Elle n’a pas, comme le bois, de grain qui menace de craquer ou de se fendre; elle ne rétrécit jamais, parce que le papier est un des meilleurs non-conducteurs ; aucun degré de la température de froid ou de chaud n'a d'action sur sa solidité ou sa durée, et par suite ces canots s'adaptent admirablement hien à tous les climats. Comme l'enveloppe en papier n’absorbe pas l'humidité, ces canots ne deviennent pas plus pesants par l'usage, et n'ayant pas d’eau à rendre lorsqu'ils ne sont plus à flot, ils’ ne se fendent pas, comme les bateaux de bois, par l'exposition à l’air ; ils sont, par suite, toujours prêts pour le service.

« La force et la rigidité des coques de papier sont des plus remarquables. Pour le démontrer, on plaça sur deux tréteaux séparés par une distance de huit pieds l’un de l’autre, une simple coque de douze pouces de largeur et de vingt-huit pieds de long, la coque ne pesant avec tout son gréement que vingt-deux livres, de telle façon que les tréteaux étant chacun à égale distance du centre, la chambre restait sans aucun support. Un homme pesant cent quarante livres s'assit dedans et resta trois minutes dans celte position. La

flexion causée par ce surcroît de poids ayant été exactement mesurée, elle fut trouvée d'un seizième de pouce au point central. Or, si le poids de cent quarante livres appliqué dans une condition aussi anormale a produit aussi peu d'effet, nous pouvons assurer en toute confiance que, quand il est chargé et appuyé sur l'eau, soutenu par elle sur toute sa lonqueur, avec le chargement également distribué sur tout l'ensemble, le canot n'a à craindre aucune flexion. |

« La légèreté, quand elle est rombinée avec une force et une rigidité convenables, étant une qualité très-désirable, c'est ici surtout que les canots de papier l'emportent sur leurs rivaux de bois. Choisissant deux coques, l’une en bois et l’autre en papier, de mêmes dimensions et rigidité, il est prouvé, par des expériences précises, que la coque er bois sera de trente pour cent la plus pesante. Si vous comparez deux canots de bois et de papier, de mêmes dimensions et de poids égal, vous trouverez que le canot de papier aura sur l'autre l'avantage, aussi bien au point de vue de la rigidité que de la résistance à la torsion. Il arrive souvent que, sans y avoir réfléchi, on affirme que les coques en bois sont d'une plus grande légèreté que les coques en papier. En effet, si l'on ne considère que la légèreté seule, le fait est vrai en théorie; mais quand on vient à la pratique, il arrive que ces bateaux en bois si extraordinairement légers sont toujours et seront toujours impossibles en service, car on ne tient alors compte que d’une seule des qualités nécessaires pour faire un bateau pratique.

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