‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 46 sur 184 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Une coque en bois qui pèse vingt-deux livres, loyalement comptées, est toujours très-fragile et ne saurait durer. Une coque er papier de mêmes dimensions et pesanteur durera et fera autant de service qu'une coque en bois qui pèsera trente livres.

« On verra, d’après l'exemple suivant, le degré de solidité que possède ce système de construction. Pendant l'été de 1870, un canot à une paire d’avirons, conduit à toute vitesse en descendant le courant d'un de nos principaux fleuves , fut lancé sur la pile d'un pont en pierre. L'avant frappa perpendiculairement sur l'obstacle, et telle fut la puissance du choc que le canotier fut jeté violemment de la chambre dans la rivière. Les témoins de cet accident, qui ne connaissaient guère que les embarcations de bois, croyaient le canot perdu ; mais après un minutieux examen, on s’'aperçut que la pointe de l'avant seule était tordue et les farques brisées seulement à l'endroit où le rameur était passé par-dessus le bord. Une somme de deux dollars suffit à payer les réparations. Si la coque eût été en bois, le choc aurait sans doute brisé la proue et fendu le bois depuis l'avant jusqu'au centre. »

De vieux et prudents marins essayèrent de me dissuader de m'adresser à M. Waters pour la construction d’un canot de papier. À ce moment le Harvard College n'avait pas encore adopté cette nouveauté, et le Cornill n'avait pas non plus, de son côté, songé à battre les autres colléges aux régates de Saratoga, en se servant de bateaux de papier. L'année 1876, année du centenaire des États-Unis, menaçait de mettre fin à la discus-

sion du problème qui avait coûté tant d'intéressants travaux à MM. Waters; mais en cette même année la main d’un incendiaire prit une revanche en mettant le feu à la manufacture des canots de papier, à Troy. Le désastre était considérable; cependant, quelques semaines plus tard, ces hommes opiniâtres pouvaient se vanter de nouvelles victoires remportées en une seule saison, par leurs canots, dans de nombreuses courses. Le droit de construire des bateaux de pzpier, au Canad: et aux États-Unis, appartient exclusivement à MM. Waters, et ils sont jusqu’à présent les seuls constructeurs de canots de papier dans le monde.

Il n’y a pas bien longtemps que M. Mac Gregor, de Londres, construisit son petit canot en bois le Rob- Roy, sur lequel il s’'embarqua pour aller visiter les fleuves de l'Europe. Son exemple a été suivi, et maintenant il n’est pas rare de voir des flottes de touristes qui circulent dans des embarcations presque microscopiques sur nos cours d’eau et à l'étranger. M. Baden-Powell, aussi d’origine anglaise, a perfectionné le modèle du canot le Nautilus, qui a beaucoup de tonture et qui, par conséquent, se comporte mieux que le Rob-Roy en mauvais temps. En 1874, le New-Fork Ganoe Club avait adopté comme modèle le Nautilus. 11 nous manque encore un type américain original pour nos fleuves ; il devrait se rapprocher plutôt des canots indiens que des modèles européens. Ces canots modernes sont réellement des kyaks, et pour leur construction . nous sommes très-redevables à l'expérience des habitants du cercle polaire. Très-peu de ces canots appelés

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