‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 48 sur 184 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

tolets en acier, qui pouvaient s’enlever et s'emmagasiner très-aisément. Les avirons, en sapin, mesuraient sept pieds huit pouces de long et pesaient chacun trois livres un quart. La pagaie : sept pieds six pouces de long et deux livres et demie de poids. Le mât et la voile : six livres; mais comme ils ne pouvaient me servir à rien sur un aussi petit bateau, ils furent bientôt abandonnés.

A Philadelphie, après avoir pris de la toile pour recouvrir le pont et les bandes en caoutchouc qui devaient la maintenir, l'éponge, le panier à provisions, le coussin et une caisse de cartes pesant quatre livres, je trouvai que, mon propre poids compris (130 livres), le bateau et son chargement, avec les provisions de vivres pour une longue campagne, le tout, en un mot, pesait infiniment moins que trois caisses remplies de toilettes simples pour une dame qui va passer quatre semaines à des eaux à la mode.

La pluie cessa, le brouillard se dissipa, et le soleil se mit à briller au moment où nous descendions le courant de l’'Hudson jusqu'à Albany; nous y arrivons en une heure et demie. À ce moment, M. Waters met le cap au nord et me souhaite bon voyage ; ensuite il retourne sur le théâtre de ses succès, et moi, je pousse vigoureusement vers le sud. Albany, la capitale de l'État, est à une distance de cent cinante milles de New-York, et pourtant l'influence de la marée s’y fait sentir; elle y monte et descend d’un pied.

J'éprouvai un sentiment de plaisir et d'indépendance lorsque je me sentis glisser sur ce noble fleuve avee la conviction que je possédais maintenant le bateau

convenable pour mon entreprise. Connaître les charmes des eaux les plus pittoresques du continent américain était un rêve de ma jeunesse. Les sources de l'Hudson se perdent dans les hauteurs nuageuses de l’Adirondak, parmi les pics glacés du désert du Nord, et l'on peut dire qu'il finit dans les flots salés de l'Atlantique, car ses eaux s'ouvrent un passage assez loin au large des plages sablonneuses de New-Yo:k, pour all:r finir’ dans le sein de l'Océan. On culti'e sur }:s bords de l'Hudson les branches les plus distinguées de la civilisation. De beaux édifices, qui s'élèvent depuis les bords jusqu’au sommet des rives de ce beau fleuve, abritent les œuvres d'hommes de talent et les chefsd'œuvre du génie mécanique. Les richesses de la-grande ville qui est située à son embouchure, métropole de la jeune nation, se sont dépensées pour le rendre encore plus beau et plus fécond. Quel est le fleuve de l'Amérique qui, sur une distance aussi longue que de Troy à New-York (156 milles), peut rivaliser en beautés naturelles ou artificielles avec l’'Hudson? « La rivière de l’'Hudson, dit son aimable historien, M. Lossing, a une longueur de trois cents milles, depuis sa naissance au milieu des montagnes jusqu'à son mariage avec l'Océan. »

M. Henri Hudson, un Anglais et un ami du capitaine John Smith, était au service de la Compagnie des Indes hollandaises et cherchait avec son navire de quatrevingt-dix tonnes, le Half-moon', un passage vers le

1 La demi-lune,

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