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CHAPITRE SIXIÈME

comme toujours par la croyance populaire dans des centaines de localités du continent. Mainténant, me voilà entré dans les Narrows, au-dessus de West-Point, et le courant ayant à lutter contre un vent debout, le passage devient exceptionnellement difficile. Mon canot dansait sur les eaux bouillonnantes, et il se rapprochait de la rive droite à presque un mille en amont de l'Académie militaire des États-Unis, lorsqu'un obus parti de l’école éclata dans l’eau à quelques pieds du canot. Je venais d’apercevoir une cible placée sur un petit tertre au pied de la colline, toat près du bord de l’eau, lorsqu'un second et un troisième obus éclatèreni près de moi; je cherchai mon salut dans la fuite, maugréant contre les exercices de l'école et l'autorité militaire. Le soir, le canot fut placé sur le pont d’une goëlette qui déchargeait des escarbilles au fort Montgomery. Je gravis la montagne jusqu'au seul abri qu'on pût trouver; c'était une maisonnette que le propriétaire, le capitaine Conk, administrait pour en faire les honneurs aux voyageurs. Des gens vulgaires et des vieilles femmes vinrent me raconter que des fantômes avaient été aperçus sur les montagnes voisines; ce fut tout ce que je retirai de leur conversation.

Le lendemain matin, je quittai ces lieux de légendes et de montagnes, et je vis sur la côte opposée la pointe appelée le Nez d’Antony; elle éveilla mon attention et me mit en belle humeur. Il faut une puissante imagination, pensai-je, pour vivre dans des régions où les habitants aiment tant les spectres et les légendes. En descendant la rivière sur une distance de trois milles, je

passaï devant Dunderberg" et la ville de Peekskill, située: sur la rive opposée; puis j’arrivai à la baie d'Haverstraw, point où le fleuve est le plus large. «. C'est là, dit l’historien, que les eaux douces et salées se disputent la prépondérance avec une invariable égalité; on voit souvent sur le fleuve des marsouins, en grand nombre, qui nagent et jouent au soleil; au printemps, on prend beaucoup d’aloses au moment où elles viennent déposer leur frai dans les eaux douces. » J'avais traversé la baie de Haverstraw, lorsque j'arrivai au pitloresque petit cottage: d'une illustration qui n’est plus de ce monde. De charmants souvenirs de ses récits s’éveillèrent dans mon esprit lorsque je contemplai Sunnyside, la maison de Washington Irving, à moitié cachée au milieu d'arbres . toujours verts, avec ses murs de stuc brillant au soleil ; sur l'arrière-plan, de grandes villas se montraient dans. le paysage. Un peu plus loin en descendant la rivière, à Irvington, j'allai à terre et passai le dimanche avec des amis. Le lundisuivant, malgré un épais brouillard, je contnuai ma route vers New-York. Au-dessous d’Irvington, on trouve les eélèbres Palissades, ou escarpements de rochers qui apparaissent dans toute leur longueur lors- . qu'on les regarde de la rive droite de l'Hudson. Ces singulières collines présentent, près de Hoboken, une face perpendiculaire de trois cents à quatre cents pieds de hauteur. Des morceaux de rocs désagrégés s'étendent à leurs pieds, sous la double action: du soleil et de La gelée.

1 La montagne du nues:

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