CHAPITRE SIXIÈME
exprimant des sentiments d'admiration. Mon pauvre petit canot pouvait être fier d’être pareillement apprécié par une aussi aimable compagnie. Le propriétaire de l'embarcation fut très-touché des bontés de son hôte, et le bien-être du moment lui fit très-vite oublier les épreuves que le canotier avait subies en traversant la baie de New-York.
Le 27 octobre, à neuf heures du matin, je pris congé de M. Campbell. J’eus le courant pour moi jusqu’à la baie de Newark; puis contre moi, lorsqu'il commença à baisser en se retirant par la baie de Raritan. Les rives marécageuses des Kills sont submergées en diverses places par la marée haute, et la monotonie générale est seulement égayée par la vue de quelques fermes sur les hauteurs voisines. À une heure, mon canot doubla les collines sur lesquelles Berth-Amboy est perché, avec ses agréables cottages, résidences de pêcheurs d’huiîtres, dont les bateaux étaient mouillés de-
vant la ville. Au-dessus de l’eau, on voyait de curieux | abris construits avec des perches, destinés au refuge des bateaux en cas de mauvais temps.
L'entrée du Raritan est très-large, et son embouchure est traversée par un pont de chemin de fer. Suivre en canot le cours tortueux d'une rivière et faire seize milles contre une forte marée descendante, en traversant des marais remplis de roseaux, était dénué d'intérêt. J'arriväÿs à l'entrée du canal qui relie le Raritan et la Dela Ware. Comme à six heures du soir il fait déjà nuit dans cette saison de l’année, je remisai mon canot pour aller voir ensuite un vieil ami, M. Gcorge Cook, professeur.
au New-Jersey geological Survey, qui demeure à New- Brunswick. Dans la matinée, il voulut bien m'aider à emporter le canot sur nos épaules pour remonter la berge escarpée du canal et le mettre à l’eau au-dessous de la seconde écluse. J'avais alors à franchir quarantedeux milles sur la Delaware jusqu’à Bordentown, où finit le canal.
Cette voie est très-fréquentée par des bateaux à vapeur remorqueurs, par des barges et des goëlettes de loutes sortes, ne dépassant pas un tirant d'eau de plus de sept pieds et demi. Les navires sont introduits dans l'écluse par dcs machines fixes qui cessent de fonctionner dès que la circulation se ralentit; alors le batelier y supplée par l'emploi de mules; il en faut quatre pour remorquer un bateau chargé, et s’il est lége, deux mules suffisent. Au lieu de déranger l’éclusicr et de lui demander d'ouvrir les portes, il me sembla plus convenable et plus expéditif de le prier de m'aider à empor:er mon bateau le long du chemin de halage jusqu’à l’extrémité de l'écluse, opération qui ne prit pas plus de cinq minutes. Par ce procédé, la Maria-Theresa franchi: sept écluses le premier jour, et lorsque la nuit approchait, elle fut remisée à côté d’autres bateaux de papier sous un abri appartenant au club du Princeton-College, situé sur le bord du canal, à environ un mille et demi de Princeton. Les élèves, malgré les difficultés qu'offre cet étroit cours d'eau, y exercent leurs équipages pour les joûtes annue:’és du championnat. Un certain Noah-Reed tient une auberge, où il loge à pied et à cheval, à un demi-mille de la remise des bateaux, et c’est chez lui que je passai la nuit.