CHAPITRE SIXIÈME
din botanique situé sur la rive occidentale du Schuylkill ; il était né en 1739. Tous les botanistes connaissent les résultats de ses patients travaux et ses voyages de découvertes, dans ces temps primitifs, à travers les solitudes dont aujourd'hui se composent les États du Sud-Est. Un écrivain qui lui rendit visite chez lui s'exprime ainsi :
« Arrivé au jardin du botaniste, nous fûmes reçus par un vieillard armé d’un râteau et sarclant une platebande de tulipes. Il portait un chapeau à larges bords tombant sur les yeux; sa chemise de grosse étoffe se voyait autour de son cou, car il n’avait pas de cravate; son gilet et ses culottes étaient en peau, ei ses souliers attachés simplement avec des cordons de cuir. À notre approche, il cessa son travail et se mit à causer avec la noblesse et l’aisance d’un gentilhomme accompli. Sa physionomie portait à la fois l'empreinte de la douceur et du bonheur. C'était le botaniste, le voyageur et le savant que nous étions venus voir. »
William Bartram donna des encouragements importants au professeur écossais Alexandre Wilson, qui avait si peu d'amis à l’époque où il préparait pour la presse son Ornithologie américaine. Ce pacifique botaniste mourut dans sa maison bien-aimée en 1823, quelques instants après avoir fait la description d'une plante, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
Alexandre Wilson, n'ayant pas assez d'argent pour réaliser son grand dessein, travailla et souffrit de corps et d'esprit pendant bien des années, jusqu'au moment où ses patients efforts lui valurent le succès qu'ils méri-
taient si bien. Son Ornithologie était achevée, à l’exception du dernier volume, lorsqu'il succomba à ses fatiques.
L'église des Suédois est le plus ancien des édifices religieux de Philadelphie ; elle est située près des quais, dans le district de Southwark. Les Suédois avaient des établissements sur la Delaware, bien avant que Penn eût visité l'Amérique. Ils construisirent d’abord un édifice en bois en 1677, sur le lieu où se voit aujourd'hui l’église en briques achevée en 1700. Guidé par M. West, sténographe du tribunal, nous arrivâämes, en suivant des rues étroites, à un lieu retiré où, sur l’ancienne démarcation, un clocher fut élevé, comme le doigt de la foi s'adressant au ciel. Peu de chrétiens fashionables, en vérité, doivent venir prier sous cet humble toit; mais il a un tel air d’antiquité qu'il ne peut manquer d'intéresser tous les visiteurs qui passent sous la vénérable porte de cette église.
Le cimetière est petit; pourtant il s’y trouve de la place pour laisser pousser des arbres, et les oiseaux viennent quelquefois s’y reposer dans leur vol, depuis le Schuylkill jusqu’à la Delaware. Au milieu des tombeaux, on voit une construction carrée, recouverte d’une tablette de marbre blanc sur laquelle on lit : « Ce monument couvre les restes d'Alexandre Wilson, auteur de l'Ornithologie américaine, né en Renfrewshire (Écosse), le 6 juillet 1766, décédé à Philadelphie, de la dyssenterie, le 23 août 1813, à l’âge de quarante-sept ans.
« Ingenio slat sine morte decus'. »
1 Pour le génie, la gloire est immortelle.