CHAPITRE SEPTIÈME
d’un fer chaud, sur les avaries occasionnées par les bancs d’huitres, fut l'affaire d'un moment, et mon canot se trouva ensuite aussi vaillant que jamais. L'hôtel « Au Rendez-vous des chasseurs» me fournit un excellent souper d'huitres frites, de saucisson et de poisson. Devant un bon feu de bois, mon hôte me raconta l'histoire suivante sur l’origine du nom de Murder-kill : « Lors de l'établissement des blancs dans le pays, ceuxci faisaient tous leurs efforts pour civiliser les Indiens; mais les méchants sauvages ne prirent pas la chose du bon côté, et ils firent une guerre à mort aux nouveaux arrivants. À la fin, un grand propriétaire, qui avait une importante concession de terre dans ces parages, pensa qu'il pourrait rétablir la paix. Dans ce dessein, il invita tous les Indiens des alentours à venir entendre parler le Grand-Esprit de l'homme blanc. Le rusé propriétaire attira ainsi les sauvages devant la bouche d'un canon, et il leur dit : « Maintenant, regardez là, dans ce trou, c'est la bouche même du Grand-Esprit de l’homme blanc, lequel va bientôt parler comme un tonnerre. » Le bonhomme mit alors le feu à l'amorce du canon et coucha par terre nombre d’Indiens. Les autres furent si effrayés par la grosse voix qu'ils venaient d'entendre que, n'osant plus remuer, ils furent bientôt tous tués par des décharges successives. C'est depuis lors que ce ruisseau a toujours porté le nom de Murder-Kill.
Je découvris ensuite que la même légende était attachée à d'autres localités de la côte. De petits propriétaires habitaient dans le voisinage de cette auberge, mais la poste aux lettres était à cinq milles dans l'inté-
rieur, à Frédérique. Je m'embarquai le lendemain, tenant pour sûr de terminer ma croisière sur la baie de la Delaware avant la nuit, car le calme de la matinée ne faisait pas prévoir que le vent dût s'élever. Lewis, la petite ville des pilotes, près du cap Delaware, est un port de refuge pour les navires qui sont poursuivis par le mauvais temps. De là, je comptais faire un portage de six milles, jusqu'au ruisseau du Love, un affluent du Rehobotk-Sound. Les gelées blanches de la nuit exerçaient une salutaire influence sur les pays malsains où j'étais entré, en sorte que le canotier du nord, non acclimaté, pouvait dormir la nuit en sécurité dans le marais, sur le bord de l'eau, s’il était protégé contre la rosée par des couvertures de toile ou de caoutchouc. Mon espoir d'arriver à la pleine mer, le soir même, devait être noyé, et noyé dans de l’eau très-froide ; le jour, qui avait commencé d’une manière si calme et sous d'aussi favorables auspices, devait se terminer par une rude épreuve, car, avant le coucher du soleil, j'allais avoir à soutenir une périlleuse lutte pour défendre ma vie dans les eaux froides de la baie de la Delaware.
Une heure après avoir quitté Murder-Kill, le vent se mit à souffler du nord en violentes rafales. Mon petit bateau, qui recevait la brise par le travers, tint bon pendant quelques heures. Je restais autant que possible près de lä grève sablonneuse des marais, afin de n'être pas éloigné de la terre, en cas d'accident. Le phare de l’embouchure du Mispillion était passé quand le vent et les vagues, prenant mon bateau par bâbord, le firent dériver du côté des marais. Les lames brisant sur la grève dure