‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 63 sur 184 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

de cette côte, il était trop périlleux de chercher à prendre terre, car alors le canot aurait couru le risque d'être broyé par des paquets de mer. I! n'avait que quelques pouces hors de l'eau, mais sa grande tonture, son avant bien développé et le poli de sa coque, joints à ::eaucoup d'attention, le préservèrent contre le danger. J'avais lutté pendant quatorze milles depuis le matin, et j'étais fatigué par les efforts que j'avais dû fairé pour diriger mon canot à travers les vagues qui étaient devenues très-grosses. Quand j'eus atteint la pointe de Slaughter- Beach, où la baie a une largeur d'environ dix-neuf milles, le vent faisait rage, menaçait à chaque instant de noyer ma petite embarcation'et de me jeter à Ja côte. Pour comble d'inquiétude, quand le canot montait et descendait avec les vagues, des pilotis pointus montraient et cachaient tour à tour leurs têtes dans les eaux troublées. C'était à ces pilotis que les pêcheurs attachaient leurs filets dans la saison de la pêche au Tantoy. Le danger d'être empalé sur l’un d'eux me força encore à me tenir à distance de la terre.

Les vagues courant sur des bas-fonds étaient devenues aussi irrégulières que clapoteuses ; à la fin, celle qui m'était sans doute destinée, et que j'appellerais volontiers la mienne, fondit sur le canot, venant du fond, se brisant, se gonflant, formidable ; je fis tous mes efforts pour l'éviter, car il s'agissait de ma vie; mais ne sachant où elle irait se briser, je lançai le canot sur la grève, où la mer déferlait avec un bruit assourdissant. Il ne fallut qu'un moment pour voir fondre sur moi la grande vague noire qui, soulevant la vase du fond, se

brisa sur moa bateau, le prit par l'arrière, le balayant, de bout en bout, de l’étambot jusqu’à l'étrave, et le remplissant d'eau malgré la toile. Pendant une seconde la mer sembia presque unie, comme si la grande vague eût fauché les flots. Le canot disparut au-dessous de l’eau, d'où la poupe et la proue émergeaient alternativement. D’autres grandes lames suivirent la première, et l’une d'elles me tomba sur la tête et les épaules, faisant chavirer du même coup le canot et le canotier. Étant parvenu à me débarrasser de la toile du pont, je me dégageai de dessous le canot, puis remontai bien vite à la surface de l’eau. Dans cette situation, je me rappelai le passage suivant du manuel d’un canotier. européen : « Lorsque vous chavirez, redressez d’abord le canot, puis montez sur une de ses extrémités en laissant vos jambes dans l'eau; tâchez de gagner le milieu du canot et videz-le avec votre chapeau. » Si encouragezuies que fussent ces instructions, données par un canotier expérimenté, lorsque je les lisais à terre dans mon ermitage, je ne pouvais pour le moment songer à les appliquer, car mon chapeau, le coussin et un des tolets d'acier avaient disparu, et en même temps les avirons flottaient sous le vent avec le canot. Quoiqu'il eût sa quille en l'air, le canot aurait pu être facilement redressé, grâce à sa grande tonture, si ce n'eût été la cargaison qui, en tombant dans la toile du pont, faisait l'office de lest et maintenait la barque dans sa position anormale. Essayer de se tenir aux côtés si bien vernis du canot était inutile, car il roulait comme un marsouin dans la marée. Après avoir éprouvé par

Chaviré ds

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