‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 69 sur 184 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

grand orage qui éclata ce jour-là, plus de trois cents spectateurs sont restés jusqu'à la fin du supplice. Une personne qui a subi la peine du fouet perd ses droits politiques dans l'État; aussi le condamné quitte-t-il son pays pour retrouver ailleurs ses priviléges de citoyen. Les journaux peuvent crier, jusqu’à extinction, contre cette horrible barbarie et cette punition antichrétienne; mais si elle était généralement adoptée, on verrait certainement diminuer rapidement le nombre des crimes.

« Qu'est-ce qu’un emprisonnement pendant des mois cu même des années? C’est bien vite passé, et les criminels une fsis libérés recommencent à mendier, à emprunter et à voler. Mais être fouetté publiquement est une flétrissure ineffaçable et qui préserve les hommes de commettre de nouvelles fautes. Les femmes sont fouettées comme les hommes, et elles trouvent que c'est un peu dur. Autant que je puis me le rappeler, on n’a pas mis depuis longtemps de femmes en prison. Je ne m'attendais pas ‘à faire d'aussi longs commentaires sur le whipping-post du Delaware.

« Parlons maintenant de l’autre supplice. Le pilori est une longue planche de bois qui surmonte le whippingpost et où il y a des trous pour laisser passer la tête et les bras du condamné en le tenant dans une position très-pénible ; il est forcé de rester sur la pointe des pieds pendant une heure, ct s’il s’affaisse par excès de fatigue, comme cela arrive quelquefois, il se casse le cou instantanément. Josiah Ward, qui s'était dérobé par la fuite au châtiment qu’il avait dû subir pour avoir assassiné le pauvre Wady dans votre comté, vint dans le Delaware,

vola avec effraction des souliers dans un magasin de chaussures, fut arrêté, reçut soixante coups de fouet, resta exposé une heure; il est en ce moment emprisonné pour deux ans, et il n’a jamais pu se servir des souliers ! Le pilori est très-sûrement une punition cruelle et terrible, et tandis que je défends si chaudement le whipping-post, je pense, au contraire, que le sauvage supplice du pilori devrait être aboli.

« Ces lignes étaient écrites quand j’ai appris qu’une femme de couleur avait été condamnée, au mois de mai dernier, pour homicide du second degré, et que lesamedi 17 de ce mois (avril), elle a reçu soixante coups de fouet et est restée pendant une heure au pilori. Que pensezvous de la législation du Delaware après ce que je viens d'écrire? Je crois en avoir suffisamment parlé pour aujourd’hui, et je reste votre très-obéissant serviteur.

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