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CHAPITRE HUITIÈME

Les terrains plats et les bords des rivières de la Péninsule sont des causes de malaria qui attaquent les habitants sous la forme de fièvre bénigne. Pendant le printemps, l'été et le commencement de l'automne, un homme prudent ne s'expose pas au grand air jusqu’à ce que le soleil ait dissipé les brouillards du matin. Il faut user de la même prudence dans les pays du Sud, soit qu'il s'agisse des travaux du matin ou du soir. La fièvre est le fléau des États du Sud et du Centre, car cette maladie réduit tellement la force de la constitution qu’elle produit un grand abattement moral. Cependant ceux qui en souffrent, même de deux jours l’un, paraissent considérer la malaria comme quelque chose de peu d'importance, bien qu'il soit reconnu que la fièvre intermittente, en diminuant les forces du malade, le prédispose aux maladies plus sérieuses dont elle est le précurse:r.

En partant de la baie Rehoboth, un petit bateau peut suivre les eaux intérieures jusqu’à la baie de la Chesapeake. Les rivières de cette côte sont protégées contre les grandes lames de l'Océan par des îles longues, étroites et sablonneuses, qui constituent des grèves entre lesquelles pénètrent des courants de marée. Ces eaux, venant de la mer, se joignent aux eaux intérieures et portent le nom de passes; beaucoup d’entre elles sont navigables pour les caboteurs d’un faible tirant d’eau. La configuration de ces passes est si changée par l'effet des tempêtes que des troupeaux peuvent paitre aujourd’hui dans un tranquille bonheur là où, il y a moins d'un quart de siècle, le marin passait avec son

navire. Au mois de juin de l’année 1821, un orage des plus violents ouvrit à la passe Sandy un chenal d'un pied d'eau de profondeur, qui fut fermé en 1831. La passe de la pointe Green fut ouverte sur la plage, en 1837, par un coup de vent, pour disparaître sept ans plus tard. La passe de l'ancien Sinepuxent, creusée par la mer, il y a plus de soixante ans, fut aussi comblée en 1831. Ces trois passes étaient situées sur une distance de trois milles et toutes au nord du village de Chincoteague. La passe Green-Run, qui avait eu une profondeur d'environ six pieds pendant presque dix ans, a disparu en se déplaçant d'un demi-mille vers le sud. La tendance des passes sur cette côte est de se déplacer vers le sud, comme font les passes de la côte du New-Jersey.

Les pêcheurs d'huîtres et de poissons et les fermiers vivent sur les plateaux et dans quelques cabanes bâties sur les grèves de la côte. De ces baies, les bois de construction et de chauffage, les grains et les huîtres sont dirigés vers les ports du Nord. Les habitants sont partout aimables et hospitaliers pour les étrangers. Un climat doux, une culture facile et peu coûteuse, la chasse aux oiseaux sauvages, de bonnes huîtres et des pêches gardées sont les motifs qui invitent les gens du Nord et les Européens à s'établir dans le pays; mais la fièvre d’un caractère bénin qui règne dans la plupart de ces localités peut paraître une objection sérieuse. Discutant un jour cette question avec un habitant du pays, ilme répondit : «Quoi! ne faut-il pas toujours mourir de quelque chose, ou de quelque manière? Si vous n'avez pas de fièvres dans le Massachusetts, vous avez une foule de choses que nous

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