‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 72 sur 184 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

n'avons pas ici : des maladies de foie, la consomption, l'aliénation mentale, etc., etc. De plus, vos hivers sont si froids que, chez vous, les agriculteurs doivent rester pendant quatre mois de l'année enfermés dans leurs demeures, tandis que nous autres gens du Sud, nous pouvons circuler presque toujours en plein air. Que le loup me croque si je ne préfère pas vivre ici dans la pauvreté, plutôt que de mourir chez vous en y roulant sur l'or! Comment se fait-il donc que, malgré nos maladies, nous n'’allions pas habiter votre pays? Pourquoi est-il empoisonné de tant de drogues? Quand je faisais le cabotage dans le Yankeedom ' et lorsque j'allais à terre, je voyais partout les rochers bariolés d'affiches de drogues, et toutes les granges des ferr iers étaient louées pour des réclames de médecin.»

C'est dans cette parie de l'Amérique que les gens semblent supporter le plus légèrement Ia nécessité de gagner leur vie; ils jouissent d’une foule d'agréments à très-peu de frais, mais ils estiment beaucoup moins le tout-puissant dollar que ne font leurs compatriotes des États du Nord. La question « De qui est-il fils? » commence à vous être adressée à Philadelphie, et elle a d'autant plus d'importance que vous avancez davantage vers le sud. Les anciens souvenirs de famille ont une grande importance dans toutes les classes. Il y a six milles de l'embouchure du ruisseau Love. par le petit Sound, jusqu'à l'ile marécageuse de Burton. La rivière Indienne fournit à sa baie beaucoup d'eaux douces, et

1 Le pays des Yankees,

la petite passe du même nom est alimentée par les eaux salées de l'Océan. De nombreuses troupes de canards et d'oies sauvages volent sur les eaux tranquilles du Sound. Continuant ma route au sud, je traversai la rivière Indienne et entrai dans un petit ruisseau, à ouverture trèslarge, qui coule à travers les marais, et est connu sous le nom de ruisseau White. Je le remontai jusqu'au point où il devient si étroit qu'il semble se perdre dans ce lieu sauvage, quand, tout à coup, une clairière dans la forêt me montra de petits bâtiments construits autour d'une erme. C’était l'habitation d'un méthodiste, M. Siles-Betts. Je lui dis que j'avais l’intention de faire un portage pour me rendre au cours d’eau le plus rapproché de la côte sud d’Assawaman, qui n’était qu'à trois milles par la route. Après avoir examiné mon bateau avec calme, il me dit : «Il est à présent onze heures et demie; le dîner préparé par ma femme doit être bientôt prêt; je vais la presser un peu, et tandis qu’elle mettra le couvert, nous nous occuperons de la voiture. » Le chargement ne fut pas long à faire, et après avoir déposé le canot sur un lit de copeaux et l'avoir solidement attaché avec des cordes, nous allâmes diner.

Peu après, nous roulions sur le terrain plat d’un pays boisé, coupé çà et là par de petites fermes. La baie était peu profonde; à l’est, séparée de l'Océan par des falaises sablonneuses, et ailleurs bordée par des marais. La voiture nous amena jusqu'au rivage même, et, une fois de plus, la Maria-Theresa se retrouva dans son élément naturel. À l'affectueuse poignée de main que je donnai à cet homme consciencieux

Page 1