CHAPITRE HUITIÈME
mon nom : il n'avait jamais résonné plus agréablement à mes oreilles. C'était la voix de mon ami qui, avec un camarade, était occupé à lever les appeaux qu'ils surveillaient depuis le matin. Quel plaisir que cette rencontre inattendue !
Nous tournons bientôt la pointe Keyser, nous remontons le ruisseau Turval, distant d’un couple de milles de la maison de mon ami. Là, sur l’ancienne propriété, dans un petit tombeau de famille, dorment, « chacun dans une étroite cellule » , les représentants de quatre générations. Le soir, autour d’un bon feu de bois, notre conversation roula sur l'étape de la journée : trentecinq milles environ. Le père de M. Taylor raconta qu'un deses amis, en une seule s’maine du mois de septembre, avait pris en pêchant à la ligne dans les marais de Rehoboth cinq cents fantogss, dont quelques-unes pesaient jusqu’à vingt livres. Les huîtres du Rehobath et de la rivière Indienne avaient péri probablement, dit-il, par suite de la retraite des eaux de la mer, qui autrefois y pénétraient. J'avais passé une excellente semaine avec mes amis de la plantation à Winchester, lorsque la baisse du thermomètre m'avertit qu'il ne fallait pas tarder à prendre la route du Sud.
Le mercred; 25 novembre, je descendis le ruisseau de la plantation et j'allai de la rivière le Saint-Martin dans la baie. Ma route du sud me fit passer au Hommack, monticule fait de coquilles d’huîtres, qui s'élève à sept pieds au-dessus du marais, sur la côte occidentale de la baie Sinepuxent, et où les hautes terres s'approchaient de la plage à moins de huit cents pieds. C’est sur cet empla-
cement que se trouve la station du chemin de fer Wicomico et Pocomoke, qu'on a prolongé de sept milles à l'est de Berlin. Un bac, d'un petit parcours, transporte les voyageurs jusqu’à la plage d’une île étroite, qui est considérée par Bayard Taylor comme le plus joli site qu'il ait jamais vu. Cette station balnéaire s'appelle Ocean-City, et mon ami M. Jones Taylor était le trésorier d'une compagnie qui s’élait formée en vue de faire des améliorations très-désirées.
Les baics peu profondes du voisinage de cette ville offrent aux baïgneurs des plaisirs sans dangers. L'été, la pêche consiste principalement en perches, en saumones, tandis que celle de l'automne se compose exclusivement de maquereaux. Toutes ces espèces de poissons, avec les huîtres et les crabes, sont des mets à tenter un épicurien. Le port, hier encore désert, est maintenant mis en communication directe, par un chemin de fer, avec Philadelphie et New-York; on peut s’y rendre en neuf et douze heures.
Du Hommack à South-Point, la longueur de la baie
de Sinepuxent se trouve comprise dans cette distance, selon les hydrographes. De South-Point jusqu’au-dessous du milieu de l’île Chincoteague, la baie est désignée sous le nom de Assaleaque, quoique les pêcheurs l’appellent autrement. Les célèbres bancs d'huîtres, si connus des habitants de Chincoteague, commencent à environ vingt milles au sud du Hommack. Ghincoteague expédie deux sortes d'h itres à New-York et sur d'autres marchés. h L'une est l'huître indigène, l’autre a été transportée de la baie de la Chesapeake; ce bivalve est arrondi de