‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 84 sur 184 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

vires peuvent traverser le lac pour aller prendre leur chargement de planches et de madriers. Des pratiques du pays me disent que les grands coups de vent soulèvent une mer terrible dans ces nappes d’eau et en rendent la navigation très-dangereuse. On rencontre des ours dans les profondeurs de ces marais. Le canal Dismal-Swamp a été creusé autrefois à la pelle et à la pioche.

Le canal Albemarle et Chesapeake, dont l'entrée est à seize milles de Norfolk, sur la rive occidentale de la rivière Élisabeth, est généralement connu sous le nom de nouveau canal ; il a été commencé vers 1856 et fini en 1859. Il a huit milles et demi de longueur; il fait communiquer les rivières Élisabeth et Nord-Landing. Ce canal à été creusé à l’aide de dragues; il est tenu en bien meilleur état, en ce qui concerne la navigation, que l'ancien canal, qui, faute d'entretien, s’est peu à peu ensablé. Aussi les paquebots qui font un service régulier entre les villes d'Élisabeth et de Norfolk, de même que les bateaux à vapeur qui vont plus loin dans le nord, ont-ils complétement abandonné le canal Dismal. Ils passent maintenant par l'Albemarle-Sound, remontent la rivière du Nord, s'engagent à six miles dans la passe de Currituck, gagnent la rivière Élisabeth par le nouveau canal et entrent dans la baie de la Chesapeake. Les rives de l'Élisabeth sont bordées de marécages, tandis que des forêts de pins offrent dans le lointain une perspective de verdure. À peu de milles au-dessus de Norfolk, la culture cesse, et le canotier traverse une solitude.

Vers midi, j'arrivai aux écluses du canal Chesapeake et Albemarle. L'employé du télégraphe me reçut avec la

bonne nouvelle que l'agent de Norfolk avait télégraphié à l’éclusier de laisser passer le canot de papier exempt de droits. C'était la première fois qu'il m'était fait un pareil honneur. La marée montante et descendante varie d'environ trois pieds et demi aux écluses. Lorsque je les passai, la différence aux extrémités n’atteignait pas deux pieds. Le vieil éclusier me conseilla d'abandonner immédiatement mes projets de voyage, en prétendant que « je ne pourrais jamais franchir les Sounds avec un si petit bateau ». Quand:je lui appris que j'en étais à mon second millier de milles de navigation en canot depuis Québec, il poussa un long soupir et un grognement peu encourageant. ,

Dès qu'on a franchi les écluses, on se trouve dans un marais tout couvert de cyprès. Des terres enlevées par les dragues et rejetées sur les bords du marais les ont relevées de sept pieds au-dessus de l'eau. Des pins malingres croissent sur ces rivages, et des petits oiseaux volaient et chantaient en se préparant à leur émigration vers le sud.

: Quand un paquebot ou un remorqueur me dépassait, il forçait le canot à se rapprocher de la rive; mais la vitesse de ces bateaux était si réduite en naviguant dans le canal, que le remous de leurs hélices ne causait aucun ennui au canotier. Des noirs libres conduisaient à la perche des radeaux chargés de planches et de bois de construction; en passant près de moi, ils fredonnaient de gaïies chansons. Le canal aboutit à la rivière du Nord-Landing sans écluses. Un peu plus loin se trouve Nord-Landing, petite ville qui donne son nom à la rivière. À une

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