‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 85 sur 184 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

courte distance, on voit un magasir et les indices d’une exploitation. La rivière est sinueuse et laisse bientôt le marais derrière elle ; à la forêt de pins succèdent d’autres marais sur l’une et l’autre rives d'un courant peu rapide.

À trois milles de Nord-Landing, on peut apercevoir une petite maison solitaire, puis, pendant à peu près cinq milles en descendant la rivière, rien ne fait reconnaître :a présence de l'homme jusqu'au bac Pungo qui apparaît sur le marais, sur la rive orientale de la rivière. Ce bac, ainsi qu'un magasin situé à trois quarts de mille du débarcadère et une ferme de presque deux cents acres, appartiennent à M. Charles Dudley, qui fait tous ses efforts pour décider les hommes du Nord à se fixer dans son voisinage. Il y a beaucoup de propriétaires sur les plateaux qui vendraïent volontiers une partie de leurs terrains à des gens du Nord pour les engager à s'établir près d'eux.

Il faisait déjà presque. nuit lorsque j'atteignis le magasin situé près du bac Pungo; et, comme le dimanche a toujours été un jour sacré pour moi, je me décidai à camper jusqu’au lundi. Un noir difforme tenait le bac à bail et faisait mouvoir le bateau en avant et en arrière par une chaîne et un treuil. Il fut très-poli pour moi, et il voulut bien mettre son logis à ma disposition, jusqu'au moment où je serais prêt à partir pour le Currituck-Sound. Nous enlevâmes d’abord le canot et nous le passâmes par une fenêtre dans un petit hangar, où il fut placé sur un comptoir inoccupé. Le noir monta dans le grenier et me jeta deux bottes de jonses secs pour m'en faire un lit, sur lequel j'étendis mes couvertures. Un vieux poêle, placé

dans un coin, fut bien vite allumé avec du bois menu qui flambait bien. Pendant que je préparais mon souper, le petit bateau à hélice le Cygnet, qui faisait le service entre Norfolk et Vanslyck, mit à terre une femme âgée qui venait de passer deux ans dans sa famille. Elle accosta gracieusement le nain noir, en lui disant : « Charles, pouvez-vous me donner une allumette pour ma pipe ? — Oui, madame, répondit-il poliment en lui passant du feu. — Bon, très-bon, se dit-elle à elle-même en tirant quelques bouffées de tabac de sa pipe à petit tuyau. Quel bonheur de n'avoir plus rien à déméler avec les gens de la ville et d’être à l'abri de leurs manières roides et de leurs façons étranges! Ils vous font des. observations s’il vous arrive de mettre votre couteau dans votre bouche à la place de votre fourchcite, et vous donnent du thé de Chine au lieu du bon vieux yaupon. Charles, vous ne pouvez pas savoir combien je désire boire une tasse de bon yaupon. »

Comme le lecteur va entrer avec moi dans des pays où les classes laborieuses demandent exclusivement à la nature la boisson qui « excite sans enivrer », je décrirai l’arbuste qui la produit.

Ce succédané, qui remplace le thé de Chine, est une variété de houx (ilex); il est nommé yaupon (cassine, Linn.) par les indigènes. C'est un bel arbuste qui s'élève à quelques pieds de hauteur, aux feuilles alternes, vivaces, qui produit de petites graines rouges. On le trouve dans le voisinage de l’eau salée, dans les sols . légers de la Virginie et des Carolines. Les feuilles et les

bourgeons sont séchés par les femmes du pays et vendus

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