‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 90 sur 184 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

vent s'élève. Un bateau comme le vôtre n’est pas ce qu'il faut pour des eaux comme les nôtres. »

Profitant de cet.avis donné à < oc'ne intention, j'allai chercher la rive de l'est où il y avait à cette heure une bonne profondeur d'eau pour le ‘canot. Les hauteurs du rivage étaient couvertes de pins jaunes parmi lesquels on voyait de très-beaux vieux arbres. Sur une pointe étroite de la côte est située la maison de M. Hodges Gallup, ministre baptiste, vieillard généreux et aimé de tous les pêcheurs du Sound; il a da réputation d’avoir l'humeur aussi gaie qu'hospitalière. Son domaine s'étend à plusieurs milles sur le rivage, et les daims, qui broutaient tranquillement dans ses grands bois, formaient un joli tableau.

La côte devenait maintenant plus ‘habitée; pendant que je ramais, j'aperçus, sortant de chacune de ces petites cabanes, quelques baguettes qui servaient à exciter le canard aveugle, tandis que le chasseur av-c son bateau, caché dans l'intérieur, attendait impatiemment les oiseaux pendant que le faux frère qui les trahissait nageait tranquillement à la surface de l’eau. À quelques milles au-dessous de la propriété de M. Gallup, le canot entra dans les grandes eaux de l'Albemarle-Sound, et à la brune je pus arriver à l’île Roanoke. Les grands bâtiments des hôtels de Nag's Head s'élevaient sur la plage, aussi fiers qu'une fortification.

IL était déjà tard quand je traversai le petit Sound entre l’île Roanoke et la plage, et je déharquai à la première jetée de Nag's Head après de grandes diflicultés. Je fus bientôt rejoint par M. Ratter, qui tient l'hôtel

des bains, désert dans cette saison, et qui m’aida à porter mes bagages dans une chambre du vieil hôtel.

Nag's Head est un lieu très-désolé, avec de hautes falaises de sable fin, dont les formes sont constamment modifiées par l’action de ventssecs, violents et variables. Quelques pêcheurs habitent cette triste côte, et le village, qui n’a qu'un seul magasin, est complètement délaissé. Le brillant feu de l’île Body (dix milles), sur la côte nord de la passe Oregon, m'indiquait ma prochaine station.

La plage, depuis Nag's Head jusqu’à la passe Oregon, est complétement dépourvue d'arbres, et le vent qui la balayait, de l'Océan au Sound, avec une grande violence, refoulait les eaux peu profondes et laissait le fond à sec jusqu'à trois milles de distance.

Le lendemain, temps à grains. Les côtes sablonneuses qui s'étendent dans le Sound, jusqu'à un ou deux milles, étaient seulement couvertes de trois à huit pouces d'eau. Je ne pouvais pas me mettre à l'abri de cette côte, et j'étais forcé de me tenir à distance. Souvent je dus sauter par-dessus le bord et traverser à gué, en poussant mon canot devant moi. Ensuite j'eus à franchir un passage assez profond entre les bancs de sable, si bien que, tantôt marchant, tantôt ramant dans le Roanoke-Sound, avec le vent qui envoyait l’eau par-dessus le canot et baignait son capitaine, cette course de douze milles jusqu'à la passe Oregon fut une très-grosse épreuve.

Le phare de l’île Body a été construit en 1872, sur la côte nord de la passe Oregon, pour remplacer la vieille tour qui était sur la côte du sud. Il est par 35° 48’ de

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