‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 92 sur 184 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Ainsi perché sur ce frêle édifice, sur une étroite langue de sable qui se perdait au large, toutes les pensées qui naissent dans la solitude remplissaient mon esprit, lorsque ma rêverie fut interrompue subitement par une exclamation du capitaine Hatzel qui, en ouvrant la porte et plongeant dans l'Océan la puissance de ses regards, s'écria :

« Je le vois, oui, c’est lui! c’est le feu d’'Hatteras, à trente-cinq milles d'ici; ce soir 13 décembre, c’est la première fois que je l’aperçois. Dites-le au gardien d'Hatteras quand vous irez au cap. » | Je reçus du capitaine Hatzel divers renseignements du plus grand intérêt sur les habitants du Sound. Quelques-uns d’entre eux, me dit-il, ont dn sang indien dans les veines, et pour me prouver la vérité de cette assertion, il me montra un livre bien fatigué de l’Histoire de la Caroline du Nord, par D. D. Hawks; j'y ai trouvé des | faits qui ont tout l'intérêt d’un roman. Sir Walter Raleigh

avait rêvé de coloniser la côte de la Caroline du Nord,

comprise alors dans le dominion de Virginie, et quoique plusieurs expéditions eussent été entreprises dans ce dessein, aucune d'elles n’avait réussi. Une de ces expéditions envoyées par sir Walter à l’île Roanoke se composait de cent vingt et une personnes, dont dix-sept femmes et six enfants. De tout ce monde, il n’était revenu que deux hommes dans la mère patrie ; le sort des autres restait inconnu, enveloppé dans les teintes sombres u mystère. L'Angleterre ne pouvait pas cependant abanonncr ses enfants et les laisser périr sans faire au moins uelque effort pour venir à leur secours.

Le 20 mars 1590, trois navires partirent de Plymouth : le Hope-Well, le John-Evangelist et le Petit-John, prenant à la remorque deux embarcations qui se perdirent plus tard à li mer. Dans ce temps-là, les plus grands navires ne jaugeaient pas plus de cent à cent cinquante tonnes. Cette expédition était sous le commandement de l'amiral Jchn White, gouverneur pour sir Walter Raleigh de la colonie de Roanoke Island, celui qui avait laissé la petite iroupe sur l’île, en 1587. Il fallut trente-six jours et huit heures à ces navires pour arriver à Hatorask, plage d'Hatteras. Ils jetèrent l'ancre à trois lieues du rivage, et ils envoyèrent un canot bien armé dans le Pamplico-Sound.

Il existait alors des passes créées par l'Océan, qui permettaient d'entrer dans les Sounds, mais qui ont été comblées depuis par l'action de la mer. L'ancienne passe Roanoke, fermée aujourd'hui, qui était à quatre milles au nord de la passe actuelle Oregon, est, suppose-t-on, celle que prenaient les navires envoyés par sir Walter Ra- | leigh. À l'entrée sud de la baie, près de Ballast-Point (pointe du lest), plusieurs de ces navires ayant fait côte | jetèrent leur lest de pierres par-dessus le bord, d'où

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le nom de la pointe. Le capitaine Hatzel a étudié ces pierres, et dans son opinion de vieux pilote, elles sont | d'origine étrangère. Jamais il n'en a vu de pareilles, et } il croit que ce lest a été laissé à Shallowbag-Bay par À quelques-uns des navires des expéditions de sir Walter | Raleigh. |

Comme l'équipage du canot dont il a été fait men-} tion plus haut se dirigeait sur le nord de l’île Roanoke, —#

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