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CHAPITRE NEUVIÈME

à quatorze milles plus loin dans le sud. Les deux établissements de Chicamicomico ne se composent que de quelques maisons, et ils sont séparés l’un de l’autre par une plage de sable élevée et dénudée, d’un mille de lonqueur environ. Autrefois elle était couverte de bois, mais le vent a emporté le sable sur la forêt et l'a détruite. Dans un de ces villages, un moulin à vent tendait ses ailes à la brise.

A trois milles au-dessous se rencontre Kitty-Mitget's Hammock, où quelques cèdres rouges et des chênes verts indiquent au voyageur l'étendue de la forêt, qui autrefois couvrait la nlage. C’est la résidence du capitaine Abraham Mooper; il cst à la tête d’une pécherie de maquereaux qui sont ensuite salés et envoyés sur les marchés de l’intérieur. Je venais de haler le canot dans les joncs pour m’assurer un abri pendant la nuit; mais le vieux capitaine, dans sa ronde, me fit son prisonnier. Changer un lit dans un marais de jones humides contre une bonne place auprès de la plus grande cheminée que j'eusse jamais vue, c'était à coup sûr une chose bien agréable. Le manteau de la cheminée occupait presque tout un côté de la salle. Tandis que le feu flambait, j'allai m’asscoir sous le manteau même de cette cheminée avec les enfants de mon hôte, et je jouis avec eux du bon effet produit par les épaves d’un navire perdu sur l'estran, tout près de Kitty-Mitget. Avec quelle curiosité ces enfants regardaient celui qui était venu de si loin dans un bateau de papier!

« Comment fait le bateau de papier pour ne pas se fendre? » disaient-ils; toutes les explications que je

leur donnais ne semblaient qu'augmenter leur étonnement, et je me trouvai à mon tour dans la même condition d'esprit, lorsque je voulus obtenir quelques renscignements à propos de Kitty-Mitget, qui devait pourtant avoir dû habiter quelque part sur la plage Clark, longtemps avant la naissance du propriétaire actuel. Nous passâmes le lendemain à pêcher le maquereau sur la plage où il était encore possible de le rencontrer, avant qu'il disparût pour gagner le large. Pendant ce temps-là, les troupes nombreuses de mouettes qui le suivent pour pêcher les débris de poisson échappés à sa voracité, s’enfuyaient rapidement à la recherche de nouvelles victuailles.

Le jeudi, départ pour le cap Hatteras. L'ancienne chanson du marin, où il est dit que « Hatteras a toujours un grain en réserve pour qui passe au vent de sa porte », est plus vraie que poétique.

Je n'avais fait que peu de chemin, lorsque la brise souffla en tempête et qu'un jeune pêcheur dirigea son bateau à voiles de mon côté, et m'invita à passer à son bord. Nous essayâmes de remorquer le canot; mais il se remplit d'eau, ce qui nous obligea à le prendre avec nous. Comme nous fuyions devant le vent, passant par-dessus les bas-fonds avec une témérité folle, je découvris que ma nouvelle connaissance, Burnett, était un marin aussi audacieux qu'imprévoyant. Il me raconta comment il avait fait chavirer la goëlette de son père, en portant trop de toile : |

« On est ici d’une lenteur désespérante et que je déteste », me disait-il.

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