‹ En canot [microforme]Chapitre 3 sur 22 · CE JUS · texte numérisé non relu

CE JUS

que les gens de sa paroisse, lorsqu'il prêche une heure et demie au mois de juillet.

Le membre des Communes, qui est avocat, dit qu’il se reconnaitrait coupable s'il avait parlé politique ou plaidé une

cause, mais qu'il n’a fait ni ceci ni cela.

Je ne puis réfuter ces excellents raisonnements et je $uis bien obligé de confesser jugement. Je reconnais qu'au Palais, grâce aux avocats, le juge est généralement endormi plutôt qu'endormant ; et dès

lors il peut lui arriver d'être endormant en dehors du Palais.

Cette confession faite, : je réveille mon endormi et l’entraine à sa cabine, où sans plus de résistance nous prenons une heure d'un sommeil consciencieux.

Quand nous revenons sur le pont, le

| Saguenay est devant nous ouvrant au sein des Laurentides son énorme embouchure.

Tadoussac se baigne et rit au fond de l'anse au Sable, La brise tourne au Nord-Ouest et fraichit rapidement. De gros grains de pluie viennent nous fouetter à la figure, et comme la nuit tombe nous rentrons au salon.

Le salon du batosz.

On connait l'aspect général que présente le salon d’un bateau-à-vapeur, le soir.

La plupart des passagers sont couchés, plutôt qu’assis sur les sofas et les fauteuils qui meublent l'appartement. Les uns se laissent aller à une somnolence qui n’est

pas sans charme, et les autres lisent des romans qui les endorment tout à fait.

Les fumeürs se groupent sur le pont, et parlent politique. En peu de temps ils trouvent des solutions à toutes les difficultés, et des remèdes à tous les maux. Malheureusement le pays toujours aveugle et toujours ingrat ne sait pas apprécier leur dévouement et mettre leurs talents à contribution. En attendant, tout va mal, et l'on ne fait rien de bon, excepté les cigares, qui ne sont pas mauvais et que M. A, Toussairt a vu fabriquer lui-même à la Havane.

Un couple d’amoureux est à demi caché derrière un pilier, et ne parle ni de politique, ni des cigares de M. Toussaint, ni d'autre chose peut-être. Car ils se comprennent mieux sans parler.

D’autres couples, épars sur le pont,

ent des causent avec cette nonchalance et ce ait. { manque d'intérêt qui indiquent clairement 1 4 ve À 1 ils ne sont plus au temps des amours. | pont, et | 1? P P |:

mps ils # La nuit se fait moins sombre, et les nu- L dificul- 4 ages en se divisant laissent apercevoir au ) x. Mal- ciel des vallons étoilés. Encore quelques eugle et heures, et le vent du Nord-Ouest aura si |

cier leur

bien chassé les nues que nous aperce-

prior ,

és à con- M vrons la Voie lactée dans toute sa longueur,

, mal, et 4 semblable à un fleuve qui charrie des cigares, Ë diamants.

e M. À. On a souvent comparé la vie à un fleuve, |

me à la | et cette comparaison ne manque pas de

| justesse. Mais il y a autant de vies dif-

à demi i férentes qu’il y a d'espèces de fleuves et

arle ni de

; de rivières.

oussaint, La vie des bienfaiteurs de l'humanité Is Se COM” Éessemble à ces fleuves dont les eaux s'é- Ppanchent sur leurs rives et répandent la le pont, fécondité dans les campagnes.

La vie de l’homme d'affaires, de plusieurs avocats et hommes politiques, c'est la rivière qui tantôt court avec bruit au milieu des cailloux, des rapides, des. cascades, et met en mouvement des machines de tous genres, et tantôt élargit son lit, recueille ses eaux et s'étend paisible entre des bords charmants. Cette dernière al-

lure représente les parvenus.

Le torrent qui sautille, chante, rit et jase constamment, sans s'arrêter nulle part,

ai-je besoin de dire que c'est la vie de la @

femme mondaine ?

Enfin, le Saguenay qui creuse profon-

dément son lit au milieu de montagnes

énormes, qui brise ses vagues sombres sur Me

des rochers incultes et désolés, n'est-ce

Re et hoc

pas la vie du conquérant dont l'ambition

et le génie militaire tracent au milieu des do

4 LE SALON DU BATEAU 27 je plu- | nations un profond sillon, et qui, poussé 5, c'est À par un souffle puissant, laisse partout sur >ruit ai Ü son passage de mornes solitudes et des des cas- À ruines ?

nachines À Je suis interrompu dans ces excursions

son lit 4 topographico-philosophiques par une salve ble entre 1 d’applaudissements, partis du salon. Je rnière 4l- 4 rentre pour m'assurer que ces applaudisse- À ments ne sont pas pour moi, et je constate te É que M. Levasseur est au piano. Il joue ro ! un ree/ écossais, et un habitant de la vieille ulle part, L.

vie de la Ml'agilité d'un montagnard et l'enthousiasme

Calédonie gambade à côté du piano, avec

d'un artiste. Quel danseur convainc !

se profon- MQuel champion glorieux de la danse calémontagnes Mdonienne ! [ls se balance, il se tourne et

jmbres sur Mise retourne avec des poses et des contor-

és, n'est-ce ions inimaginables ; ses jainbes et ses l'ambition bras en font du feu, pendant que ses tamilieu des ons frappent le plancher en cadence. De

nn rene

emps, On dirait que l'esprit des

LE

temps en t

Pythies antiques S EMpPare de lui, til pousse alors des cris de triomphe.

A travers la vitre de sa porte, j'aperçois

ine, qui contemple

M. Jannet dans sa cab [1 était allé se

vec stupeur.

e résolution de dor-

,5 les besoins 1

ce spectacle à coucher avec la ferm

avait compté Sal

mir; mais montagnard écossais:

gymnastiques du

Que voulez-vous convient, et sit ans prendre Sa cho

9 Chacun s'arrange la Allemand ne

pe de à

vie qui lui À peut se coucher S bière, je suppose AC l bien dormir qu'après avoir saut

écossais ne peut À é son reel.

M. Jannet, qui depuis le matin ne pense ages qu'il va voir au fond sans doute que 4

et non pas

qu'aux 2 yais SAUV du lac St-Jean, s'imagine nais pur-san£; ous les yeux ; et À

c'est un montag un montagnard qu'il as

it

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perçois

temple

t allé se de dor-

. besoins

écossais

range ja mand ne chope de ne peut

, son 7€6/.

ne pense

Dir au fond M doute que # et non pas M

s yeux ; Et

il se dit que le danseur en terminant va peut-être scalper le pianiste.

Mais non, le montagnard hors d’haleine va remercier M. Levasseur, le féliciter, lui serrer les deux mains, ces deux mains qui lui ont procuré de si enivrantes cabrioles, et il s’assit en s'épongeant le front.

Il est près de minuit, et je me sens aussi disposé à dormir que si j'avais dansé deux

reels, ou entendu un discours sur le Bud-

get.

4 Lac.

En voiture

Quand nous sortimes de nos cabines, nous étions au quai de la Baie Ha! Ha!

et l'excellent M. Hébert avait déjà engagé deux voitures pour nous conduire au

Après avoir entendu sa messe dans la

| 4 | 32 EN VOITURE 4 | petite église de St-Alphonse de Liguori, | et pris un copieux déjeuner chez le bon

et affable curé de la paroisse, M. Beaudet, À | nous nous mettons en route, — M. Jannet et M. Hébert dans une voiture, M. de !

Foucault et moi dans l’autre. À

Ïl fait un temps magnifique, les chemins sont bons et les chevaux ne sont pas mauvais. Nous côtoyons quelque temps la Rivière à Mars, un peu chagrins de ne 1 pas avoir le temps d'y accrocher quelques saumons en passant ; puis nous traversons un bois de jeunes taillis. De chaque côté de la route s'allongent d'admirables haies de verdure, et par intervalles les arbres

l 3 | grandissent et se donnent l’accolade au- À dessus de nos têtes. Les oiseaux nous 4 donnent une sérénade qui enchante mon M

| compagnon et qui le fait chanter. 4

emins MmMaups la de ne elques ersons e côté haies arbres

de au-

nous

e mon

es

M. de Foucault est musicien, et il a dans un coin de sa mémoire un répertoire de musique énorme. Il chante, et quand il tombe sur un morceau que je connais, nous disons un duo. Les oiseaux ont l'air de nous écouter, et M. Jannet qui n'entend rien à la musique nous applaudit, peutêtre pour nous faire taire.

Nous arrivons à Notre-Dame de Laterrière, vulgairement nommée Grand Bruk; et nous faisons une petite halte 21 presbytère. Le rév. M. Delage, hospitalier comme le sont tous nos curés, nous offre d'excellents gâteaux et du Bordeaux. Ce n'est donc pas encore la sauvagerie ? Et nous qui avons soif de la vie sauvage!

Allons donc plus loin ; et remontons en voiture, non sans avoir degusté le Bor-

deaux, malgré son cachet de civilisation.

Nous suivons maintenant les bords de

AG og

la rivière Chicoutimi, et nous arrivons bientôt au Portage des Roches. C'est un joli endroit où le gouvernement a fait construire un beau pont audessus d'un rapide par lequel le lac Kinogami se décharge dans la rivière Chicoutimi. Nous le traversons, et la route que nous suivons

s'enfonce au milieu des grands bois.

De temps en temps elle se rapproche du Lac, et nous découvrons à travers les arbres des nappes d'eau magnifiques. Le Lac est profondément encaissé dans les montagnes, et jamais cadre plus verdoyant n'a entouré un plus joli miroir. Ses eaux calmes et poissonneuses qui dorment voluptueusement à nos côtés nous font rêver.

Quel contretemps de n’avoir pas le loisir de nous y arrêter |

C’est ici que M le curé de Québec vient

Lo

tous les ans faire ces pêches merveilleuses qui éclipsent celles de Saint Pierre sur le lac de Tl'ibériade.

Des myriades de truites sont là, sous ce cristal limpide, et elles semblent nous inviter comme des syrènes, non pas en chantant, mais en frétillant à la surface, et il faut cependant passer outre.

Ce nest pas le seul chagrin de mon compagnon, et je le vois de temps en temps jeter un regard mélancolique sur la boîte de son fusil. À quelques pas de nous, de chaque côté de la route, la perdrix et le lièvre foisonnent; mais la consigne est sévère ; il faut aïler en avant conme si

nous avions un ennemi à nos trousses.

A titre de consolation, M. de Foucault chante, tantôt un motif d'opéra, tantôt une fanfare de chasse, tantôt une chansonnette,

EE

Voici trois couplets très gais que je cite

de mémoire, sans garantir du tout le texte. Ë Je les cite, plutôt que d'autres, par ce qu'ils nous ont servi de modèles dans nos improvisations poétiques les jours sui-

vants :

Deux voleurs m’arrêt’t en route :

Où va-tu ? m'dis’t-ils dur’ment.— J’vas m’econcher.-—Eh ben, écoute N'y va pas, c’est pas l’moment, É.

Pais, l’un d'eux me dévalise

Et dit en m’déshabillant :

Maint’naut qu'tu n’as plus qu'ta ch’mise,

Tu peux y aller carrément (bis)

J'venx épouser un üllette Qui n’a pas ux sou vaillant ; Ë Papa m’dit : n’fais pas d’houlette, |

N'y va pas, c’est pas l’moment.

je cite e texte.

par ce ans nos rs sui-

se,

À milieu du chemin. Nous faisons halte, et # pendant que le Comte tire son fusil de sa { boîte, le lièvre s’'assit commodément sur Île revers de la route, relève ses pattes de % devant, dresse ses oreilles et nous re-

Mais ell’devient héritière, Et papa m’dit en riant :

Maint’nant qu’elle a de quoi plaire

Tu peux y aller carrément. (bis)

Je r’çois nn billet et demande

Ce que j'en dois faire, Armand.— Si c’est ton tailleur qui t’mande,

N'y va pas, c'est pas l’moment,.

Mais c’est bien une autre affaire

C'est un billet d’enterrment—

Si c'est celui d’ta bell’mère,

Tu peux y aller carrément. (bis)

Tout-à-coup, à dix pas devant nous, un

lièvre s’élance d'un fourré, et s'arrête au

garde fixement,

CS

Fatalité! Le Comte a un fusil d'emprunt qu'il ne connait pas, et qu'il ne peut réussir à monter. On dit toujours qu'il y a plus d'esprit dans deux têtes que dans une, et je me hâte d'aider mon ami, mais

sans aucun succès. M. Jannet intervient

et à nous trois nous ne pouvons réussir à ajuster le canon à la crossé qu'après dix

minutes de travail.

Mais à ce moment solennel le lièvre s'élance dans le plis épais du fourré, en poussant—j'ai cru l'entendre, —un grand

éclat de rire :

Nous reprenons notre marche, en riant

avec lui, et je me mets à chanter gaiment :

Quaud de Foucault entre en chasse

Les lièvres ont l’tremblement ;

. Mais j'leur dis : r’gardez en face

De trembler c'est pas l’moment ;

d'eme peut qu'il y e dans i, mais ervient éussir à rès dix

lièvre rré, en grand

en riant

aiment :

De son fusil à culasse Il n'entend pas l’maniment, Dans le chemin, quand il passe,

Allez-y donc carrément (bis)

De temps en temps nous descendons

4 de voiture et nous marchons pour nous

délasser un peu. C'est un retard, par ce

qu'à chaque instant nous nous arrêtons

4 aux framboises et aux bleuets qui bordent

la route.

Enfin, nous voici à la Barrière, cons-

4 truite à la tête du lac Kinogami, sur une | colline d'où nous apercevons une vaste # étendue du Lac. /'u bas de la colline, au À fond d'une petite baie charmante s'élève 1 une croix que M. Hébert fit plante: y a % quelque vingt ans. Pendant que nos chevaux réparent leur forces, nous nous éten-

4 dons sur le gazon, les regards perdus sur

jour tout le lac Kinogami sur un ’adeau:#

| Nous repartons, et après une petite course, le lac Kinogamichiche se déroule

à nos regards. Nous en longeon: les ri-k

Re:

vages pendant une heure, et nous -oyons# bientôt le clocher €’ Hébertville se dresser

devant nous.

Il est sept heures du soir. Nos chevau:ll

sont fatigués et nous aussi. Le presbytèrd est devant nous, portes ouvertes, et tabl” . » Phi servie. Allons-y donc carrément. €:

Co

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