ET LE RAPIDE GERVAIS
Les courants se déchaînent, et le mouvement accroît leur puîssance. Ils se ren* contrent, ils se combattent, et les ondes qu'ils charrient se resserrent, s'écrasent tournent sur elles-mêmes, et décrivent des spirales qui attirent comme des gorges profondes tous les objets passant à ia surface.
Tantôt ce sont des ondulations inégales et pleines d'aspérités, des crêtes superbes couronnées d'aigrettes blanches, des lames éperdues se brisant en des millions de goutelettes qui jaillissent comme des étincelleo !
Tantôt ce sont des chocs de houles et de contre-houles, des bouffées de vagues irritées qui nous sautent à la figure, des gouffres profonds qui mugissent à nos côtés, et qui nous engloutiraient au moîn-
ISO LA VACHB^AILLB
dre écart, ou pour un coup d'aviron manqué !
Mais nos braves Montagnais connaissent leur métier, et sous Teffort de leurs avirons les ondes violentes, convulsives, mais domptées, nous ballottent, nous secouent, et nous emportent avec la vitesse d'une locomotive.
C'est après avoir sauté ce Rapide Gervaîs que le Comte de Foucault émerveillé s'écriait en parlant de nos canotiers : ce sont des divinités !
J'ai appris depuis que personne n'avait jamais sauté ce rapide dans toute sa longueur, comme nous, et que même en n'en sautant qu'une partie un brave canadien et sa femme s'y étaient misérablement ooyés.
Au pied du Rapide Gervais le Sague-